Critiques Littéraires Essais

La littérature Coréenne

La littérature est parfaitement inutile : sa seule utilité est qu’elle aide à vivre.   [Claude Roy]

Introduction

La littérature coréenne, comme toutes les littératures, s’est développée avec les courants et les aléas de l’histoire, suivant parfois l’ordre établi, le défiant parfois. Nous allons essayer, tout au long de ce texte, de déterminer ce qui la rend si particulière. Elle entretient en effet un lien étroit avec la musique et la danse, et tire ses influences dans les racines culturelles de la Corée, ressortant ainsi imprégnée de Taôisme, de Confucianisme ou encore de Bouddhisme. Au long de l’histoire, les écrivains coréens ont généralement respecté certaines formes particulières d’écriture, parfois strictes, parfois assez libres, que nous tenterons de définir. La plupart de ces formes et de ces courants, s’ils se sont confondus dans les âges, peuvent être étudiés d’une façon quasi-chronologique dans leurs apparitions. La littérature Coréenne est d’ailleurs communément divisée en deux périodes : classique et moderne. Cette séparation étant généralement fixée aux alentours de 1860 et correspondant à l’ouverture de la Corée sur le monde extérieur. Toutefois, les raisons d’une telle séparation sont parfois obscures et ne remportent pas l’assentiment de tous les experts. L’accent sera mis ici sur les formes de littératures plus classiques, la littérature coréenne moderne, en pleine mutation, requérant à elle seule un travail complet.

Une autre particularité de la littérature coréenne et qu’elle peut aussi être divisée en deux autres parties : celle écrite en caractères chinois (Hanja), et l’autre écrite en alphabet coréen (Hangeul ou Hangul). Toutefois si les coréens écrivaient avec les caractères chinois avant l’invention du Hangeul au 15e siècle, ceux-ci parlaient déjà une langue différente et ils durent adapter ces caractères à celle-ci grâce à un procédé très complexe et très ingénieux, appelé Idu ou parfois Hyangch’al. La clé de ce système était d’utiliser certains caractères chinois pour leur sens, d’autres pour leur prononciation et encore d’autres sans altération de sens ou de forme. L’utilisation d’un tel système était en revanche, du fait de sa complexité, réservée à une élite de personnes.

1/ Saenaennorae

Les premières mentions de la Corée apparaissent dans diverses chroniques chinoises. On y décrit 8 tribus en continuels conflits territoriaux et en lutte de pouvoir. Mais ce qui nous frappe, c’est plutôt ce que ces tribus avaient en commun en termes de langue et de culture, et plus particulièrement, leur amour commun de la musique et de la danse. Il est même dit dans le Chu-shu chi-nien et le Hou Han shu que de la musique coréenne était déjà présenté à la cour des Hsia 2000 ans avant notre ère.

C’est pourquoi les tribus de Puyô, Koguryô et Ye étaient appelées par les historiens chinois « les peuples qui aiment la musique et la danse ». Toutes ces tribus avaient en commun des rituels de célébration de la lune pendant lesquels des offrandes et des sacrifices étaient offerts et le peuple se réunissait pour danser, boire et chanter. Pendant les incantations étaient lus des poèmes. Ce sont les premières traces écrites de littérature coréenne. Leur mention est faite dans le Samguk yusa (1285). Ainsi la poésie coréenne primitive avait des vertus à la fois mystiques et magiques. Tout comme l’ancienne poésie chinoise, elle avait pour premier but de demander grâce à la nature, d’éviter les catastrophes et les maladies. Mais pour certains elle représentait déjà un moyen de mettre en harmonie les hommes et les esprits et d’aider à maintenir la relation entre le ciel et la terre.

Bien que le nombre de documents disponibles sur cette époque soient très limités, et que seules quelques mentions dans les chroniques chinoises nous le confirment, l’on peut penser que, dans ces sociétés primitives et patriarcales, la musique, la danse et la poésie ne pouvaient être dissociés et faisaient partie de la vie de tout homme. Elles constituaient des éléments essentiels du chamanisme de l’époque.

Le Samguk sagi (1146) et le Samguk yusa (1285), chroniques des trois royaumes, font référence à une chanson dans le royaume de Silla. Tonnorae, composée à la gloire d’un roi, serait l’un des premiers exemples de chanson  « nationale ». En dehors de cela, les textes de 41 poèmes de Silla, 5 poèmes de Koguryô et 4 poèmes de Paekche y sont référencés. Or Tonnorae et certains poèmes sont décris comme étant des Saenae. De ce fait, le Saenae serait en fait un terme générique couvrant plusieurs chansons ou textes, ce que nous pourrions appeler un genre littéraire. Il apparait que ce terme couvrirait en fait la poésie coréenne depuis les débuts du royaume de Silla jusqu’au 10e siècle. Le terme de Saenaennorae est parfois traduit par Hyangga .

Les poèmes de cette période sont généralement observés sous trois formes. La première et la plus simple seulement composée d’une strophe de 4 vers, la seconde de deux strophes de 4 vers et la dernière de deux strophes de 4 vers suivies d’une strophe de deux vers. La dernière forme, qui deviendra la plus populaire, apparue vers le 7e siècle.  La deuxième forme, à 10 vers, fut principalement utilisée par les moines bouddhistes.

Exemple de poème en 3 strophes traduit de l’anglais :

[Mon esprit qui ne se connaissait pas lui-même,

Mon esprit qui errait dans les ombres et les profondeurs,

Prend maintenant le chemin du Bodhi,

Est maintenant éveillé à la lumière,

Mais en chemin pour la cité des lumières,

Je rencontre une bande de voleurs,

Leurs épées brillent dans les buissons,

Les-choses-telles-qu’elles-sont et les-choses-telles-qu’elles-ne-sont-pas

Alors, les bandits et moi-même méditons sur la loi

Mais sera-ce suffisant pour demain ? ]

Prêtre Yôngjae, Ujôk ka(785-798)

Le Bouddhisme était le thème récurrent de cette forme de poésie. Un autre thème fortement développé est la mort, et beaucoup de ces poèmes sont en faites des élégies faites à des moines, des guerriers ou des membres de familles décédés. 11 poèmes furent écrits par le grand maitre Kyunyô (917-973) dans la tradition bouddhiste. Les 10 premier poèmes sont appelés les « 10 vœux de Samabtabhadra » et le 11eme est une conclusion du recueil. Voici une strophe traduite de l’anglais :

[Dissipe la ternissure de l’affliction,

Qui a pris racine profondément dans le sol ignorant,

Et humidifie le champ de l’esprit,

Ou la bonne herbe lutte pour pousser.]

2/ Goryô gayo

Il existe très peu de documents permettant d’étudier la littérature et la poésie durant la période de Goryô. Les raisons pour ceci sont diverses. La première et la plus importante est qu’il n’existait pas alors de réel système pour écrire le coréen. En effet le Idu a été progressivement abandonné car jugé trop complexe. Sa disparition s’est accompagnée de celle du Saenaennorae. Pendant la période de Goryô, le gouvernement a favorisé l’étude et l’écriture en chinois. En effet, pendant cette période, les invasions Khitan poussent le royaume à multiplier les flatteries envers la cour chinoise.

Cette attitude fait que les lettrés s’opposent rapidement au pouvoir en place. Toutefois, la promotion de la langue chinoise et le fait que la classe supérieure considère la poésie coréenne comme de simples chants populaires fera que la transmission des poèmes se fera principalement par voix orale, ce qui explique la rareté des documents de cette période.

Bien que la religion d’état de Goryô soit le bouddhisme, son attitude complaisante envers les chinois va pousser le gouvernement à adopter une organisation et certains préceptes confucianistes. De ce fait, bouddhisme et confucianisme furent les sujets les plus traités en ce temps. Enfin, une certaine partie de la classe supérieure s’adonnant à une forme d’hédonisme, ce thème reviendra également souvent dans plusieurs œuvres de l’époque.

La prise de pouvoir par la dynastie des Yi portera un coup de grâce à la littérature de Goryô. Dans sa volonté de marquer une rupture avec Goryô et le bouddhisme, le gouvernement des Yi va censurer de nombreux textes de cette époque (qualifiés de vulgaires, obscènes ou bouddhistes), ou les faire disparaître. Ainsi les Yi ont pu installer leur dynastie sur des bases confucéennes neuves, au nom du « mandat du ciel » (approbation que le Ciel accorde aux dirigeants sages et vertueux).

La forme de littérature la plus répandue pendant la période de Goryô est le Goryô gayo (littéralement « chansons de Goryô). La plupart furent transmises oralement et certaines survécurent pendant la période Joseon (dynastie des Yi). La forme poétique des chansons de Goryô est appelée byeolgok. On en distingue communément deux formes : dallyeonche  et yeonjanche . La première est une forme plus courte dans laquelle tout le poème tient en une seule strophe, tandis que la seconde est une forme plus étendue composée de plusieurs strophes. Les chansons de Goryô se caractérisent par le fait qu’elles n’ont pas de forme précise et par leur longueur. Beaucoup traitent du contact avec la nature, de la vie quotidienne, du bouddhisme et du confucianisme.

Il est intéressant de voir déjà à cette époque, en littérature, une opposition entre les deux doctrines. La poésie sera alors parfois utilisée à des fins prosélytiques, ou par les gouvernements successifs qui préfèrent voir soit le bouddhisme, soit le confucianisme prospérer. Un autre point marquant est que la poésie coréenne reste alors intimement liée à la musique, car véhiculée au moyen de chants populaires.

Poème populaire « Tongdong » traduit de l’anglais. Cette chanson connut également un certains succès durant la période Joseon dut à son caractère romantique.

[Avec la vertu dans une main,

Et la joie dans l’autre,

Venez, venez, vous les dieux,

Avec la vertu et la joie.

 

La rivière en janvier,

Tantôt gèle, tantôt fond.

Les cieux changent.

Je vis seul.

 

Tu brûle comme une lanterne

Sous la lune de février.

Brûle comme une lumineuse lanterne

Qui illumine le monde.

 

Dans les derniers jours de mars

Les pruniers sont en pleine floraison.

Ô, magnifiques fleurs,

Comme je vous envie !

 

En avril les orioles

Chantent par paire.

Mon amour, mon vaillant guerrier,

Tu oublies les jours passés.

 

A la fête des Iris

Je fais infuser des herbes curatives.

Je t’offre ce breuvage

Puisses-tu vivre mille ans.

 

Je me baigne un jour de juin

Et je me peigne les cheveux, et je t’attire

A moi comme un beau peigne

Flottant juste à portée de main.

 

Pour la fête des morts,

Je prépare des délices de la terre et de la mer,

Et prie en ce milieu d’année,

Que nous serons toujours ensemble.

 

Sous la pleine lune

Du festival de la mie-automne

Je suis chanceuse d’être près de toi

Sous la lumière ondulante.

 

Ô saison des chrysanthèmes

Au neuvième jour de la neuvième lune,

Ivre de vin, ivre de fleurs,

Prends soin de toi mon amour.

 

Dans l’octobre glacial

Tu es beau comme un arbre fourni.

Mais quand l’arbre sera coupé.

Que deviendra mon amour ?

 

Par une longue nuit de novembre

Je suis allongée dans une chambre vide

Mon oreiller et mon édredon sont froids.

Ô cœur soucieux, une nuit sans toi.

 

En décembre de sculpte pour toi

Des baguettes en bois de poivrier :

Un visiteur inconnu les tient.

Ô amer décembre ! ]

 

Le Manjônch’un est un poème anonyme. La personne qui parle est probablement une Gisaeng abandonnée par son amant et forcée de passer les longues nuits de printemps seule. Son désir violent d’être avec lui est probablement une des raisons pour lesquelles ce poème a été condamné par la dynastie Yi.

[Dussé-je construire une hutte de bambou sur la glace,

Dussé-je mourir de froid avec lui sur la glace,

Ô nuit, passe doucement, jusqu’à ce que notre amour soit consumé.

Quand je me couche seule, agitée, vigilante,

Seules les fleurs de pêchers volent devant la fenêtre ouest.

Tu n’as pas de chagrin, et accueille le printemps.

J’ai cru en ceux qui font ce vœux ensemble :

« Mon âme te suivra pour l’éternité. »

Qui ? Qui m’a persuadé que c’était vrai ?

« Oh canard, splendide canard, pourquoi viens-tu

Dans le marais, au lieu du banc de sable ? »

« Si le marais gèle, j’irai sur le banc de sable. »

Un lit sur la montagne du sud, un pilier de jade, un brocart d’or,

Et à coté de moi une fille plus douce que le musk,

Laissons aller nos cœurs à se toucher, nos cœurs magiques.]

3/ Les débuts de la dynastie des Yi (Joseon-Josôn)

L’arrivée au pouvoir des Yi marquera un tournant dans la littérature coréenne. En effet, ceux-ci vont faire du confucianisme la religion d’état. Le confucianisme prêtant une importance toute particulière aux rites et à la musique, le gouvernement fit un effort particulier pour développer ces disciplines tout en prenant grand soin qu’elles aillent dans son sens. Ces pourquoi comme nous l’avons déjà souligné, plusieurs textes de l’époque de Goryô subiront une véritable inquisition.

La création de l’alphabet coréen va enfin permettre la transmission du savoir même à des couches moins aisées. C’est ici aussi un principe confucéen qui s’applique car il porte la transmission du savoir en très haute estime. Ainsi très rapidement, la cour commandera des œuvres écrites en Hangeul aux artistes chantant les exploits de certains guerriers généraux ou rois tout en expliquant l’arrivée de la dynastie au pouvoir grâce au mandat du ciel.

Le Yongbi eocheonga, qui signifie littéralement « chansons des dragons volants dans les cieux » est un recueil compilé durant les reigne du roi Sejong comme une reconnaissance officielle de la dynastie Joseon et de son héritage ancestral. Les chansons furent composées par un groupe de lettrés confucianistes sous la forme de 125 textes. Ce texte marqua le réel début des œuvres écrites en hangeul.  Il existe également d’autres sous-thèmes : l’apothéose des rois vertueux suivant la chute de la dynastie de Goryô , établissement de la pensée et la philosophie confucianiste en période de rejet du bouddhisme. Chaque poème véhicule des valeurs de nationalisme et une proclamation d’indépendance vis-à-vis de l’empire mongol empreinte de fierté.

4/ Sijo

Bien que le nom de Sijo ne soit apparut que vers le milieu du 18e siècle, nom donné par Lee se-choon, il semblerait que cet forme de poésie soit apparue environ 400 ans avant. Les hypothèses sur la naissance de cette forme restent diverses et alimentent le débat. Certains le voient comme une évolution du Saenaennorae, d’autres comme descendant des poèmes bouddhistes de la dynastie Ming, ou encore d’autres comme une transformation des poèmes courts de l’époque de Goryô. Enfin pour certains, le Sijo existe depuis les temps ou le chamanisme contrôlait la société coréenne et a perduré à travers les âges.

Le Sijo est une forme de poèmes assez courts, très raffinés, profonds et subtiles. Ils étaient généralement écrits pour être accompagné par un joueur de Luth. Ils sont marqués par la tradition et la discipline mais aussi la grâce et l’harmonie. Il va de pair avec la musique et a une forme syllabique très précise, chaque strophe ne pouvant dépasser 45 syllabes et devant être articulée selon un rythme précis.

Le Sijo traitait de nombreux sujets mais deux d’entre eux étaient particulièrement représentés : la pensée confucéenne (notamment la loyauté) et la nature. Deux écrivains célèbres furent Yi hwang (qui apparaît sur le billet de 1000 wons) et Yi i, mais il y eu également Hwang jin-i (1506-1544), considérée comme la plus grande poétesse coréenne. Elle fut une célèbre Gisaeng à Songdo et connue une renommée nationale. Elle était une grande technicienne littéraire et maitrisait parfaitement les symboles et les doubles-sens.

Traduction de l’anglais d’un texte de Hwang Jin-i

[Les montagnes bleues parlent de mon désir,

Les eaux vertes reflètent l’amour de mon amant :

La permanence des montagnes,

L’écoulement de l’eau.

Il semble parfois que les eaux m’oublient,

Et se séparent en larmes, pleines de regrets, fuyantes.]

5/ Kasa/Gasa

Le Kasa est une forme d’écriture qui a pour fonction d’aller de paire avec certains air prédéfinis. De ce fait, sa forme est très codifiée. Ces poèmes, chantés à la fois par des hommes et des femmes, sont divisés en 5 sections, avec un nombre établi de coups de tambours, de clappements de mains et des modulations contrôlant le débit. De nos jours ce mot signifie tout simplement les paroles de chansons.

Cette forme se développe vers le milieu du 15e siècle et continuera  jusqu’à la fin de la dynastie Yi avec plus ou moins de succès. Si beaucoup de textes demeurent anonymes, certains auteurs de Kasa se sont démarqués comme Jeong-cheol, Heo Nan-seol-heon, Park In-no.

Traduction de l’anglais d’un extrait d’un poème Kasa anonyme :

[Au Jour de la première pleine lune,

Les enfants jouent, profitant de la lune,

Ils jouent, tapant du pied sur le pont.

Mais où est-il ? Où est mon amour ?

Hélas, il n’est pas sur le pont.

Par un jour clair et lumineux,

La sève luxuriante émeut les arbres ;

De jeunes bourgeons éclosent dans l’herbe ;

Tout pousse en harmonie –

Mais où est-il ? Où est mon amour ?

Il ne sait pas, hélas, que le printemps est arrivé.]

6/ Fictions en chinois

Il existe une grande collection de contes et légendes populaires en Corée prenant la forme de contes de fées, récits épiques, fables, mythes, etc. Certains de ces textes sont compilés dans le Samguk Sagi et le Samguk Yusa qui contiennent également les mythes fondateurs (Tangun) et des textes chamaniques et bouddhiques.

Nombres de ces contes et légendes furent écrits en chinois alors que l’alphabet coréen n’existait pas et furent collectés par des fonctionnaires du gouvernement durant les périodes de Goryeo et Joseon. Ceux-ci ont permis de conserver une trace écrite de ces traditions orales.

Parmi les différents genres de fictions écrites en chinois, l’un d’eux est particulièrement intéressant que nous pourrions appeler « histoires personnifiées ». L’auteur va alors s’exprimer par le biais d’une personne décédée, d’un animal (tortue, héron, etc) ou d’un objet (vin, pièce, bout de papier, etc) auquel il va donner la parole. Ces écrits sont généralement utiliser à des fins contestataires. Ainsi certains auteurs vont personnifier une pièce de monnaie afin de critiquer l’économie ou une feuille de papier pour souligner la lourdeur de l’administration.

De nombreux contes bouddhistes racontant la vie de certains moines et leurs enseignements furent transmis du 6e au 14e siècle. L’un des plus célèbres est sûrement Wangnang Panhon Chôn (La réincarnation de M.Wang), prétendument compilé durant le règne du roi Sukchong (1661-1675-1720). Le texte est conservé au temple d’Haeinsa  sur des tablettes de bois.

Durant la dynastie Yi, les parutions en caractères chinois ont continuées. Durant cette période, Kim Si-seup  a écrit Geumosinhwa. Ce livre connu un énorme succès à la fois en Corée et au Japon, où il fut réimprimé en 1653 et 1884. Contrairement aux autres livres du genre, l’action se déroule ici en Corée et non pas en Chine. Ce livre est considéré comme un chef d’œuvre du conte merveilleux.

Il est intéressant de voir que le chinois est demeuré important chez la classe des lettrés, à cause notamment de l’influence du confucianisme venu de Chine. Toutefois le taux d’alphabétisation croissant avec l’invention du Hangeul va pousser les écrivains coréens à écrire en utilisant ce nouveau procédé.

7/ Fictions en Coréen

L’apparition des romans et fictions en coréen, aux alentours du 17e siècle, coïncide avec des changements majeurs dans le pays. Après les invasions japonaises et mandchoues les classes moyennes commencèrent à s’éveiller. La classe supérieure montrait enfin des signes d’efficacité et les classes inférieures envisageaient l’avenir sous de meilleurs auspices. De nouvelles formes d’expressions apparaissent à l’encontre de la rigidité du Néoconfucianisme.

Ainsi vont apparaitre des fictions historiques fortement romancées, dans lesquels les généraux qui ont repoussé les récentes invasions sont dotés de compétences extraordinaires et de pouvoirs magiques. Bouddhisme, Taôisme et Confucianisme sont toujours perceptibles dans ces écrits. Sont généralement incorporées dans ce genre les fictions portant sur la cour à cette même époque.

La période de maturité du roman en Corée est généralement marquée par le roman de Kim Man-jung, Kuunmong (Rêve de neuf nuages) datant de 1687-88. Cette fiction est un conte romantique illustrant la bouddhiste de la résignation sur le fait que toutes les gloires et les fiertés du monde humain ne sont en fait que rêves et illusions.

Traduction de l’anglais d’un passage de Kuunmong :

[Une fois morts, par ailleurs, nos hautes tours vont s’effondrer, les lacs cristallins vont s’assécher, et les palaces où nous dansons et chantons aujourd’hui seront recouverts d’herbes t enveloppés par la brume glaciale. Les bûcherons et les bergers raconteront alors nos histoires : « c’est ici que le maître Yang venait batifoler avec ses huit femmes. Sa richesse et son élégance, les visages de jade et le magnifique maintien de ses femmes ont disparu, disparu pour toujours. » Ces bûcherons et bergers regarderont cet endroit comme je regarde maintenant les tombes et palais des anciens empereurs. Quand j’y pense, la vie d’un homme n’est qu’un court laps de temps. ]

A la suite de ce passage le héros va comprendre l’essence des trois pensées (Taôisme, Confucianisme et Bouddhisme) et va choisir le Bouddhisme avant de devenir Bodhisattva.

Le chef d’œuvre du roman coréen de l’époque est sans aucun doute Chunhyang chon, récit anonyme. Il est célèbre en France pour son adaptation au cinéma en 2000 par Im Kwon-taek (« Le chant de la fidèle Chunhyang ».) Toutefois cet écrit a tout d’abord été adapté afin d’être utilisé en Pansori.

8/ Le théâtre

Le théâtre coréen trouve son origine dans les festivals agricols de l’époque primitive tels le Majigut. On peut supposer que plusieurs des danses effectuées à l’occasion se faisaient avec des masques. Les performances coréennes étaient déjà connues et appréciées des chinois à la cour de l’empereur et ceux-ci venaient faire des démonstrations de mimes, de jonglage, de danse et de chant.

Aussi au 15e siècle, la Corée envoyait encore des émissaires accompagnés de troupes de Sandae, une forme de théâtre qui se jouait avec des masques, qui remonte à la période de Goryô, et qui connu un très populaire succès. D’autres formes de théâtre joué avec des masques furent également populaires comme le Haesô, une pièce en 7 actes jouée sur la place publique et où tout les costumes et masques sont brûlés à la fin de la pièce, car possédés par un esprit malin. Ou encore le Hahoe, pièce en 5 actes d’influence chamanique dont le but est de débarrasser les villages de ses forces maléfiques. Le  Kkoktukaksi est un spectacle de marionette. Toutes ces formes ont en commun la satire et la critique très forte de la classe des Yangban et du clergé bouddhique. Elles n’ont jamais rencontré qu’un succès populaire de ce fait.

9/ Le Pansori

Tout comme les formes discutées ci-dessus, le Pansori provient de la tradition chamanique et se situe à la croisée des chemins de la danse, de la musique et du théâtre. Le Pansori fut particulièrement populaire pendant le 19e siècle. Une pièce complète ou madang est généralement représentée pendant plusieurs heures et demande une grande endurance de la part des interprètes. Elle est composée d’alternances entre le aniri (discours descriptif) et le chang (chanson).

Le mot Pansori se compose de Pan : le marché, la place publique, et sori : chant ou bruit. Seuls 5 des 12 Pansori originaux subsistent à l’heure actuelle Heungbuga, Simcheongga, Chunhyangga (voire Fictions en coréen), Jeokbyeokga et Sugungga.

Durant une représentation de Pansori, Le Kwangdae chante en tenant un éventail fermé dans la main qu’il ouvrira pour indiquer un changement de scène. Le Gosu donne le rythme à la fois au tambour mais également avec des sons vocaux appelés chuimsae, pouvant être de simples onomatopées ou des mots d’encouragement similaires au « Olé » du Flamenco.

Il existe deux écoles majeures.  la première, masculine, énergique et gaie, au tempo rapide est le dongpyeonje ; la seconde, féminine, nostalgique et lyrique, au tempo plus lent ; le seopyeonje.

Le Pansori a été placé au patrimoine culturel de l’humanité par l’UNESCO en 2003 dans la catégorie Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité.

10/ Littérature du XXe siècle

A/ Avant la guerre

La poésie

La littérature coréenne moderne présente une cassure presque totale avec le passé. Tout comme en Chine et au Japon, les types modernes d’expression s’y sont développés beaucoup plus tard qu’en Europe. Une succession rapide de mouvements et d’idées en l’espace de 50 ans va apporter la confusion dans le monde littéraire. S’ajoute à cela que ces nouvelles formes d’expression se sont développées dans un environnement qui n’encourageait pas à la création. Pendant l’occupation japonaise, il a fallu aux coréens toute leur volonté et leur extraordinaire esprit de résistance pour conserver cette littérature dans l’ombre du colonialisme, littérature marquée par la souffrance.

Après la période 1880-1905, marquée par la découverte des œuvres et valeurs occidentales, apparaîtront deux hommes de lettres majeurs : Choi Nam-son et Yi Kwang-su. Le premier est connu pour avoir lancé le nouveau mouvement de poésie et avoir écrit la déclaration d’indépendance. Le second dépeint des personnages qui s’éveillent à une nouvelles conscience, intéressés par la science et croyant dans le mariage par amour. De nombreux journaux et magazines de poésie furent crées pendant cette période comme Changjo (création) en 1919. Ces parutions durent lutter contre l’oppression japonaise. Aussi certains mouvements comme la fédération des artistes prolétaires de Corée se focalisèrent sur la propagande avant d’être démantelés en 1935 par la police japonaise.

Pendant cette période ce démarqua Jeong Ji-Yong, qui est encore considéré comme l’un des plus grands poètes coréen. Voici l’un de ses textes.

[Le lac

Mon visage entier,
au creux de mes mains,
je le puis cacher.

Mon cœur languissant de toi
est aussi vaste qu’un lac :
je ne puis que fermer les yeux.]

Jeong Ji-Yong 1903-1950 (« Nostalgie » traduit du coréen)

Alors que la censure japonaise deviendra de plus en plus forte, les coréens montreront leur opposition en continuant à produire des poèmes et à en publier. Beaucoup se retireront en ermites pour continuer à créer. Cependant l’interdiction de parler en public ou d’écrire en coréen en 1940 annonça quelques années noires pour la littérature coréenne.

Après la libération en 1945 se suivit une période de petites production assez fastes dans des magazines et journaux et ce, jusqu’à la guerre de Corée. Après la guerre nous assisterons à une période d’expérimentation stylistique et surtout à un rejet des anciennes valeurs de la poésie.

La prose

Les romans du début du 20 e siècle marquèrent un tournant non seulement en termes de style avec un vocabulaire quotidien et une approche plus réaliste et analytique mais surtout en termes de sujets, qui vont couvrir la vie quotidienne des coréens, la souveraineté des peuples, la promotion de l’éducation et la critique des mariages arrangés et des superstitions.

Yi Kwang-su est réellement le premier romancier coréen. Il voulait développer la conscience nationale coréenne et donner à la jeunesse une direction dans laquelle regarder. Il prôna le nationalisme, l’amour, le patriotisme, la conscience de race, etc. Il voyait la littérature comme un moyen politique et social plus que comme un l’art pur.

Au même moment se développent une école du naturalisme et aussi de la nouvelle dont Hyeon sera la plus grande plume. Entre 1923 et 1924 se forme un mouvement appelé « nouvelle tendance » dont le but était la promotion du socialisme et la représentativité de la masse prolétaire du pays. Les années 30 furent marquées par la profusion de styles et de tendances en littérature.

La période suivant la libération et précédent la guerre sera également prolifique pour la prose. Les auteurs se focalisant, non sans lyrisme, sur les motivations d’un peuple libéré.

B/ Après la guerre

Après la libération en 1945, la Corée allait se faire entraîner dans une guerre fratricide par les grandes puissances mondiales. La tragédie de la guerre et le traumatisme de la séparation des deux Corées aura une énorme influence sur la littérature.

La plupart des romans d’après guerre en Corée du sud parlent de la lutte des coréens pour atteindre la délivrance de leur souffrance nationale. Les écrits de Kim Tong-ri et Hwang Su-won sont représentatifs de cette tendance. Par ailleurs de nombreux écrivains d’après guerre prirent comme thème principal l’effondrement du système de valeurs traditionnaliste.

Au même moment la recherche de nouvelles inspirations et de nouvelles techniques était prédominante en matière de poésie. Certains la puisèrent dans les formes de poésie et les rythmes traditionnels (mouvement appelé chongt’ongp’a). D’autres visèrent à changer ces formes traditionnelles en s’aventurant sur les sentiers de l’expérimentation. Ce mouvement était appelé Shilhomp’a et était mené par Kim Kyong-rin, Pak In-hwan ou encore Kim Kyu-dong.

Peu de temps après la révolution de 1960, ces tendances allaient de nouveau changer. Des poètes comme Shin Tong-yop et Kim Su-yong rejetèrent le sentimentalisme de la période d’après guerre et commencèrent à souligner le fait que leur écriture devait se concentrer sur la réalité politique du moment.

Les années 70 furent marquées en Corée du sud par une industrialisation rapide qui entraina des disparités entre les régions et un fossé entre les riches et les pauvres. Alors que la colère du peuple grandissait, une nouvelle forme de mouvement littéraire fit son apparition. Les romans commencèrent à se focaliser sur les problèmes sociaux résultant de l’industrialisation. Par exemple, Yi Mun-gu , dans Kwanch’on sup’il dépeint la condition d’un fermier qui s’appauvrit pendant la période de développement. Ces auteurs donnèrent la parole aux gens du peuple en exprimant leurs souffrances. Cette période est marquée par la satire sociale. Durant cette période émergea également ce que l’on appela « division novel » (pundansosol) qui amena la question de la séparation nationale. Un autre genre qui mérite d’être cité est le roman-fleuve, comme T’oji de Pak Kyong-ri, considéré comme un des livre les plus importants de la littérature coréenne moderne.

11/ La littérature coréenne dans le monde

La littérature coréenne était majoritairement inconnue du monde jusqu’aux années 80, quand quelques travaux traduits apparurent dans le monde. Depuis, la diversité des œuvres parues s’est accrue tout comme la qualité des traductions. Ainsi des recueils de nouvelles et de poèmes ont été publiés, principalement dans les pays anglophones.

Dans les pays francophones, les traductions se font plus rares, mais leur nombre augmente du à l’intérêt grandissant pour les films et séries coréens ces dernières années.

Conclusion

L’étude de la littérature coréenne est particulièrement passionnante en ce sens qu’elle amène celui qui s’y intéresse à entrecouper ses recherches avec des domaines aussi variés que la musique, la danse, le théâtre, mais aussi la sociologie, la religion et l’histoire, tant ces disciplines sont interactives en Corée. Elle peut nous donner un aperçu de la société coréenne à travers les âges en étudiant l’évolution de ses formes et de ses thèmes prédominants.

A l’heure actuelle, la littérature coréenne s’ouvre à nous grâce aux traductions et nous avons enfin accès à de nombreuses œuvres dont la quantité et la qualité ne cesse d’augmenter. Car après que la Corée se soit ouverte au monde occidental, il est temps que le monde occidental lui-même s’ouvre à cette culture qui part son dynamisme et ses particularités est un challenge quotidien pour celui qui veut essayer de la comprendre.

Et cette compréhension n’est pas anodine car comme le soulignait le général de Gaulle

[Ce qu’il faut surtout pour la paix, c’est la compréhension des peuples. Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples ne passent pas. ]

[hr] Bibliographie et Webographie :

Lee, Peter H. (1981). Anthology of Korean Literature: From Early Times to the Nineteenth Century. Honolulu: University of Hawai?i Press. ISBN 978-0-8248-0756-6

Lee, Peter H. Korean literature, topics and themes. (1965) The association for asian studies. The university of Arizona press.

McCann, David R. (2000). Early Korean Literature: Selections and Introductions. New York: Columbia University Press. ISBN 9780231119474

Wikipedia :

http://en.wikipedia.org/wiki/Korean_literature

http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_cor%C3%A9enne

Asianinfo :

http://www.asianinfo.org/asianinfo/korea/literature.htm#Literature%20of%20the%20Period%20of%20National%20Division

Mogoyweb :

http://qboy.free.fr/fr/coree/ukml.htm

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