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OH Jung-hi – Le chant du pèlerin, par Aurore Dauchy

Le Chant du Pèlerin De OH Jung-hi éditions Philippe Picquier Récits traduits du coréen par Lee Byoung-Jou
Le Chant du Pèlerin
De OH Jung-hi
éditions Philippe Picquier
Récits traduits du coréen par Lee Byoung-Jou

Composé de quatre nouvelles, ce recueil de OH Jung-hi prend son titre dans la troisième nouvelle Le Chant du pèlerin. Ce chant est le fil conducteur du recueil qu’il soit simple comptine, berceuse ou chanson d’enfant, connus de tous, ou bien discours chanté et qui n’a pas sens.

Le recueil commence à la tombée de la nuit et se termine à l’aube, évoquant un cycle qui se perpétue, où les personnages sont comme pris au hasard dans l’immensité de la mégapole séoulite. On trouve dans ces nouvelles des éléments caractéristiques de la culture coréenne, comme l’habit blanc, la maison traditionnelle ou encore la fête de Dano Jul*; mais aussi des éléments de la littérature coréenne, qui utilise beaucoup les onomatopées.

Dans la première nouvelle « La nuit, la pluie », notre héroïne est une pharmacienne, elle nous décrit sa vie quotidienne, ses habitudes et celles de sa famille, d’une manière simple presque informe.

Dans la seconde « Le miroir de bronze », notre héros est un vieil homme qui a du mal à s’habituer à la vieillesse et aux conséquences de celle-ci, et qui observe avec attention la vie de sa voisine, petite fille capricieuse, qui va très peu à l’école.

Dans la troisième « Le chant du pèlerin », notre héroïne est une jeune femme qui a tout perdue et qui essaie de reprendre sa vie là où elle l’avait laissé deux ans auparavant, quand elle était femme au foyer, avec un mari et une jolie petite fille, et pour passion la fabrication de marionnettes.

Dans la quatrième et dernière nouvelle « L’étoile de l’aube », notre héroïne est une femme mariée, dont le mari travaille à l’étranger, et qui va seule à une soirée avec ses anciens camarades de l’université.

Traitant de certains problèmes de société en Corée du Sud, comme le divorce, ces deux derniers récits nous proposent une vision de la femme coréenne d’aujourd’hui, à l’européenne, celle-ci se met en marge de la société par ses actes, en rupture avec la société traditionnelle confucéenne, où la femme doit se soumettre à l’homme.

On peut ne pas accrocher aux récits de OH Jung-hi, le lecteur pourrait être l’acteur de ces différentes scènes tellement elles sont simples et d’une étrange familiarité.

Décrits avec calme, les différents personnages sont au fil du récit innocentés de leurs actes passés, comme lavés de leurs péchés, par la pluie ou par la neige qui tombe sur la ville. Au cours de ces récits, les personnages ne prennent pas de décisions importantes, ils se laissent porter par le courant, par leur destin.

On ne sait que peu de chose de nos personnages, leur biographie n’est pas nécessaire pour comprendre l’action, leurs vies sont simples, chacun de nous peut se reconnaître en eux, ou reconnaître une personne qu’il connaît. Le lecteur se place directement dans la tête du personnage et affronte avec lui cet instant de vie.

OH Jung-hi est née en 1947 à Séoul, dans une Corée encore marquée par la colonisation japonaise. Son enfance est marquée par la guerre de Corée et la dictature militaire, qui la suit. Elle commence sa carrière d’écrivain dans les années 1970, à l’époque de la modernisation de la Corée du Sud. Elle est aujourd’hui l’auteur coréen la plus traduite au monde. Trois autres de ses romans sont parus en France L’Âme du Vent, parus aux éditions Philippe Picquier; La Pierre Tombale, aux éditions Actes Sud, et L’oiseau, aux éditions du Seuil.

Lee Byoung-Jou, professeur émérite à l’Institut Nationale des Langues et Civilisations Orientales (inalco – Paris VII), a aussi traduit d’autres ouvrages de OH Jung-hi comme L’Âme du Vent et La Pierre Tombale. Récemment elle a participé au colloque international « Le Roman en Asie et ses traductions », organisé par l’Université de Provence (Aix-en-Provence), sur le thème « Aux sources du roman coréen dans le xxe siècle ».

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