Essais Sciences Humaines

la mythologie coréenne

Introduction

La mythologie coréenne rassemble les contes et les légendes du folklore coréen. Essentiellement transmise oralement, le manque de traces écrites a provoqué, au fil du temps, la perte de nombreux récits et mythes. La mythologie coréenne puise son inspiration dans quatre courants de pensée fondamentaux : le totémisme, le shamanisme, le taoïsme et le bouddhisme. Ces idéologies religieuses, qu’elles soient indigènes ou d’origine chinoise, ont largement influencé les mythes coréens.

Pour réaliser ce dossier, nous avons éprouvé des difficultés à trouver des sources écrites, et c’est pourquoi celles-ci sont exclusivement en anglais. Ayant tout traduit nous-mêmes, et ne disposant pas de références officielles coréennes, il est possible que certaines transcriptions en alphabet latin soient erronées. De plus, nous n’avons sélectionné que quelques récits, à partir desquels nous avons fait une synthèse des différentes versions existantes.

Ce dossier distingue les mythes de la création du monde, étroitement liés à la cosmologie ancestrale, des mythes de la fondation des royaumes de Corée, relatifs à l’histoire du pays.

I / Mythes de la création du monde

A / Création du monde

A l’origine, le monde n’existait pas. C’est alors que le dieu Yul-ryeo et la déesse Mago apparurent. Après la mort de Yul-ryeo, Mago mit au monde deux déesses nommées Gung-hee et So-hee, qui donnèrent à leur tour naissance à deux hommes célestes et deux femmes célestes.

L’apparition de ces êtres célestes permit la résurrection de Yul-ryeo et la création du ciel, des océans, du chi, du feu, de l’eau et de la terre. Ces quatre derniers éléments formèrent la faune et la flore.

Mago resta aux côtés de Yul-ryeo, qui était devenu le monde lui-même, et les êtres célestes, du haut de la forteresse céleste Magoseong, régnèrent sur tous les êtres vivants.

B / Naissance de l’humanité

Quatre hommes célestes, Cheong-gung, Hwang-gung (enfants de Gung-hee), Hukso et Baekso (enfants de So-hee), étaient postés à chaque point cardinal de la forteresse Magoseong.

Chacun d’eux se maria, et ils donnèrent naissance à douze êtres célestes, qui allaient devenir les ancêtres des humains.

Ces derniers étaient purs et buvaient le jiyu, le lait qui jaillissait de la source de la forteresse. Immortels, ils pouvaient communiquer et se mouvoir malgré leur mutisme et leur cécité. Ainsi, ils vécurent paisiblement pendant dix mille ans.

Cependant, il arriva un moment où le nombre d’êtres célestes devint trop élevé, de sorte qu’il n’y avait plus assez de lait pour nourrir tout le monde. Privé de jiyu (volontairement ou non, selon les versions), Jiso, de la lignée de Baekso, était tellement affamé qu’il décida de se suicider en se jetant du haut d’un ravin. Arrivé au bord dudit précipice, il aperçut une vigne et s’empressa d’en manger les fruits. C’est ainsi qu’il fit l’acquisition des cinq saveurs : sucré, salé, acide, amer et épicé. Cette évolution sensorielle s’appelle l’Incident des Cinq Saveurs.

Fier de sa découverte, Jiso eut vite fait d’en informer ses semblables, afin que tous en profitassent. Hélas, après quelque temps, ceux qui avaient cédé à la tentation du raisin virent des dents leur pousser. Ces nouvelles excroissances se mirent rapidement à suinter la salive, laquelle se changea en poison.

Mais ce ne fut pas tout : ils gagnèrent le sens de la vue, au prix de la perte de la perception des paroles célestes. Leur peau épaissit, leurs pieds s’alourdirent, et les nouveaux-nés ressemblaient à des animaux. Leur espérance de vie commença également à diminuer : ils avaient perdu leur pureté.

Jiso fut tenu responsable de toutes ces transformations, et le peuple de Magoseong condamna les fauteurs de trouble à l’exil. C’est ainsi que Jiso et sa famille, ainsi que tous ceux qui avaient succombé au fruit défendu, durent quitter Magoseong.

Hwang-gung les incita cependant à regagner leur pureté. Les exilés décidèrent donc de reconquérir la source de lait, et prirent d’assaut la forteresse jusqu’à sa destruction. Dans le tumulte, la source de lait se changea en terre, condamnant toute la population à une famine certaine.

Pour survivre, le peuple de Magoseong dut manger le raisin, mais aussi toutes sortes de plantes et d’animaux. Face à une telle situation, Hwang-gung supplia Mago de pardonner au peuple, en jurant de ne se reposer que lorsque ce dernier aurait regagné sa pureté. Mago lui confia alors la connaissance ainsi que les Trois Sceaux Célestes. Hwang-gung offrit un Sceau Céleste à chaque chef de clan, leur enseigna l’agriculture, et les fit partir dans des directions opposées.

C / Peuplement de la Terre

Cheong-gung partit vers l’Est et fonda la Chine.

Baekso partit lui vers l’Ouest et son peuple devint l’Europe et le Moyen-Orient.

Enfin, Heukso migra dans le Sud, dans la région actuelle de l’Inde et de l’Asie du sud-est.

D / Création de la Corée

Hwang-gung, accompagné de trois mille personnes, partit lui dans le Nord, à Cheonsanju. Désireux de se purifier de nouveau, Hwang-gung avait choisi volontairement un pays froid et dangereux. Son serment de purification sonna le début de son règne, qui dura mille ans. Nanti du Sceau Céleste qui lui permettait de contrôler le feu et le soleil, il finit par tenir sa promesse. Son but atteint, il légua le Sceau Céleste à son fils aîné, Yuin, pour qu’il gouverne à sa place. Il demanda également à ses deux autres fils de gouverner chacun une province, puis il se mit en route pour la Montagne Céleste où il devint une pierre, vecteur de la parole de Yul-ryeo sur la recherche de la pureté.

De son côté, Yuin régna lui aussi pour mille ans. Grâce au Sceau Céleste, il enseigna à son peuple la maîtrise du feu et la cuisson de la nourriture. A l’instar de son père, il transmit le symbole divin à son fils Han-in et devint une pierre de la Montagne.

Han-in gouverna mille ans comme ses prédécesseurs, et utilisa le Sceau Céleste pour assurer l’ensoleillement et le beau temps à ses sujets.

Après trois mille ans de vie paisible, le peuple de Cheonsanju avait perdu son apparence animale, pour retrouver lentement celle qu’il avait avant l’Incident des Cinq Saveurs.

E / Le soleil et la lune

Du chaos originel, une race de géants sépara les océans des cieux, et remplit ce dernier d’une multitude d’étoiles. Cette tâche achevée, ils s’assoupirent et leurs corps devinrent les continents, les îles et les montagnes.

Parmi les premiers hommes à fouler le sol de cette terre vivait une pauvre femme, contrainte de vendre des gâteaux de riz pour nourrir son fils aîné Haesik et sa fille cadette Dalsun.

Un jour qu’elle revenait du village, elle rencontra un tigre qui menaça de la tuer si elle ne lui donnait pas un de ses gâteaux de riz. La pauvre femme obéit, mais elle croisa de nouveau le tigre un peu plus loin qui réclama cette fois deux gâteaux pour lui laisser la vie sauve. Encore un peu plus loin, il exigea qu’elle lui donnât quatre gâteaux. Lorsqu’elle n’eut plus assez de gâteaux pour satisfaire les requêtes du dangereux félin, celui-ci menaça de la dévorer.

Elle le supplia de l’épargner, expliquant qu’elle avait deux enfants à charge, et le vil prédateur parut se réjouir d’une telle nouvelle. Ainsi, il la dévora et utilisa les vêtements de sa victime pour se déguiser, alors qu’il se dirigeait vers la maison où se trouvaient les deux orphelins.

Ceux-ci étaient inquiets de ne pas voir leur mère revenir, et Haesik proposa de fermer la porte à clé. Ils entendirent alors le tigre usurpateur qui appelait de l’extérieur. Si Dalsun crut qu’il s’agît de leur mère, Haesik décela le subterfuge et refusa obstinément d’ouvrir. Mais le tigre avait plus d’un tour dans son sac, et il se servit de la poudre des gâteaux de riz pour que sa patte parût blanche. Lorsque Dalsun vit celle-ci par un interstice de la porte, elle fut convaincue que c’était bien là sa mère et ouvrit.

Le tigre se mit alors à les pourchasser tous deux, et ils trouvèrent refuge dans un arbre. Mais le prédateur n’était visiblement pas décidé à abandonner des proies si appétissantes, et il alla chercher une hache dans la maison pour les déloger de leur abri végétal. Effrayée, Dalsun pria le ciel de leur envoyer une corde solide s’ils devaient être sauvés, et une corde usée s’ils devaient périr. Une corde solide apparut à cet instant, et les orphelins purent monter jusqu’au ciel.

Voyant cela, le tigre entreprit la même démarche, mais il obtint une corde usée et chut dans le champ de millet, le souillant de son sang. C’est la raison pour laquelle on dit que la tige du millet est rouge.

Au ciel, Haesik devint le soleil (Haennim) et Dalsun la lune (Dallim). Mais Dalsun avait peur du noir, et Haesik accepta qu’ils échangeassent leur rôle afin que sa sœur devînt le soleil.

II / Mythes de la fondation des royaumes de Corée

A / Royaume de Joseon

Dans les cieux vivait un dieu nommé Hwan-in, qui est l’équivalent bouddhiste d’Indra. Hwan-in avait un fils, Hwan-ung. Celui-si se penchait chaque jour du bord de la voûte céleste pour observer la Terre, et il en pleurait. Lorsque son père lui demanda pourquoi il était si triste, son fils lui répondit qu’il s’inquiétait pour le sort des humains et qu’il désirait régner sur la Terre pour leur apporter paix et justice. Emu par la ferveur de son fils, Hwan-in accéda à sa requête.

Il lui légua les Trois Sceaux Célestes, et ordonna aux Seigneurs du Vent, de la Pluie et des Nuages, accompagnés de trois mille serviteurs, d’accompagner Hwan-ung.

Ce dernier arriva sur Terre par le sommet du mont Taebaek, où il fonda la ville de Sinsi (‘ville des dieux’). Il prit en charge trois cent soixante domaines de compétence, tels que la culture, l’agriculture, l’allocation de l’espérance de vie, la notion de bien et de mal, la justice et les maladies. C’est à cette période que deux animaux qui désiraient devenir humains l’abordèrent.

Il s’avère que lesdites créatures étaient un tigre et un ours. Si le premier est censé représenter un clan en quête perpétuelle de puissance et pratiquant le totémisme dudit félin, le second symbolise quant à lui le clan éponyme, plus pacifiste et civilisé.

Hwan-ung leur ordonna de survivre cent jours dans une grotte sans voir la lumière du soleil, et avec pour seule subsistance un peu d’armoise et vingt gousses d’ail chacun.

Le tigre, trop impatient, s’enfuit avant la fin de l’épreuve. L’ours tint bon, et le vingt-et- unième jour il se changea en une femme ravissante, qui prit le nom de Ung-nyeo.

Ung-nyeo ressentit assez vite l’envie d’avoir un enfant. Cependant, comme elle était un ours à l’origine, personne ne voulait l’épouser. Emplie de tristesse, elle priait chaque jour sous un arbre sacré afin de tomber enceinte. Hwan-ung, touché par ses prières, prit forme humaine afin de s’unir à elle.

C’est ainsi qu’elle donna naissance à Tangun, l’ancêtre du peuple coréen. La cinquantième année du règne de l’Empereur Yao, Tangun fonda le pays de Joseon, et désigna Pyeongyang comme capitale. Plus tard, il transféra le statut de capitale à Asadal, sur le Mont Paegak (aussi appelé Mont Kunghol), où il régna durant mille cinq cents ans.

Lorsque le Joseon fut envahi par l’Empire des Ju, Tangun alla à Changdangyeong. A l’âge de mille neuf cent huit ans, il revint et se cacha à Asadal sous la forme de Sansilyeong, le dieu des montagnes.

B / Royaume de Koguryeo

Jumong, aussi connu sous le nom de Tingmyeong selon les versions, est le fils de Ryuhwa, la fille aînée de la Déesse de l’Eau, et de Haemosu, le fils proclamé de l’Empereur Céleste.

Victime de ce qui semble être un viol, Ryuhwa donna bientôt naissance à un œuf. Le Roi de Fouyu tenta de se débarrasser de cet œuf, mais les animaux et les hommes se détournaient systématiquement de l’objet du courroux royal, sans tenter de le casser. Echouant lui-même à la tâche, et voyant que les oiseaux le protégeaient, le malheureux souverain se résolut à restituer l’œuf à sa génitrice. Celle-ci le mit au chaud, où le soleil l’inonda de sa lumière, et l’œuf se brisa enfin, révélant un jeune et beau garçon : Jumong.

Dès son plus jeune âge, Jumong développa des talents pour l’archerie. A sept ans il fabriquait déjà son propre arc et ses flèches, et ne ratait jamais sa cible. Son absolue supériorité à l’arc lui valut très vite la jalousie des sept fils du Roi de Fouyu, qui ne manquaient pas une occasion d’attenter à ses jours. Mais Jumong, petit-fils des divinités du Ciel et de l’Eau, demanda de l’aide à la faune aquatique lorsqu’il fut poursuivi par ceux-ci.

Malgré de telles tensions autour de lui, Jumong se maria et eut un fils prénommé Yuri. Mais il était déterminé à partir malgré tout, car personne ne semblait vouloir de lui à Fouyu.

Le jour où Jumong quitta enfin Fouyu, il prit avec lui son arc, ses flèches et les Graines des Cinq Céréales. Ces dernières lui permirent de se restaurer durant son périple. Après avoir démontré ses talents d’archer auprès du Roi Songyang, Jumong fonda son pays : Koguryeo.

Il épousa la seconde fille du Roi de Cholbon Puyeo, et eut deux enfants : Piryu et Onjo.

Cependant, pour asseoir sa suprématie et agrandir son territoire, Jumong ne pouvait se contenter de son arc. C’est pourquoi il entreprit d’entrer en possession de la Corne et du Tambour, instrument magique permettant de communiquer avec le monde des morts.

En possession de cet artefact, et ayant capturé un renne lors de son périple, Jumong se lança à la conquête du Royaume de Songyang. Pour ce faire, il exigea du renne, contre sa libération, qu’il pria le ciel de faire tomber une pluie diluvienne. Le renne hurla en direction du monde céleste et la pluie tomba, sans discontinuer, durant sept jours. La capitale fut ainsi inondée, et Jumong y pénétra à l’aide d’une corde. A dos de canard, il progressa dans la ville, mais il fut bientôt rejoint par le Roi Songyang en personne, qui venait abdiquer et lui céder son pays.

A Fouyu, Yuri avait grandi et demanda à sa mère où était son père. Celle-ci lui expliqua que son géniteur était un homme extraordinaire qui avait dû fuir le pays, et qu’il avait fondé son propre royaume. Elle lui raconta aussi que s’il arrivait à retrouver l’objet que son père avait dissimulé au pied d’un pin, dans une pierre en forme d’heptagone, celui-ci le reconnaîtrait comme son fils légitime. Yuri se mit alors en route, mais il revint épuisé et bredouille. Un matin, il crut entendre des voix entre des piliers. En s’approchant, il remarqua que les colonnes en question avaient sept côtés. Il chercha sous ces dernières et finit par trouver un morceau d’épée brisée. Fort de sa découverte, il fit voyage jusqu’à Koguryeo, et présenta le bout de métal à son père. Celui-ci, surpris, sortit l’autre partie de l’épée et reconstitua la lame. Heureux, il reconnut son fils et le couronna prince.

C / Royaume de Baekje

Craignant d’être rejetés par leur demi-frère Yuri, Piryu et Onjo voyagèrent vers le sud, accompagnés de dix conseillers et de nombreux suivants.

Après avoir atteint Hansan, ils escaladèrent le Mont Samgak, à la recherche d’un endroit où s’établir. Lorsque Piryu affirma sa préférence pour le littoral maritime, les conseillers lui expliquèrent qu’il était préférable de s’établir dans les terres du sud. En effet, le territoire en question, protégé par le fleuve Han au nord, un marais fertile au sud, la mer à l’ouest et une grande montagne à l’est, était l’endroit idéal stratégiquement parlant pour la capitale d’un pays.

Mais Piryu ignora la sagesse de tels conseils. Il partit avec ses suivants pour Mich-uhol, où il s’établit. Onjo choisit lui Hanam Wiryeseong comme capitale, fit des dix conseillers ses assistants, et nomma son pays ‘Sibje’.

La terre de Mich-uhol était gorgée d’eau salée, ce qui ne facilitait en rien la vie de Piryu. Et quand celui-ci constata que Wiryeseong prospérait et que ses habitants coulaient des jours heureux, il mourut de honte et de remords. Son peuple jura allégeance et se soumit à Onjo, et leur pays fut baptisé ‘Baekje’.

Tout comme Koguryeo, le pays fondé par Jumong, la famille souveraine de Baekje était originaire de Fouyu, nom qu’elle adopta pour désigner son clan.

D / Royaume de Silla

Il était un temps où Chinhan était composé de six villages, chacun appartenant à un clan distinct dont on raconte que l’ancêtre descendit du ciel.

En l’an -69, les ancêtres de chaque village, accompagnés de leurs enfants, se réunirent sur la rive du fleuve Al. Sans véritable meneur, le peuple de Chinhan n’en faisait qu’à sa tête, et les six ancêtres décidèrent de partir à la recherche d’un homme vertueux qui deviendrait leur roi, afin de fonder une nation et une capitale.

Ils montèrent dans les hautes terres, regardèrent vers le sud et aperçurent, au pied du Mont Yang, un étrange cheval blanc agenouillé et entouré d’éclairs. Lorsqu’ils arrivèrent à sa hauteur, le mystérieux équidé hennit et s’envola dans le ciel. Là où il se trouvait, les ancêtres découvrirent un gros œuf rouge. Ils le cassèrent, et constatèrent que l’œuf contenait un petit garçon au visage radieux.

Ils lavèrent l’enfant dans la Source de l’Est, et celui-ci se mit à émettre une lumière dorée. Alors les animaux dansèrent de joie, la terre et le ciel tremblèrent, et le soleil et la lune étincelèrent. L’enfant fut baptisé Hyokkose (‘lumineux’).

Les gens se félicitèrent et entreprirent de chercher une reine digne de l’Enfant Céleste. Le jour même de cette décision, un dragon apparut dans le quartier de Saryang et créa une petite fille. Son visage était absolument magnifique, mais il fallut lui faire prendre un bain dans la Rivière du Nord Wolsong pour que le bec d’oiseau qu’elle avait tombât enfin. Ledit cours d’eau fut ensuite nommé Palchcircon.

Les habitants de Chinhan construisirent un palais au pied du Mont du Sud, et élevèrent les enfants ensemble. Le garçon fut surnommé Pak, car l’œuf rouge était en forme de gourde (‘pak’ en coréen). La fille fut elle surnommée Aryeong, du puits éponyme où elle fut trouvée.

Lorsqu’ils eurent treize ans, ils devinrent respectivement Roi et Reine. Selon les versions, le nom qu’ils donnèrent à leur royaume fut Sorabol, Sobol, Sara ou Saro. Celui-ci fut également surnommé Kyerim (‘forêt du coq’), et devint plus tard le Royaume de Silla.

Après soixante-et-une années de règne, Hyokkose monta au ciel. Sept jours plus tard, sa dépouille retomba sur Terre. Il est dit que la Reine le suivit dans son ascension. Leurs sujets voulurent alors les inhumer dans la même tombe, mais un gros serpent les en empêcha. C’est ainsi que les dépouilles furent enterrées à cinq endroits différents, dans les Cinq Tombes, ou Tombes du Serpent. Les monuments susnommés se trouvent dans l’actuel Monastère Tam-m.

Après leur inhumation, Namhae hérita du pouvoir et succéda à Hyokkose.

Durant le règne du Roi Namhae, un bateau approcha des côtes de Karak. Le Roi Suro, souverain de ce pays, accueillit le navire à grand renfort de tambours et d’acclamations. Mais l’embarcation étrangère s’éloigna et vogua jusqu’à Ajin Cove, à l’est de la Forêt du Coq.

C’est alors qu’une vieille femme, la mère du pêcheur de feu le Roi Hyokkose, apparut à l’entrée de la crique. Scrutant l’horizon, elle aperçut un groupe de mouettes qui volaient en cercle au dessus de l’eau. Consciente qu’il n’y avait là-bas aucun récif ou rocher, elle prit une barque et décida d’aller voir par elle-même. Elle constata qu’il s’agissait là d’un bateau, lequel avait à son bord un cercueil de treize pieds sur vingt. Priant que ce ne fût pas un mauvais présage, elle ouvrit le coffre funéraire. Elle y trouva un garçon relativement beau, sept trésors ainsi que deux esclaves, homme et femme.

Passé un délai de sept jours, le garçon, prénommé Tarhae, raconta l’histoire suivante : « Je viens de Yeongseong, où vingt-huit Dragons-Rois, issus de l’accouchement de femmes humaines, sont montés sur le trône les uns après les autres dès l’âge de cinq ou six ans. Ils ont enseigné leurs valeurs à mon peuple et établi des règles de vie. Même si nous avons des clans, ils ont tous accédé au pouvoir sans qu’il n’y ait eu quelque élection que ce soit. Mon père, le Roi Hamdalpa, a épousé la fille du Roi de Cheongnyeo, qui a longtemps prié pour tomber enceinte. Après sept ans d’infertilité, elle a donné naissance à un énorme œuf. Mon père s’est empressé de demander conseil à ses ministres, qui lui ont répondu qu’ils n’avaient jamais vu de femme mettre au monde un œuf, et qu’il s’agissait là sans aucun doute d’un mauvais présage. Voilà pourquoi mon père m’a ordonné de m’embarquer dans cet immense cercueil. Il espérait que je trouverais un endroit paisible où fonder une famille. »

C’est ainsi que le garçon, accompagné des deux esclaves, entreprit l’ascension du Mont Toham. Il construisit un abri où il resta sept jours, le temps de trouver un endroit propice où vivre. Il remarqua une colline en forme de croissant de lune, et s’en approcha. Mais l’endroit abritait la demeure du Seigneur Ho. Rusé, le jeune homme enterra une pierre à aiguiser et du fusain à proximité de la maison. Le lendemain, il réclama cette dernière au Seigneur Ho, prétextant qu’elle appartenait à ses ancêtres. L’affaire, houleuse, fut portée devant les autorités. Lorsqu’il fut demandé à Tarhae de prouver ses dires, celui-ci affirma être issu d’une famille de forgerons dont la demeure fut occupée pendant leur absence. Il conseilla alors aux autorités de faire des fouilles dans le sol. Les objets qu’il avait dissimulés furent bien évidemment trouvés, et la demeure devint sienne.

Le Roi Namhae reconnut la finesse de la ruse employée, et il donna au garçon sa fille aînée en mariage. Après la mort du Roi Yuri, Tarhae monta sur le trône.

Tarhae est parfois décrit comme gigantesque, avec une tête d’un mètre de diamètre, une poitrine de trois mètres et des dents constituées d’un seul bloc.

Vingt-trois années de règne plus tard, Tarhae mourut et fut enterré sur la colline de Sochon.

Il devint alors le dieu de la Montagne de l’Est, et revint d’entre les morts pour exiger que ses os fussent broyés afin d’en faire une statue. Celle-ci, d’abord conservée dans le palais royal, fut transportée dans la grotte de la Montagne de l’Est, où Tarhae résida sept jours durant.

III / Autres références mythologiques et folkloriques

A / Chi You

Dans la version coréenne, Chi You est le quatorzième Empereur de Corée. Connu sous le nom de Jaoji-Hwanoong (ou Chiu-Cheonhwang), Empereur de Baedal, il gouverna de -2707 à – 2599.

Considéré comme une divinité guerrière, il est l’emblème des « Diables Rouges », les supporters de l’équipe de football nationale de Corée du Sud.

B / Hungbu et Nolbu

A l’époque très lointaine où la lune brillait plus que le soleil, vivait un homme honnête et gentil nommé Hungbu. Hungbu était très pauvre, et il habitait avec son frère Nolbu, qui était lui très avare. Suite à une altercation entre eux, Nolbu mit à la porte Hungbu et sa famille.

Après plusieurs jours, Hungbu, qui était affamé, se résolut à demander à son frère de quoi manger. Mais ce dernier, au lieu d’accéder à sa requête, se contenta de le sermonner longuement sur sa supposée ingratitude envers lui. La femme de Nolbu, qui était à côté, frappa alors Hungbu au visage avec une grosse cuillère à riz. Voyant que des grains de riz étaient restés collés sur sa joue, la victime, criant toujours famine, réclama d’autres coups de cuillère. Loin d’obtenir satisfaction, Hungbu fut simplement mis à la porte une nouvelle fois.

Bien des jours après, Hungbu avait construit sa propre maison, mais demeurait hélas très pauvre. Ses enfants réclamaient sans cesse de quoi manger. Un jour, ces derniers trouvèrent une hirondelle blessée. Hungbu soigna son aile et la relâcha. Le printemps suivant, l’hirondelle revint et déposa une graine de citrouille aux pieds de Hungbu. Lorsque la citrouille devint mûre, elle était si grosse qu’il décida de la couper. A sa grande surprise, des sacs de monnaie en sortirent, puis des trésors entiers. Lorsque la citrouille fut complètement ouverte, un immense palais apparut.

Plusieurs mois plus tard, Nolbu fut mis au courant de la fortune de son frère, et de ce qui l’avait causée. Jaloux et avide de richesses, il décida de reproduire le procédé en attirant des hirondelles, allant jusqu’à en blesser une lui-même, afin de la soigner comme son frère l’avait fait.

L’année suivante, l’hirondelle revint et déposa une graine de citrouille aux pieds de Nolbu. Lorsqu’elle devint mûre, Nolbu la coupa, espérant lui aussi devenir riche. Mais ce furent des créatures infernales qui en sortirent. Un démon détruisit sa maison et un gobelin prit tout son argent. Ce dernier demanda à Nolbu s’il se repentait de ses péchés. Aux mots « je n’ai jamais péché de ma vie », la créature bipède entra dans une rage folle et anéantit les terres du menteur.

Complètement ruiné et humilié, Nolbu alla supplier son frère de le nourrir et de le loger. Hungbu, qui ne gardait aucune rancune vis-à-vis du comportement de son frère, accepta chaleureusement et l’accueillit lui et sa famille. C’est ainsi qu’ils vécurent heureux tous ensemble.

Conclusion

Tous ces mythes, même s’ils ne représentent qu’une partie de la mythologie coréenne, ont des objectifs bien distincts qui dépassent le simple cadre du récit.

Les mythes de la création du monde, d’essence cosmologique, furent transmis oralement et étouffés par la montée du taoïsme et du bouddhisme, venus de Chine. Le système patriarcal de l’époque, qui cherchait à évincer le culte de la déesse Mago, tenta de les faire disparaître. Ces mythes ont pour objectif de justifier les pouvoirs du mudang (shaman et conteur), ainsi que d’expliquer l’origine de certains clans.

Les mythes de la fondation des royaumes de Corée font essentiellement référence aux Trois Royaumes, et apportent une dimension divine à l’histoire du pays. Dans ces récits, la femme est plus souvent un messager céleste qu’une mère, puisque de nombreuses naissances ont lieu grâce à des œufs magiques. L’archerie, vue comme une grande qualité guerrière, est également très importante. L’arc symbolise la royauté, et possède des propriétés magiques liées entre autres à la fertilité du sol. On note également l’importance des Trois Mondes : le Ciel, la Terre et le Monde Souterrain. D’autre part, le dragon apparaît comme une figure emblématique, un véritable symbole religieux de la résistance coréenne face à l’arrivée du bouddhisme. Cependant, cette image de protecteur semble avoir été corrompue par l’introduction de croyances hindoues, qui ont transformé le dragon en serpent, créature maléfique et sournoise. Enfin, l’eau a un rôle fondamental dans les croyances coréennes, puisque les océans, les fleuves et les rivières sont considérés comme les demeures des dragons.

Bibliographie

  • Ouvrages

Asian Mythologies d’Yves BONNEFOY

  • Liens internet

http://en.wikipedia.org/wiki/Korean_mythology

http://www.indopedia.org/Korean_mythology.html

http://www.experiencefestival.com/a/Korean_mythology_-_Cosmology/id/1557256

http://www.experiencefestival.com/a/Bak_Hyeokgeose_of_Silla/id/1925733

http://www.experiencefestival.com/a/Chi_You/id/1962592

http://meta-religion.com/World_Religions/Ancient_religions/Asia/legend_of_tangun.htm

http://meta-religion.com/World_Religions/Ancient_religions/Asia/legend_of_king_onjo_of_paekche.htm

http://www.crystalinks.com/koreacreation.html

http://books.google.fr/books?id=r4I-FsZCzJEC&pg=PA296#v=onepage&q=&f=false

http://en.allexperts.com/e/k/ko/korean_mythology.htm

http://www.sacred-texts.com/etc/ddl/ddl09.htm

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