Essais Sciences Sociales

Idéologie et système politique en Corée du Nord

L’objet du présent travail est de présenter certains aspects de la Corée du Nord.

Une analyse détaillée et exhaustive du sujet choisi n’étant pas possible sans produire un long dossier, mon objectif a été de rendre les informations de façon à ce qu’elles soient les plus synthétiques et les plus précises possible.

Mon objet est donc l’étude des systèmes politiques et idéologiques de la Corée du Nord, car, après avoir longtemps hésité il m’a semblé qu’il s’agissait là des deux points clés pour appréhender et tenter de comprendre ce pays qui est le plus fermé et donc le plus mystérieux de la planète.

À mon sens l’intérêt d’un tel travail se situe tant dans le travail d’analyse et dans la tentative de rester objectif malgré ma vision de jeune capitaliste occidental, car comme le dit Robert Charvin, spécialiste français de la Corée du Nord « L’analyse du socialisme a la coréenne dois échapper aux regards européocentristes et au jugements simplistes« , autant que dans la recherche de documents et d’informations de diverses source tout en prenant en compte la provenance de ces dernières et de leur potentielle subjectivité.

Le système politique Nord-Coréen est évidement fortement lié à son idéologie et cette dernière bien qu’elle puise ses éléments fondateurs dans des courants idéologiques déjà connus (comme le stalinisme, le confucianisme) il en résulte quelque chose de totalement inédit qu’aucun peuple n’a connu avant. Il convient donc de la traiter comme tel en déterminant les bases puis en analysant la résultante comme quelque chose d’inconnu.

Le plan proposé ici comporte une approche de la formation de l’état Nord-Coréen en remontant quelques décennies avant la guerre de Corée, suivie d’une analyse des appareils d’état constituant le système politique, puis les principales caractéristiques de l’idéologie Nord-Coréenne et pour finir, une conclusion où je m’efforcerais d’utiliser la synthèse des choses apprises pour réfléchir sur la problématique de la Corée du Nord d’aujourd’hui

Première partie : la guerre de Corée.

Avant de s’intéresser pleinement à la problématique de la guerre de Corée il conviens de reprendre l’histoire de la péninsule quelques décennies plus tôt pour bien comprendre comment se sont forgées les différentes mentalités en présence.

La Corée était sous domination chinoise depuis 1894 à la demande du gouvernement Coréen pour réprimer la révolte des adeptes du mouvement religieux Tonghak.

Au même moment éclate la guerre sino-japonaise qui tourne au désavantage des Chinois. En résulte la fin de la présence Chinoise mais le début de l’occupation par les Japonais, ces derniers ayant pour but l’annexion de la Corée à cause de la position stratégique qu’occupe la péninsule entre la Chine et la Russie, zones que les Japonais convoitent de longue date. La position géostratégique de la Corée a été est et sera source de souffrance pour son peuple. Le 23 aout 1910 est proclamée officiellement l’annexion au profit du Japon.

Il en découle une occupation très mal vécue pas les Coréens car les Japonais ont a cœur de japoniser au maximum leur nouveau territoire, cela passe par l’interdiction de parler le coréen, le changement de nom des villes et même du pays (Séoul deviens Keijo, Pyongyang Heijo et la Corée Chosen).Des milliers de paysans Coréens fuient le pays en direction du nord, (Mandchourie, Sibérie) où ils ont leurs premiers contacts avec le bolchevisme.

Durant cette occupation, des mouvements de résistance prennent forme, le but n’étant pas ici une analyse de la Corée sous occupation Japonaise il convient de ne citer que les deux personnalités qui ont joué un rôle important non seulement à cette époque mais aussi après la libération.

Lee Sungman né le 26 mars 1875. Le futur leader Sud-Coréen, a fait ses études aux Etats unis, membre du mouvement nationaliste il est incarcéré entre 1897 et 1904. En 1919 il devient chef du gouvernement Coréen en exil basé à Hawaï, il gardera ce poste jusqu’à la libération en 1945, mandats durant lesquels il plaide en faveur de l’indépendance de la Corée auprès des instances internationales.

L’autre figure importante est Kim Il-sung, né le 15 avril 1912. Il fait partie de ces familles coréennes parties s’installer en Mandchourie pour fuir l’occupation. En 1932 il forme ou rejoint un groupe de partisans Coréens contre l’occupant; comme la plupart des groupes de ce genre ils rejoignent les forces armées communiste Chinoises qui s’organisent contre les Japonais. Il monte rapidement en grade grâce à ses faits d’armes. Cela n’empêche pas l’échec de ces groupes, en 1941 la guérilla est balayée et Kim Il-sung se replie en union soviétique ou il rejoint un corps international de l’armée rouge. Il y a plusieurs versions à la suite des évènements. Les historiens Nord-Coréens affirment que Kim Il-sung as participé à la libération de Pyongyang en 1945 mais leurs homologues occidentaux tendent vers l’hypothèse selon laquelle lui et ses subordonnés seraient arrivé après que la XXVe armée soviétique aie libéré la ville.

La défaite des japonais sur les deux fronts, Corée face aux troupes soviétique et Pacifique face aux américains à la fin de l’été 1945 marque la fin de la colonisation pour la péninsule mais pas la fin de l’occupation.

En effet au sortir de la seconde guerre mondiale la Corée s’est vue coupée en deux par la simple rencontre, quasiment en son centre, des troupes soviétiques et américaines dont la ligne de démarcation est établie le long du 38e parallèle. Une fois encore l’importance de la position géostratégique coréenne va sceller son destin, les américains ne voulant pas des communistes aux portes du Japon fraichement occupé avec bon espoir d’en tirer profit les soviétique est le chinois ne voulant pas d’un état acquis à la cause des américains à leur frontières. Le fait que ce soit la Corée et non le Japon qui soit divisée à la fin de la guerre s’explique par l’entrée tardive des soviétiques dans le conflit pacifique a l’inverse d’en l’Allemagne ils n’ont pas eu le temps d’arriver jusqu’au Japon.

Le 10 mai 1948 sont organisées des élections dans la partie sud de la péninsule sous couvert de l’ONU, Lee Sungman est élu premier président de la République de Corée. Le 25 août de la même année l’assemblée populaire suprême est élue au nord ; cette dernière proclame la République Populaire Démocratique de Corée le 9 septembre suivant.

La guerre entre les deux ne se fit pas attendre mais ils convient d’expliquer pourquoi elle s’est produite ici et non pas en Allemagne par exemple. Les sources fiables concernant ces évènements sont rares, mais à la fin de l’ère stalinienne, à la mort de celui-ci et sous le gouvernement Khroutchev, des notes de services ont été rendue publiques, elles font état de visites de Kim Il-sung au cour desquelles il aurait fait part à Staline de son ambition d’attaquer la Corée du Sud afin de réunifier la péninsule sous sa bannière. Staline aurait soutenu l’idée, car la perspective d’une Corée entièrement communiste et unifiée consoliderai le bloc communiste et porterai ses frontières a quelques kilomètres du Japon, le nouvel allié des américain qui était selon toute vraisemblance en route pour reprendre sa place de première puissance d’Asie, mais, tout en mettant en garde le leader Nord-Coréen que si les américains et l’ONU ripostaient, il ne procéderai pas à l’envoi de troupes soviétiques en renfort. Kim Il-sung était convaincu que la Corée ne représentait pas un enjeu assez important aux yeux des américains et qu’une fois le territoire conquis ils se contenteraient du Japon. La décision était donc prise.

Le 25 juin 1950 les troupes Nord-Coréennes menées par le général Chai Ung Chai, 125 000 hommes comprenant sept divisions d’infanterie, une brigade blindée, une brigade de garde-frontière, un régiment d’infanterie organique, un régiment motocycliste une division fer de lance comprenant, trois régiment de fusiliers, un régiment d’artillerie et un bataillon d’artillerie autotractée passent là frontière. On peut noter l’organisation typique sur le modèle soviétique en rythme ternaire. Les hommes qui participent à cette offensive sont pour la plupart des combattants ayant servi aux coté de communistes chinois, ils sont donc aguerris et les cadres ont été formés par les soviétiques. Au-delà de l’organisation l’équipement Nord-Coréen est aussi de facture soviétique, et d’assez bonne qualité. Même si, comme expliqué plus haut, les soviétiques ne désiraient pas prendre par personnellement au conflit, leur présence immatérielle sous forme d’équipement et de formation militaire se fait sentir.

Du coté Sud-Coréen les forces sont de 143 000 hommes, 8 divisions de de combattants soit 65 000, 33 000 hommes d’état-major 45 000 hommes de police nationale mais ils sont beaucoup moins entrainés et surtout dispose d’un équipement certes américain mais dans une quantité bien moindre que les Nord-Coréens.

De ceci résulte une débâcle des Sud-Coréens inévitable, 5 heures après le début du conflit la ville de Kaesong est prise par les nordistes.

Le 27 juin l’ONU vote la défense du territoire Sud-Coréen, sans grande opposition car les démocraties populaires ne siègent pas à ce moment-là et donc, ne peuvent utiliser leur droit de véto. Voici le discours prononcé par le président des états unis Harry Truman.

IN KOREA the Government forces, which were armed to prevent border raids and to preserve internal security, were attacked by invading forces from North Korea. The Security Council of the United Nations called upon the invading troops to cease hostilities and to withdraw to the 38th parallel. This they have not done, but on the contrary have pressed the attack. The Security Council called upon all members of the United Nations to render every assistance to the United Nations in the execution of this resolution. In these circumstances I have ordered United States air and sea forces to give the Korean Government troops cover and support.

The attack upon Korea makes it plain beyond all doubt that communism has passed beyond the use of subversion to conquer independent nations and will now use armed invasion and war. It has defied the orders of the Security Council of the United Nations issued to preserve international peace and security. In these circumstances the occupation of Formosa by Communist forces would be a direct threat to the security of the Pacific area and to United States forces performing their lawful and necessary functions in that area.

Accordingly I have ordered the 7th Fleet to prevent any attack on Formosa. As a corollary of this action I am calling upon the Chinese Government on Formosa to cease all air and sea operations against the mainland. The 7th Fleet will see that this is done. The determination of the future status of Formosa must await the restoration of security in the Pacific, a peace settlement with Japan, or consideration by the United Nations.

I have also directed that United States Forces in the Philippines be strengthened and that military assistance to the Philippine Government be accelerated.

I have similarly directed acceleration in the furnishing of military assistance to the forces of France and the Associated States in Indochina and the dispatch of a military mission to provide dose working relations with those forces.

I know that all members of the United Nations will consider carefully the consequences of this latest aggression in Korea in defiance of the Charter of the United Nations. A return to the rule of force in international affairs would have far-reaching effects. The United States will continue to uphold the rule of law.

I have instructed Ambassador Austin, as the representative of the United States to the Security Council, to report these steps to the Council.

Cependant, l’avancée Nord-Coréenne se poursuit inexorablement, Au terme de la 100eme heure de conflit Séoul défendue par le général Chae Byong Duk est perdue.

La faible présence de troupes américaine sur le territoire ne peux rien pour endiguer la vague rouge, un mois après le début du conflit le « territoire Sud-Coréen » se résume aux alentours de Pusan soit 15% du territoire initial.

Le 2 aout suivant les US marines arrivent enfin à Pusan, auxquels s’ajoute le reste des forces qui vont être présentes tout au long du conflit (Anglais, Néerlandais, Français, Turques…)

Les troupes alliées sont menés par le général Mac Arthur (photo), victorieux du Japon, stratège aux talents reconnus, il a souvent été controversé pour les certaines de ses décisions au niveau politique.

Les forces de l’ONU étant enfin réunies MacArthur lance une série d’opération destinées à desserrer l’étreinte de Pusan, opérations couronnées de succès car l’envahisseur est repoussé. Cette contre-offensive se déroule bien sûr en de nombreuses étapes mais ces épisodes n’étant pas le sujet disserté ici, il convient de résumer les évènements. La progression des troupes alliés vers le nord ce fait quasiment aussi rapidement que s’était faite la progression vers le sud des Nord-Coréens. La reconquête du territoire perdu a été accélérée par le débarquement du 10 septembre 1950 planifié par MacArthurs sur l’ile d’Incheon à l’ouest de Séoul, sur laquelle était située l’aéroport de Kimpo, non seulement ce dernier était d’une importance stratégique évidente mais aussi cela a créé un second front à l’arrière des lignes nordiste, Séoul est reprise le 28 septembre suivant ; s’ensuit un mouvement de pince entre les troupes onusiennes remontant du sud et celle descendant de Séoul.

Au début du mois d’octobre 1950, la Corée du Sud est de nouveau sous contrôle des américains et le l’ONU. Les Nord-Coréens étant repoussée au nord du 38eme parallèle la guerre aurait pu s’arrêter là, mais le 7 octobre 1950 l’ONU adopte une résolution (dont une partie est disponible en annexe) que MacArthur interprète comme une autorisation pour poursuivre la campagne au-delà de la frontière.

S’entame alors la montée des troupes alliées vers le nord, le 10 Wonsan, un des principaux port Nord-Coréen est pris suivi le 21 par la capitale Pyongyang, le 26 Chosan sur les rive du Yalu tombe aux mains des Onusiens ; ceci marque un des tournants importants de la guerre car, le Yalu se situant au frontières de la récente République Populaire de Chine. Cette dernière n’entend pas rester neutre dans ce conflit et laisser une chance aux américains d’établir une frontière commune. Ainsi s’est exprimé le porte-parole de la RPC :

« Les impérialistes américains menacent la chine : si ceux-ci ne cessent pas son aide à la Corée, ce n’est pas seulement l’Amérique mais toutes les nations unies qui se déclareront ses ennemis, cette menace ne fait pas peut au peuple chinois, si les états unis se servent de l’ONU comme instrument d’agression elle ne sert plus la paix, elle perd  son prestige en devenant l’instrument d’agression des impérialistes américains et de leurs satellites. Sans la participation de la RPC les nations unies de sont qu’un mot »

Cette menace resterai vaine car la Chine prend part au conflit sous forme de 200 000 soldats appelée « Corps des volontaires » sont envoyé sous l’ordre de Mao Zedong et sous le commandement du général Peng Teh-Huaï. Stratégiquement parlant cette intervention est donc justifiée au sens des Chinois, puis également sur le plan moral, tant que l’ONU intervenait pour défendre la Corée du Sud les Chinois n’ont pas protesté, mais une action d’envahissement d’un territoire n’a pas été tolérée.

Les troupes chinoises étant très nombreuses les premiers jours du nouveau conflit contre ce nouvel ennemi sont très nettement en faveur des Chinois, ils repoussent les troupes onusiennes le 4 décembre 1950 Pyongyang est reprise par les Chinois, le 15 les alliés sont renvoyés au sud du 38e parallèle, le 4 janvier Séoul décidément indéfendable tombe aux mains des communistes. La progressions des Sino-Coréens sera stoppée 60km au sud de Séoul par des bombardements.

La suite du conflit est constituée de nombreuses opérations stratégiques visant à reprendre les zones perdues aux Chinois, à partir du 25 janvier pour aboutir une nouvelle fois au 38e parallèle le 31 mars 1951

Alors commence une guerre de position qui va s’étaler jusqu’à la fin des combats en 1953 durant laquelle les force en présences vont s’efforcer de tour à tour attaquer et défendre des territoires en vue de faire évoluer la position de la frontière en leur faveur.

Le cessez le feu est signée le 27 juillet 1953 par Nam-Il pour les Sino-Coréens et le général Harrison pour les nations unies, un lien vers l’intégralité de ce traité est disponible en annexe.

La guerre n’est donc toujours pas finie aujourd’hui. Cet état de guerre permanent est important pour comprendre la suite des évènements car même faisant partie du même peuple, les Sud et Nord-Coréen sont devenus largement antagonistes et les ressentiments sont vifs. Il conviens de rappeler que ce conflit a été extrêmement meurtrier, les chiffres diffèrent selon les sources, mais le chiffre d’un total d’1 000 000 de morts reviens le plus souvent, les Chinois et les américains étant ceux qui ont payé le plus lourd tribu. Si le sud a bien évidement subit de lourdes pertes matérielle, le nord a été totalement dévasté par les bombardements américains massifs tout au long de la guerre et ont laissé un profond traumatisme dans l’esprit des populations. La péninsule Coréenne est divisée approximativement au niveau du 38e parallèle par la zone démilitarisée (DMZ), une fine et longue bande de terre entre les deux nations dont le lieu le plus emblématique est Panmunjom  ou les ou les deux armées se font littéralement face stoïquement depuis la signature du traité.

Seconde partie : système politique Nord-Coréen

Le système politique Nord-Coréen est aujourd’hui unique au monde, les dictatures totalitaires communiste sont devenues très rares, et même celles restantes sont souvent loin du modèle soviétique duquel elles sont inspirée, mais de régime stalinien, il n’en reste qu’un.

Dans ce genre de régime, l’idéologie et le système de gouvernance sont très étroitement liées. Il serait facile et confortable pour le rédacteur de traiter les deux simultanément mais la compréhension pour le lecteur serait sans doute bien plus difficile. Le choix a donc été fait de traiter les ces deux sujets de façon séparée pour en faciliter la lecture, mais aussi pour pouvoir les traiter par un angle différent.

Aux lendemains de l’indépendance, le 12 novembre 1945, se forme en Corée le comité préparatoire à la formation d’un état par Yuh Woon-hyung. Ce comité mutera ensuite en « comités politique du peuple ». Le commandement soviétique en Corée dirigé par le général Tchistiakov créé une administration civile chargé d’encadrer les comités politique du peuple. Ceci constitue l’aïeul politique du parti actuellement au pouvoir en Corée du Nord, le Parti du Travail de Corée, crée le 30 juin 1949 à partir des deux formations communistes Nord et Sud-Coréennes.

Le charisme et les faits d’armes de Kim Il-sung est tel qu’il se voit confier les commandes de l’état après les élections de 1948. Le fait qu’il soit de longue date – de par le fait qu’il ait vécu majoritairement en Chine communiste et ai combattu aux coté des soviétique – acquis a la cause du communisme, n’est pas étranger au fait qu’il ait accédé au pouvoir. Certains observateurs situent justement la « véritable indépendance » de la Corée du Nord après 1956, jugeant que durant la période 1945-1956 les soviétiques et les Chinois sont bien trop intervenus dans les décisions politiques du nouvel état. Ceci est bien évidement un point de vue subjectif, il va sans dire que les historiens Nord-Coréens sont défendent la thèse inverse de la R.P.D.C indépendante et libre de ses choix dès les premières heures.

Quand éclate la guerre, Kim Il-sung y vois là le moyen de se débarrasser de certains de ses opposants ; cette pratique est courante, un conflit génère forcement une telle diversion que les manœuvres politiques passent inaperçues. Il convient de signaler la version selon laquelle Kim Il-sung aurait décidé d’envahir la Corée du Sud après avoir obtenu un aval à demi-mot de Staline, est la version occidentale. Pour les historiens Nord-Coréens cette invasion était la riposte à des incursions qu’auraient menées les militaires du Sud sur leur territoire. Pour l’étude de la Corée du Nord il faut se familiariser rapidement avec les différences de version, plus que pour l’analyse de tout autre pays. Un autre exemple est le fait que les Nord-Coréens considère le cessez le feu de 1953 comme une victoire alors que objectivement, aucun camp de l’a vraiment emporté, étant donné que la frontière n’a pas bougé ; mais le fait d’entretenir le mythe de la victoire héroïque contre les « impérialistes américains » est capital pour légitimer le parti et sa politique.

La même année, en 1953 Staline est mort, ce qui fut un choc pour Kim Il-sung et tout le peuple coréen au-delà du vide laissé par le « camarade » sa mort va poser un problème idéologique à Kim Il-sung mais ceci intervenant trois ans plus tard il convient d’aborder un point important et plus proche chronologiquement.

Afin que son autorité ne soit pas remise en cause, Kim Il-sung organise une série de procès après le cessez-le-feu afin de juger ceux qui « seront jugés responsables ». Le fait que les procès aient lieu si tôt après la fin du conflit prouve que l’idée avait germée avant la signature du cessez le feu.

Li Kang-kuk, Pae Chol, Yun Sun-tal, Li Won-cho, Cho Yonq-pok, Maeng Chong-ho, Sol Chong-sik, sont tous déférés sous le chef d’accusation suivant « espionnage pour le compte de l’impérialisme américain » lors du premier procès du 3 au 6 aout 1953 ; tous faisaient partie des dirigeants Nord-Coréens, politique ou miliaire, ils sont tous reconnus coupable et a l’exception de Yun Sun-tal et Li Won-cho sont tous condamné à la peine capitale.

Le second procès sera celui de Park Hon-yong en décembre 1955, il était le leader de la branche Sud-Coréenne du parti des travailleurs de Corée et a été accusé d’être le leader des dissidents du premier procès. Pak Hon-yong clame d’abord son innocence mais après plusieurs suspensions d’audience il revient sur ses déclarations menant évidement a sa condamnation à la peine capitale, la date de son exécution est floue, certains documents la situent cependant au lendemain du procès.

On peut donc penser qu’il s’agit bien là d’une manœuvre orchestrée par Kim Il-sung pour se débarrasser de Pak Hon-yong qui jouissait d’un groupe uni autour de lui, pour gouverner un régime stalinien il convient d’écarter les gens susceptible de monter leur propre parti ou d’instaurer une alternance du pouvoir.

en 1956 lors du XXe congrès du C.P.U.S le nouveau dirigeant russe, Nikita Khrouchtchev (photo) critique ouvertement le stalinisme et le culte de la personnalité, Kim Il-sung qui depuis 1952 utilise exactement les mêmes ressorts avec les articles ditiranbiques, les titres ronflants et ses portraits en toutes occasions se retrouve en distension avec Moscou.

En novembre 1957 Nikita Khrouchtchev convoque les cadres de tous les pays socialistes pour mettre les partis communistes au diapason,  en résulte une vraie scission entre Moscou et Pékin, les Chinois étant opposés à tout révisionnisme du communisme comme le prévoit Khrouchtchev cette tension s’illustre lors de la guerre sino-indienne ou de la crise de cuba en 1962

Pyongyang reste finalement assez neutre dans ce conflit tantôt du côté de la Chine tantôt du côté de l’U.R.S.S, ceci est probablement vécu par Kim Il-sung comme un heureuse diversion, la patrie d’où le communisme a émergé critique ouvertement une façon de gouverner qu’il a fait sienne, cependant le fait que les chinois de soit pas d’accord avec la révision des dogmes donne à la Corée du Nord l’opportunité de revendiquer elle aussi sa propre conception du communisme et de l’appliquer sans apparaitre comme « le seul mauvais élève »

En 1956 le parti communiste  Nord-Coréen était formé comme suit :

– Communistes Nord-Coréens internes ayants lutté contre l’occupation japonaise

– La faction de Kim Il-sung ayant aussi lutté contre l’occupation japonaise mais aussi en      Mandchourie

– Le groupe soviétique composé de coréens ayant vécu et étudié en U.R.S.S

– Le groupe chinois ayant participé à la « longue marche » de l’armée de Mao (Yan’an)

Le groupe de Kim Il-sung va s’opposer à celui de l’école soviétique car l’URSS sous Khrouchtchev vois un « assouplissement » général dans plusieurs domaines, comme celui des priorités des industries, la refonte partielle de la planification et l’assouplissement de la façon de « gérer » les opposants au régime, ceci n’est pas en adéquation avec la manière dont Kim Il-Sung veut gouverner la Corée.

À partir du discours donné par Kim Il-sung le 13 décembre 1956 dans lequel il accuse les fractionnaires d’être à la solde d’espions Sud-Coréens commence une série de mesures prises par le parti donnant lieu à une épuration jusqu’en fin 57, ces mesures sont par exemple le renouvellement des cartes du parti dont certain ne reçoivent pas la nouvelle, des élections ou Kim Il-sung choisit ses candidats etc.

L’année suivante Kim Il-sung entame la réforme de l’armée populaire de Corée du Nord qu’il attend bâtir sur le modèle de « l’armée de guérira antijaponaise » dont il était issu et dont il avait les commandes, ceci donc au détriment des autres modelés d’armées qui ont combattu en Corée comme « l’armée pour l’Independence » ou « le corps des braves » mais surtout la faction Yan’an lié aux communistes de modèle Chinois du parti dont sont issu de nombreux généraux et cadres de l’armée populaire que Kim Il-sung accuse de fractionnisme.

La résultante de cette épuration a menés les différents groupes du parti communiste Nord-Coréen de 11 membres de la faction Kim Il-sung, 18 Yan’an, 9 soviétiques et 25 communistes intérieurs au IIIe congrès d’avril 1956 à 3 Yan’an, 1 soviétique et 13 communistes intérieurs tous ralliés à Kim Il-sung au IVe congrès de septembre 1961.

Seul aux commandes du pays, Kim Il-sung as les mains libres pour mener la politique qu’il entend, le culte de la personnalité déjà fortement présent prend des proportions aberrantes faisant passer Staline pour timide ; à l’instar de ce dernier, Kim Il-sung n’arrête d’ailleurs pas les épurations a ses opposants mais les poursuit parmi ses propres partisans car dès mars 1967 il prend a parti certains des membres de son gouvernement suivant ses prétextes habituels qui sont l’antipartisme et le fractionnisme, ces gens sont donc mis à l’écart alors que leur seul manquement avéré est la non tenue des impératifs de la planification et l’obligation d’allonger de 3 ans le plan septennal.

Le but est le formatage de tout l’appareil politique sur les mêmes principes, condition sine qua none pour l’édification du socialisme selon Kim Il-sung

Après avoir vu la formation du Parti des travailleurs de Corée nous allons observer le fonctionnement physique de ce dernier, comment sont gérées ses principales administrations et le régime constitutionnel.

Il convient de noter que la constitution Nord-Coréenne de 1948 n’a été que peu respectée Kim Il-sung prenant de nombreuses libertés vis-à-vis d’elle. En 1972 une nouvelle constitution est créée elle officialise le pouvoir suprême du leader et minimise le pouvoir des assemblées (l’assemblée Nord-Coréenne n’est convoquée que une ou deux fois par an pour quelques jours) au profit du comité central constitué des proches du leader. Une nouvelle constitution est encore créée en 1992 dans l’optique de la succession a Kim Il-sung par son fils Kim Jong-il cette nouvelle constitution place la commission de défense nationale bien plus haut dans l’organigramme de l’état, commission qui d’ailleurs n’est devenu un organe étatique a part entière seulement deux ans auparavant. Cette commission dispose de pouvoir tellement étendus que celui qui la dirige dispose du pouvoir absolu sur le reste de l’appareil de l’état, en 1993 Kim Jong-il est élu à la tête de cette commission et par extension a la tête de l’état. Les deux réformes suivantes ont eu lieu en 1998 et en 2009, ces deux modifications ont essentiellement entrainé des changements dans la gestion de la diplomatie, assouplissant très légèrement les règles d’entrée et de sortie des étrangers et leur capitaux.

Le parti des travailleurs de Corée est régit par les règles Lenino-staliniennes, il est organisé comme une armée et as donc un fonctionnement très autoritaire, il n’est donc qu’un outil du pouvoir. Comme nous l’avons vu précédemment la volonté de Kim Il-sung a été de formater le parti, chaque personne qui l’intègre se doit de se plier aux règles et doctrines, tout courant de pensée déviant du dogme est réprimé et supprimé.

Il est difficile d’avoir des chiffres précis mais on peut estimer que entre 16 et 20% de la population Nord-Coréenne est membre du parti, parmi ces membres sont désignés 1 pour mille qui auront le droit de vote soit 3000 personne depuis la dernière source fiable, (en 1980) étant donné les avantages découlant du fait d’être membre du parti, ce chiffre est nécessairement plus haut aujourd’hui. Tous les 4 ans le congrès du parti est censé se réunir, censé car depuis sa fondation au sortir de la guerre ce délai n’a jamais été respecté, ce qui découle des congrès est l’élection du comité central du parti, cependant il constitue plus un symbole d’unité et une instance de ratification qu’un véritable centre de décision au sein du parti. La lutte qu’a menée Kim Il-sung depuis le commencement a conduit à un taux de reconductions record, bien souvent au-delà de 80%

Comme en Chine, l’organe le plus influant du parti est le bureau politique, le nombre de membres de ce bureau n’a jamais dépassé la vingtaine, dans les années 80 une instance encore plus haute a été créée, le présidium du bureau politique avec un nombre de membres encore plus restreint dont Kim Jong-il. Ce dernier étant le membre de loin le plus jeune à ce moment-là, il s’est assez rapidement retrouvé seul membre de par le décès des autres membres. Il semblerait qu’il s’agisse ici encore d’une manœuvre de Kim Il-sung pour asseoir le pouvoir de son fils.

le PTC, formé de façon vraisemblablement assez arbitraire tiens aussi le rôle de gouvernement car l’organe principal de gouvernance, l’assemblée populaire suprême, est composée d’une écrasante majorité de membre du parti et la plupart des postes ministériels sont brigués pas des membres du bureau politique laissant aux « vrais élus » des postes d’importance bien moindre, il faut cependant noter que depuis la révision de la constitution en 1992 cet assemblé gagne de plus en plus de pouvoir surtout dans le domaine diplomatique selon les observateurs internationaux, comme abordé plus haut.

L’état se forme aussi avec le comité populaire central qui a pour but principal d’assurer la direction unique du leader, formé avec la constitution de 1972 il était constitué des membres du bureau politique mais depuis mai 1990 il comprend aussi les secrétaires généraux des différentes régions.

L’organe de direction principal est le conseil de l’administration, sous les ordres directs du leader il dirige tous les ministères.

Suivent deux organigrammes synthétisant respectivement l’appareil politique Nord-Coréen dans son ensemble, puis l’organisation du Parti des Travailleurs de Corée.

Troisième partie : système idéologique Nord-Coréen.

Tout système politique communiste se doit de d’appuyer sur une idéologie forte. Comme nous l’avons précisé précédemment, en Corée du Nord, Kim Il-sung s’est employé dès la création de cette nation à forger un parti unique fort et rigide avec un schéma de pensée commun en épurant ses rangs. Le communisme Nord-Coréen a ainsi atteint un degré qu’aucun autre pays n’a atteint avant. Le but ultime des dirigeants est d’atteindre le socialisme dans lequel l’intégralité de la population serait sur un pied d’égalité total et duquel l’argent aurait totalement disparu. Il est important de mettre ceci en avant car il s’agit-là de « l’objectif de la nation » pour lequel tout le peuple doit sacrifier ses désirs personnels. Toutes les nations communistes ont été ou sont des dictatures, la Corée du Nord est souvent décrite comme la pire de toutes justement à cause de l’endoctrinement extrême qui pèse sur son peuple.

Le point principal pour comprendre l’idéologie Nord-Coréenne qui sera longuement développé ici est le principe du « juche » . Le sens de ce mot n’est clair qu’en langues asiatiques, la traduction littérale est « corps principal » ou « position indépendante » mais le sens s’en trouvera éclairci après le développement.

Le mot juche a été prononcé pour la première fois par Kim Il-sung le 28 décembre 1955 lors d’un discours. A ce moment-là le il ne s’agissait que d’une façon de désigner le marxisme-léninisme et pas d’une idéologie à part entière. Comme nous l’avons précisé précédemment, à partir de la seconde moitié des années 50 la Corée du Nord a commencé à s’éloigner des modèles communistes existants à l’époque. C’est alors que le juche prit de plus en plus d’ampleur. Quand on observe ce phénomène on ne peut s’empêcher de penser qu’au fil du temps les dirigeants Nord-Coréens – leaders principalement – ont modifié le concept de juche pour qu’il englobe tous les aspects de la vie politique et économique de la nation jusqu’à devenir une sorte de code de conduite, un mode d’emploi du socialisme a la coréenne. Dans les années 1980 Kim Jong-il publie un livre sur le juche « On the Juche Idea » qui est une sorte de compilation de tout ce qu’est devenu le juche depuis les origines, ce livre est extrêmement important pour les Nord-Coréens, il s’agit de l’ouvrage de référence par-dessus tout souvent désigné par des termes comme « ouvrage lumineux guidant le peuple » il est enseigné dans les écoles et toute la population est censée le connaitre.

Le fait que cet ouvrage soit attribué à Kim Jong-il n’est pas anodin, Cela fait partie intégrante de la légitimation de la prise de pouvoir par ce dernier qui était en train de s’amorcer. Kim Jong-il est donc présenté au peuple comme le brillant savant à l’ origine des préceptes du juche. Des centaines d’autres livres lui sont attribué, nombreux sont les observateurs occidentaux à fortement douter que ces ouvrages ai bien été écrit par Kim Jong-il ; le fait marquant à ce propos concerne ses livres de stratégie militaire alors qu’il est établit qu’il n’a même pas effectué de service militaire.

Les 3 fondements du juche sont les suivants :

1.     Independence politique

2.     Independence économique (pas d’importations)

3.     Independence militaire

Il s’agit clairement là de préceptes très nationalistes. Le nationalisme fait partie intégrante du juche, c’est même l’une des idées le plus anciennes à avoir été intégrée car lors du premier discours sur le juche en décembre 1955 Kim Il-sung cite Staline sur sa définition de la nation « une communauté humaine, stable, historiquement constituée née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture » A cela s’ajoute la notion du « sang coréen » qui est un peuple très homogène (à noter que cette notion est également vivace en Corée du Sud)

Même s’il est acquis que la notion de nationalisme est prépondérante officiellement les avis divergent Kim Il-sung et Kim Jong-il ont publié des textes contradictoire, le premier disant que l’on peut être nationaliste, internationaliste et révolutionnaire si l’on est un vrai patriote, l’autre affirmant que les communistes ne peuvent être nationalistes.

Les racines de cette doctrine nationaliste se trouve dans la culture coréenne

La religion ancienne et profonde des coréens est le chamanisme, construit par des légendes, même si le confucianisme et le bouddhisme ont un peu effacé le chamanisme il constitue encore le fond de la religion coréenne. L’idéologie Nord-Coréenne s’est toujours efforcée de supprimer tout ça au profit d’un système de pensée staliniste mais le fond de chamanisme a été cependant utilisé pour consolider le pouvoir, comme l’histoire de Kim Jong-il qui serait né sur le mont Peaktu et qu’un arc en ciel éclairant l’univers se serait produit ce jour, jour de naissance de « l’étoile guide ».

Le bouddhisme a aussi un rôle non négligeable, après l’unification du pays en 668 il est devenu religion officielle et même si il a été rejeté par la dynastie YI (1392-1910) les notions de base en sont profondément encrées dans les mentalités coréennes, le karma, le paradis et l’enfer, la réincarnation, cela as manifestement joué un rôle important dans l’établissement de la dictature par la discipline et la certaine « docilité » du peuple qu’il entraine.

Le confucianisme qui fut introduit en Corée au IVe siècle n’était d’abord que d’une influence minime sur la vie du peuple, il servait alors de doctrine pour former les fonctionnaires et bureaucrates, il prend vraiment de l’importance sous la période Choson (1392-1910) (sous forme du néoconfucianisme chinois de Zhu Xi ou il devient le système de pensée officiel au détriment du bouddhisme, même si le régime de Pyongyang critique vivement le néoconfucianisme c’est aussi une doctrine profondément encrée dans la mentalité coréenne le caractère holiste et hiérarchique du confucianisme participent grandement au fait qu’une dictature de ce genre ai pu s’établir. un autre des fondements important du néoconfucianisme c’est la piété filiale (hyo en coréen ?) cela légitime en partie la succession de Kim Jong-il a Kim Il-sung car il est de tradition de passer la main au fils ainé, le fait que Kim Il-sung même décédé soit toujours président de la Corée du Nord et les hommage multiple qui lui sont rendu chaque année autant que la longue période de deuil national qui a suivi sa mort sont un parfait mélange du ? et du culte de la personnalité du « père de la nation ».

Pour poursuivre cette analyse du juche il convient de mentionner la notion par laquelle les Nord-Coréens résument cette idéologie « l’homme est maître de tout et décide de tout »  (chanjusong en coréen). Ceci nous fait toucher au point clé de l’idéologie Nord-Coréenne, il s’agit là de la raison pour laquelle le peuple ne montre pas de signe de révolte. A mon sens l’équilibre du système Nord-Coréen repose sur ce paradoxe ; d’un côté l’hyper dirigisme de la société communiste où chacun se doit de renoncer à la propriété et l’accomplissement personnel et l’autre le juche qui affirme de l’individu est au centre de tout et qu’il est totalement maître de son destin. On peut se demander comment tout un peuple peut adhérer à un tel paradoxe ; pour réponde à cette question certains éléments sur la mentalité et l’histoire des courants de pensée en Corée, ainsi que le développement de la partie précédente ou l’on a vu le sort réservé aux dissidents peuvent apporter des éléments de réponse. Un autre argument est celui du système éducatif, car bien qu’il ne s’agisse pas d’un thème développé ici il conviens d’ouvrir une parenthèse le temps de dire que l’éducation Nord-Coréenne inculque aux enfants dès le plus jeune âge ces principes, l’endoctrinement est total de par le fait que les autres courants de pensée ne sont pas évoqués, il est impossible de ressentir un quelconque sentiment d’injustice si l’on ne possède aucun point de comparaison. Autre élément qui est d’ailleurs lié au précédent et celui du culte de la personnalité, aucun dirigeant au monde n’a poussé ceci aussi loin. Dans chaque établissement public, dans chaque entreprise, dans tous les foyers Nord-Coréen les portraits de Kim Il-sung et Kim Jong-il sont affichés, leur jours de naissances et l’anniversaire de la morte de Kim Il-sung sont des fêtes nationales, les deux fleurs officielles sont la Kimilsungia et la Kimjongilia, des légendes invraisemblables à propos des deux hommes sont diffusées, on chante des chansons à leur gloire dans les usines durant le travail.

Afin d’expliciter encore un peu plus ce paradoxe, nous allons revenir sur un fait marquant de l’histoire Nord-Coréenne. Au milieu des années 1990 la conjugaison de plusieurs facteurs comme la récente chute du bloc soviétique et les intempéries ayant entrainé de très mauvaises récoltes, ont entrainé une grande famine dans le pays ayant engendré un nombre de mort colossal (aucun chiffre officiel n’a été libéré mais certains analystes avancent 3 millions). Des images terribles de Pyongyang jonchée de corps ont été prise, il s’agit des images parmi les plus difficiles qu’il m’ai été donné de voir. Sachant que dans un système communiste classique l’état est censé pourvoir aux besoins de la population en distribuant la nourriture et que le fait des mauvaises récolte a été largement aggravé par l’extrême obsolescence des équipements agricoles, lord d’une catastrophe comme celle-ci n’importe quel autre peuple aurait fomenté une terrible révolte. C’est ici qu’entre en scène le paradoxe car malgré ce manquement flagrant de l’état le juche inculque aux populations que c’est l’individu qui est maître de sa destinée ; de ce fait le peuple Nord-Coréen n’a rien reproché aux dirigeant et a pris sur lui le fait de se débrouiller pour survivre.

Dans le but de conclure cette section sur une note plus positive je propose d’évoquer la manifestation la plus physique – au sens le plus pur du terme – de l’idéologie Nord-Coréenne. Il s’agit des « mass games », c’est un type de spectacle né en Europe de l’est ou un très grand nombre de participants exécutent des exercices synchronisés. Aucun pays au monde n’a jamais atteint un tel degré d’excellence dans cette discipline. Cela représente l’esprit communautaire et nationaliste poussé à l’extrême. Les dates de cet évènement ne sont pas toujours régulières les derniers ont eu lieu en 2007, les prochains sont prévus pour 2011 à cette occasion un nombre de visiteurs bien plus élevé qu’a l’habitude sont présents sur le territoire. Les chiffres sont flous mais il y a souvent plus de 120 000 performers sur divers sites, les festivités durent plusieurs jours.

Conclusion

La combinaison d’un grand nombre de facteur a conduit à la formation de la Corée du Nord telle que nous la connaissons aujourd’hui. Pays atypique s’il en est, il attire la curiosité. Le système propre qui en fait sa caractéristique principale est vanté par ses créateurs comme le système le plus égalitaire et juste qu’il est possible de proposer à un peuple. Au fil de ma documentation je me suis familiarisé avec une grande partie des aspects de ce pays. Alors que le travail d’aujourd’hui se cantonne à une analyse synthétique des grandes lignes du système, j’ai entrevu les nombreuses choses qu’il implique pour sa population.

Par conséquent la lecture des événements qui font régulièrement la une de l’actualité concernant les affaires Nord/Sud-Coréennes m’est plus aisée. La prévision, dans un domaine aussi complexe, ne peux être le fait que d’experts il m’est donc, au vu de mon étude actuelle, impossible de prévoir quel sera le futur de la Corée du Nord. Ses institutions politiques obsolètes et totalitaires pourront-elle perdurer indéfiniment ? L’équilibre de l’idéologie paradoxale va-t-elle survivre à Kim Jong-il que l’on dis malade ? La seule chose dont on peut être sur c’est qu’un jour ou l’autre la Corée ne formera plus d’un seul pays. Cette affirmation découle du fait qu’avec la perte de ces principaux soutiens les uns après les autres (URSS, Chine) l’état Nord-Coréen se retrouve isolé et malgré le fait que ce soit le but recherché par les dirigeants aucune nation ne peux s’épanouir dans ces condition, notamment une dont le territoire est si limité.

Le futur dépendra donc du successeur de Kim Jong-il, Kim Jong-un, qui pourrait accéder au pouvoir suprême très jeune. La dernière succession en date, qui a été évoquée ici précédemment, s’est faite selon un schéma bien précis et si la prochaine n’est pas correctement orchestrée il y a fort à parier qu’une réaction en chaine pourrai se produire, changeant totalement le visage du pays.

L’un des constats les plus manquants que je peux faire, est que malgré la réputation très négative du pays, les gens du peuple semble en majorité heureux et reconnaissants. Cela est évidement une résultante de l’idéologie singulière à laquelle ils sont soumis, mais le résultat n’en est pas moins positif. A ce titre il convient donc de noter que si le régime doit chuter dans les années qui viennent au profit d’une fusion des Corées, il faudra nécessairement apporter un grand soin au ménagement de ces populations s qui seront immanquablement très désorientées.

Annexe

Ouvrages de référence :

La guerre de Corée 1950-1953 de Patrick Souty

Idéologie et système en Corée du Nord de Seong Chang-cheong

Communism in Korea de Robert A Scalapino

Sites internet :

– http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

– http://www.archives.gov/education/lessons/korean-conflict/

– http://www.koreakonsult.com/index_fra.html

– http://news.findlaw.com/wp/docs/korea/kwarmagr072753.html

– http://www.worldlingo.com/ma/enwiki/fr/North_Korean_famine

-Innombrables vidéos YouTube répondant aux recherches « Corée du nord » « North Korea »  et «?? »

Documentaires :

Les nouveaux explorateurs : Pyongyang, documentaire de Diego Bunuel (Canal +)

National Geographic Explorer: Inside North Korea (National Geographic Channel)

 The Schoolgirl’s Diary, film de Jang In-hak

 Les Demoiselles de Pyongyang, documentaire de Daniel Gordon (Royaume-Uni)

 Crossing the Line, documentaire de Daniel Gordon

– Dictature, paranoïa, famine, bienvenue en Corée du Nord (M6)

 

 

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