Théâtre

Va ne te retourne pas

Va, ne te retourne pas
Va, ne te retourne pas
de LEE Man-hee
Editions Imago

Revenu des fastes de l’existence, il peut sembler opportun de s’arrêter pour mesurer la distance parcourue, d’amender certains de ses choix à la faveur de la vie d’un honnête homme. Une exploration des différents chemins empruntables de la vie, entre accomplissement de soi et harmonie avec les autres, nous est  proposée  à travers un recueil de trois pièces de Lee Man hee,  va ne te retourne pas.

Trois pièces, où l’homme aura à cœur de choisir sa vie, définir son essence selon sa « vérité subjective ». Une vision responsable de l’individu sans en oblitérer ses angoisses et ses repentances; l’homme qui se retourne n’est pas toujours consolable  des choix qu’il a fait ou de ceux qu’il aurait pu faire, de ses peines ou de ses soupirs. « On n’a jamais parle sérieusement qu’à la dernière seconde ». Presque à regret salvateur, l’homme débarrassé des scories de l’existence et de ses compromissions, entrevoit enfin la possibilité de toucher à l’essence même de sa vie. Un salut tardif mais décisif, conduit par le cheminement du jeune homme à l’homme d’âge mûr, de la prise de conscience de la mort à la certitude de sa propre fin. « Quand on est jeune, on fait toutes sortes de folies, on s’enrage pour de bon […] et lorsqu’on s’approche de la mort, on s’assagit pour de bon ».

Des étapes de la vie marquées par le cycle fleurir faner, fleurir faner, titre de la deuxième pièce, le lecteur retiendra le panache goguenard de trois papis, soixante ans passés mais pas encore soixante dix, toujours bon pied,  bon œil et bonne …vigueur entretenue par la présence rafraîchissante d’une jeune femme de trente ans leur cadette. « La pureté de l’enfant provient de la candeur de l’instinct et d’une ignorance ingénue or celle des vieux est l’aboutissement du processus qui consiste à se défaire d’une vie placée sous le joug de la nécessité ». A soixante ans, pour qui la vie fleurit encore, tout est permis, surtout si les années passées à recouvrer cette pureté perdue ont permis d’atteindre la constance du sage. Loin s’en faut. Ces vieux de la vieille refusent de gagner  en lucidité ce qu’ils perdraient en candeur; on imagine leur bouille, tantôt triste, tantôt joviale, mais toujours avec une tendresse dans le regard. A un légitime constat de leur vie, qui sonnerait pour eux comme  le glas, ces trois là préfèrent la fuite en avant pour ne pas rater une minute. A soixante ans on fleurit encore …

Eteignez, s’il-vous plaît ! La littérature classique et le cinéma peuvent témoigner que pour un homme, avoir un double c’est être un de trop. L’existence de l’un nécessite  l’annihilation de l’autre. Dans la  troisième pièce, l’originalité tient aux conversations à bâtons rompus qu’entretiennent un homme et une femme, chaque personnage avec son double, chaque double avec l’autre, enfin chaque personnage avec le double de l’autre, comme autant de vies possibles, témoignant de la duplicité des êtres. L’issue, si on la souhaite heureuse, ne nous est dévoilée qu’en dernier ressort, lorsque l’homme uni à son double vit en accord avec lui-même, « une vie héroïque est celle qui ne cesse de se transformer en allant au delà du quotidien et des institutions, et ce, grâce à une forme aveugle d’autoépuration. Cette vie est celle de l’homme avec son double lorsqu’ils ne sont plus désunis »

Trois pièces, un théâtre existentialiste, où nos personnages assument bon an, mal an, les choix de leur existence et sur lesquels  il faut  poser un œil bienveillant pour qui s’use à l’exercice de la vie, en gardant la maxime suivante à l’esprit, inspirée des trois pièces, une vie ordinaire, entendons simple, ce n’est peut être pas si mal.

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