Jeunes Jeunesse

Un hippocampe dans mon cœur

hippocampeChan ok aborde avec ce titre l’époque contemporaine en Corée, et si les usages d’un si lointain pays peuvent encore nous troubler, le sujet principal du roman permet à tous les jeunes lecteurs du monde de se retrouver. C’est donc une nouvelle page prometteuse qui s’ouvre dans cette collection  Matins calmes.

Haneul a des soucis avec sa mère qui l’exhibe comme un animal de foire. Elle se sent comme une poupée impuissante entre ses jolies mains de femme d’affaires. En effet, si elle est psychiatre pour enfants et adolescents, la mère d’Haneul  est aussi célèbre, elle passe à la télé, on utilise son image, et elle, utilise sa fille. Et cela révolte Haneul.

Seulement Haneul est une enfant adoptée. Et il semblerait que ce soit sa maladie de cœur et cette grande fragilité qui aient poussé ses parents à la choisir elle, parmi tous les bébés joufflus candidats à l’adoption. Et de l’idée d’avoir été choisie par pitié ajoutée  à celle de l’intérêt qu’a pu en tirer le couple la révulse.

Lorsque sa grand- mère paternelle lui reproche en plus son manque de gratitude envers cette famille qui l’a recueillie, Haneul voit rouge. Et toute la gentillesse de son papa ne l’aide pas vraiment à surmonter sa peine. Voilà une histoire bien triste. Peut-être qu’elle est un peu celle de tous les enfants adoptés, qui s’interrogent sur leurs origines, sur leurs parents biologiques, tout en essayant de grandir normalement, entre des parents adoptifs qui sont d’abord des hommes et des femmes susceptibles de faire des erreurs, eux aussi dans l’éducation de leurs enfants.

Haneul subit son sort, alors que son amie  Hangang fugue : chacune cherche à crever la bulle d’incompréhension qui les sépare de ceux qui les ont choisies et qui les aime . Comment faire pour vivre sereinement quand on a l’impression d’étouffer ?

Pendant ce temps les parents d’Haneul  s’ interrogent : pourquoi la relation parents-enfants adoptés est-elle si difficile en Corée ? On entrevoit alors quelques spécificités, le terme qui désigne l’enfant adopté par exemple, qui met l’accent sur  «  l’étrangeté » de cet être qui n’appartient aucunement à la lignée, au clan. Le personnage du père est étonnamment positif. Il protège sa petite fille, parle avec elle, et même ose contredire sa femme lorsqu’elle estime être dans son droit en obligeant Haneul à lui obéir sans discuter.  Mais les relations difficiles d’Haneul et de sa maman ne proviennent pas que de cette adoption, contrairement à ce que croit la petite fille. Peut-être que cette femme si sûre d’elle est déstabilisée par l’adolescente en train de naître, comme toutes les mamans le sont à cet âge difficile où chaque enfant cherche sa voie pour grandir : au-delà de l’adoption, c’est bien les rapports entre parents et enfants et  cette adolescence si menaçante qu’évoque ce roman.

Un roman sensible sur des problèmes difficiles à vivre comme à discuter, et pour lesquels on a plutôt besoin de recul. Ce petit livre mine de rien, avec son titre un peu enfantin, et sa couverture naïve, ne laissera personne indifférent.

Pour les plus jeunes, et sur la question de l’adoption internationale, il existe un album chez Chan ok, intitulé Les deux anniversaires d’Ariane , de Jee-Hyung et pour compléter la lecture de ce roman, la découverte d’une bande dessinée remarquable de Jung , Couleur de peau : miel, récit autobiographique d’un parcours d’adoption difficile, édité chez Quadrants.

[box]Un hippocampe dans mon cœur, de KIM Ryeo-ryeong. Flammarion, Chan-ok, coll. Matins calmes 2011. Prix du livre pour la jeunesse Munhak Dongne en 2007.[/box]

 

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