Jeunesse Petits

Jumong

Jumong, de KIM Yang-keum, Ill. de KIM Dong-seong, Ed. Chan-ok, Flammarion
Jumong, de KIM Yang-keum, Ill. de KIM Dong-seong, Ed. Chan-ok, Flammarion
Jumong, de KIM Yang-keumIll. de KIM Dong-seongEd. Chan-ok, Flammarion

Voici donc l’histoire du fondateur de Koguryo.

Jumong est le fruit de l’amour d’Haemosu, le dieu du soleil, et Yuhwa, l’aînée des filles d’Habeak, le dieu de la rivière. Sa naissance est en soi un évènement extraordinaire, puisque sa mère accouche… d’un oeuf, énorme, qui mettra neuf nouveaux mois à éclore. L’enfant qui naît prospère à toute allure, parle à un mois, et manifeste très vite des dons exceptionnels, pour un nourrisson comme pour un homme. Il devient en particulier un chasseur extraordinaire, qui d’aussi loin qu’il vise, ne rate jamais sa cible. Il est ainsi baptisé Jumong, « l’expert en tir-à-l’arc ».
Malheureusement, ces dons ne plaisent pas à tout le monde, surtout pas au roi Keumwa, qui a recueilli la mère et l’enfant, dans sa grande mansuétude. Dès lors qu’il imagine quel rival peut devenir Jumong pour ses propres fils, déjà très jaloux, il va s’ingénier à l’éloigner.
Grâce à son intelligence et sa ruse, Jumong va tirer parti de son exil. Mais il devra échapper à ses poursuivants, les fils de Keumwa, qui veulent le tuer. Alors Jumong exposera sa puissance de fils de dieu : il se dressera devant le fleuve qui s’ouvrira pour lui et ses amis, et se refermera sur ses poursuivants, retenant définitivement toute poursuite. Dès lors, plus rien ne l’arrêtera et il s’en ira fonder un royaume puissant avec ses compagnons d’infortune.
Cette histoire merveilleuse en elle-même, et propice à tous les embellissements, est encore magnifiée par l’interprétation qu’en fait l’illustrateur Kim Dong-seong. Les illustrations s’articulent en double page sur un format à l’italienne, qui permet le déploiement panoramique de paysages et de mises en scène de l’action extrêmement puissantes et suggestives. Cela tient sans doute à l’intense poésie d’une mise en couleur dans des tons parfois très doux, patinés par le temps du conte, auréolés d’une lumière ivoirine, et l’explosivité du trait, évocateur du mouvement, de la force, de la puissance, de la vitesse, de la violence, qui expriment le caractère épique de la légende. Jumong est un héros cavalier, et la course éperdue des chevaux dans les plaines fait bondir le coeur du lecteur. Jumong est un guerrier, le fils d’un dieu, qui se dresse et exhorte le fleuve à lui céder le passage, et le soleil rayonnant derrière lui, illumine sa silhouette. Devenu vieux, Jumong confiera son royaume à son fils , mais c’est un immense dragon qui l’emportera dans le ciel lorsqu’il mourra.
Si l’on évoque enfin le prologue de cette histoire, il se présente comme une grande bande sombre qui occupe le centre de deux doubles pages situées avant même la page de titre de l’album, et déroule la chronologie des premiers évènements, à la manière d’une Tapisserie de Bayeux. Cette noirceur est aussi évocatrice de la profondeur du mythe, de son ancienneté, et lorsque le lecteur retrouve Yumwha dans le soleil du matin, à Puyo, Dongbuyeo, l’aube qui se lève entraîne les lourds tourbillons de l’histoire avec la nuit, et ouvre la grande porte du mythe.
Des illustrations qui garderont exceptionnellement vivant le souvenir de l’épopée de Jumong dans le coeur de ses lecteurs, tant il est vrai que l’on se rappelle pour toujours des émotions nées de nos lectures.

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