Manhwa

Sous l’eau, l’obscurité

Apparemment, en Corée, c’est très répandu et assez systématique y compris dans les classes sociales les moins aisées. Son mari est invisible.

Evidemment, cette maman souhaite que ses filles réussissent: parce que c’est elle que l’on félicitera. Mais elle concentre ses efforts sur l’aînée, ne se souvenant de Min-sun que lorsque Min-ji fait défaut.

Min-sun est une petite fille solitaire, qui s’interroge sur les relations entre les êtres. Qu’il est étrange qu’il faille jouer au ballon prisonnier, c’est-à-dire pour elle, blesser ou être blessée, pour se faire des amies, être remarquée par la star de la classe pour être acceptée dans le groupe, transgresser en ayant l’air de rien pour sentir le frisson de la vie. Pour finir, il y a quand même de mauvaises surprises, et Min-sun va regretter de s’être laissée aller… Finalement, la solitude, c’est aussi un refuge.
Une drôle d’histoire vraiment, où le dessin, rond et pointu à la fois, bleu, noir et gris, suggère l’ambiguïté de la situation de Min-sun, qui s’interroge, et tente de lutter contre le rouleau-compresseur maternel qui l’encastre dans la case « enfant docile », mais qui a aussi tellement besoin de reconnaissance. L’accent est mis sur les visages, leurs expressions, et le trait, pourtant minimaliste, en utilisant le gros plan, traduit la violence des sentiments, des émotions, et des relations. La violence faite aux enfants, par une société, qui sous prétexte de les sublimer, les écrase. Et le bleu et le noir créent quant à eux cette sourde angoisse qui accompagne le lecteur à la suite de Min-sun. Que va-t-il arriver?
Un drôle de portrait d’une société coréenne où la traditionnelle toute puissance de la famille est aujourd’hui subordonnée à la réussite sociale et financière, leurre qui masque les défaillances , les errances, les abîmes qui se creusent entre parents et enfants.

Les dernières cases font naître un doute: qu’advient-il de Min-sun, alors qu’elle devient à son tour une star ?

La Corée, le pays des Enfants-rois ?


SOUS L’EAU, L’OBSCURITÉ
DE YOON-SUN PARK
Sarbacane, 160 pages, 19,90 €.

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