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La voleuse de fraises

La voleuse de fraises de Eun Hee-kyung Decrescenzo éditeurs
La Voleuse de fraises
de Eun Hee-kyung
Decrescenzo éditeurs

On retrouve les thèmes déjà abordés par l’écrivaine (problème de communication, solitude individuelle au sein même de la communauté, la question du bien et du mal) et qui étrangement semblent se renouveler à chaque récit. Dans ce dernier livre, le lecteur est amené à partager le destin trépidant de femmes qui, forcées de vivre dans une société aux reflets « parfaits », se retrouvent amputées de leur essence afin de s’adapter aux autres. Des individus contraints de rentrer dans le moule de rôles sociaux prédéfinis et de mener leur vie dans le souci des conventions, comme le souligne Eun-hae, la narratrice de La voleuse de fraises:

        « C’est eux qui m’ont demandé de correspondre à la norme au point de m’étouffer. » 

Dans La voleuse de fraises, première nouvelle et celle qui donne son titre au recueil, Eun-hae, narratrice, revient sur les faits marquants de son existence et dénonce l’hypocrisie de la société coréenne. La vie tumultueuse et à la fois ennuyante d’Eun-hae ne suscite aucun sentiment de pitié chez le lecteur. Bien au contraire, sa vie décrite avec un ton ironique et un humour déplacé ne peut créer qu’un sentiment de respect et de soulagement. On retrouve encore ici, la touche d’Eun Hee-kyung qui refuse que ses personnages soient perçus comme mesquins mais plutôt comme des individus qui confortent ou pas le lecteur dans sa vie aussi fastidieuse soit-elle. En effet, Eun-hae de par sa particularité, s’invite naturellement dans la vie du lecteur, et les interrogations directes qui lui sont adressées lui laisse la porte ouverte.

 Je n’avais rien à voir avec tout ça, moi, n’est-ce-pas ?  ou encore  Vous savez comment il définissait notre relation ? 

Vivant seule dans un appartement HLM, la jeune narratrice nous raconte ses déboires et dénoncent l’hypocrisie de la société coréenne et de ceux qui la composent. On en revient encore sur l’aspect du bien et du mal que la religion et le cadre sociétal entre autres, placent comme base pour une vie épanouie. Une action considérée mauvaise par l’église n’est pas forcément malsaine aux yeux de certains individus. D’où cette volonté acharnée de la narratrice à ne pas se fondre dans le moule. Quitte à mener une vie de solitude. Du moins, jusqu’à sa rencontre avec un homme qui lui insufflera la vie avant de s’évaporer.

C’est ainsi qu’il changeait le juste en injuste et qu’il interprétait les bons et mauvais rôles à l’envers : petit à petit, il m’a appris à respirer dans ce monde inversé.

Mais cet homme laissera un goût d’amertume chez la narratrice. En disparaissant avec une autre Eun-hae (amie d’enfance de la narratrice), il ne fait que conforter les dires de la société sur les personnes dites mauvaises. Il décide donc de laisser Eun-hae « la mauvaise » pour la Eun-hae du bien. « Il y a toutes sortes d’Eun-hae, tout comme le bien et le mal sont mélangés de par le monde. »

Même si elle refuse de l’admettre explicitement, Eun-hae ne peut empêcher d’éprouver de la jalousie et son surnom de voleuse de fraises n’est qu’une excuse déguisée de son envie.

Les deux autres nouvelles arborent un ton beaucoup plus sombre. Dans La maison où j’ai vécu, la narratrice, mère de famille célibataire vit une relation adultérine avec son premier amour. Tout comme Eun-hae, la narratrice essaie de trouver sa place : « Elle avait l’impression de s’être débarrassée de toutes les émotions et responsabilités qui avaient modelé sa vie, d’avoir abandonné les désirs qui l’encombraient, de quitter enfin un cycle. »  Cette nouvelle aborde un style différent, pour le besoin de l’histoire, la nouvelle commence et se termine par la fin. Histoire de boucler la boucle et de laisser libre choix au lecteur d’imaginer l’avenir de la narratrice. Eun Hee-kyung a choisi ici d’entrecroiser passé et présent. Qui n’a jamais entendu dire qu’il était important de se souvenir des erreurs du passé afin d’éviter de les réitérer dans l’avenir ?

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