Romans

Le Dernier événement

Le dernier événement
YOO Eun-sil
Éditions l’École des loisirs

Dans ce roman touchant et s’apparentant à la vie quotidienne, Yoo Eunsil expose avec précision les différentes mœurs coréennes. Le grand-père de Yongouk est la honte de la famille. Divorcé, ruiné et obligé de vivre sous le toit de son aîné et de sa belle-fille, il est une véritable calamité qui n’est pas vraiment apprécié du reste de la famille. Considéré comme un homme froid et colérique dans sa jeunesse, aucun de ses enfants n’aime passer du temps avec lui. Tous excepté son petit fils, Yongouk. Pour le jeune adolescent, ce Papy moderne qui aime lui demander ses médicaments en lui envoyant des SMS et partage sa chambre est bien plus qu’un grand-père. Très complices, ils passent la majeure partie de leur temps à échanger des secrets et à discuter de choses et d’autres, leurs peines, joies et déceptions, ne pouvant compter que sur l’un et l’autre dans la maison. Que faire alors quand soudainement, un soir, son grand-père se sent mourir. C’est la cinquième fois se dit Yongouk, mais cette fois c’est différent, car Papy a l’air vraiment sérieux. Il demande comme à son habitude à Yongouk de réunir tout le monde, et donc d’appeler son père, sa mère, sa sœur, les tantes, les oncles et leurs enfants. Mais malheureusement, étant tous persuadés qu’il s’agit encore une fois d’une excuse du grand-père pour attirer l’attention et réunir toute sa famille autour de lui, personne ne vient. Dans la nuit, Papy décède pour de bon cette fois, et c’est apeuré que Yongouk se réveille seul dans la chambre où pas plus tard que la veille son grand-père dormait encore paisiblement. Rongé par la culpabilité il arrive à la maison funéraire, pensant qu’il aurait pu changer les choses en appelant les secours, pensant qu’il aurait pu le sauver. Toute la famille accourt finalement, secouée par cette nouvelle qui aurait pu être prévisible s’ils avaient su que le défunt avait une maladie du cœur depuis plusieurs mois déjà, maladie qu’il prit grand soin de cacher à tout le monde. Tous pleurent à chaudes larmes ce grand-père plus adoré à sa mort que durant son vivant. Décontenancé par l’hypocrisie dont font preuve les autres membres de la famille, Yongouk sent peu à peu le vide laissé par cet être cher auquel il tenait tant s’installer en lui et se retrouve seul, sans repères, ne pouvant retenir ses larmes. Avec une réalité surprenante, Yoo Eunsil nous dépeint alors les traditions coréennes lors d’un enterrement. Mais le grand-père de Yongouk n’a pas fini de nous surprendre et c’est stupéfaits que tous les membres de la famille découvrent ensemble la boîte qu’il avait préparée pour son enterrement, ‘son dernier événement’. « Jusqu’à la dernière minute il nous causera des ennuis » se disent-ils tous.

Proche de nous, ce roman ne cesse de nous faire penser à des épisodes de notre propre vie, racontant la complicité d’un grand-père attachant et mal aimé ainsi que d’un jeune adolescent timide qui cherche encore son identité. L’auteure s’est ici inspirée de sa propre expérience et du dernier cadeau que lui ont laissé ses deux arrières grands-mères pour écrire cette jolie leçon de vie et nous rappeler à quel point il est difficile de ne pas être aimé, ainsi que la douleur lancinante de perdre un être cher.

 Même si nous n’avons pas tous mené une vie exemplaire, je souhaiterais que nous soyons tous acceptés par les nôtres au moment de notre mort.

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