Jeunesse Petits

Géant !

Être grand, c’est écrasant!

Dès la page de garde, il est représenté face à une bibliothèque mais sa petite taille l’empêche d’atteindre ce livre rouge et magique :  Géant, peut-être un livre de recettes…
De double page en double page, l’aventure s’installe. Après un récapitulatif jubilatoire des différentes méthodes traditionnelles, boire (beaucoup) de lait, manger beaucoup (de tout), et pratiquer les étirements les plus variés voire les plus douloureux, notre héros consulte le dit petit livre rouge, et telle une plante du jardin, les pieds bien enfoncés dans la terre nourricière, s’expose à la pluie battante pour profiter de ses bienfaits. Lesquels ne se font pas attendre puisqu’il se met dès lors à pousser, pousser, il dépasse les maisons, les immeubles, marche sur les autobus jusqu’à atteindre le ciel, et son paradis, et se propulser dans la voie lactée comme un nouveau super-héros, l’espace inter-sidéral, bref l’immensité cosmique !
Un tel programme ne peut que susciter la surprise, la stupéfaction, le fou rire enfin du lecteur, qui s’émerveille de toutes les rencontres improbables que fait le petit-grand bonhomme. Est-ce un rêve ? La réalité ? Les illustrations de Seo Hyun sont poétiques, drôles et font frémir tout à la fois. Son dessin stylisé mais expressif, fourmille de détails qui confèrent au livre un côté imagier loufoque très sympathique. Les réactions de l’entourage, parents et amis, la découverte de l’environnement spatial, le petit robot son ami, tout est prétexte à un gentil délire dont le foisonnement force l’attention et l’admiration du même coup. Un style évocateur d’autres lectures comme Au voleur! de Park Jungsub,  où le côté crayonné des dessins, très éloigné des délicieuses illustrations du récent Nuages de Kim Jae-hong, est en phase avec une forme d’hyper-modernité représentative elle aussi de la société de type occidental d’aujourd’hui.

Mais gare, l’indigestion menace : à force d’avaler tout ce qui passe, le petit géant tout puissant se rend malade, et fatalement, régurgite tout ce joli monde étoilé. Et le retour à la normale a lieu à la vitesse de l’éclair. L’enfant retrouve sa maison et sa famille, bien rassurantes quand même après une expérience aussi extrême, et l’aventure se clôt sur la dernière page de garde, où il atteint naturellement le livre hors de portée quelques pages plus tôt. Tout arrive à qui sait attendre finalement.
Une balade sacrément caoutchouteuse propice à un bon moment de rigolade. Ne pas bouder son plaisir, surtout !


GÉANT
DE SEO HYUN
Traduit du coréen par LIM Yeong-hee
Éditions  La Pastèque, 52 pages, 16 € .

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