Aesthetica

Graphê

g64Les publications  abordant la typographie coréenne sont suffisamment rares pour que l’on s’en souvienne. Il y a bien eu une Typographie coréenne au XVe siècle publiée en son temps aux éditions du CNRS (épuisé), ou encore une Histoire de l’imprimerie coréenne chez Maisonneuve & Larose. Évidemment, dans les deux ouvrages, la conception de caractères typographiques est d’abord envisagée du point de vue de la recherche du support adéquat pour fixer l’expression humaine, comme un outil de la vulgarisation culturelle voire de lutte contre l’illettrisme, moins comme une création artistique, une manipulation visuelle du texte. Notons, en 2004, un livre paru chez Thames & Hudson, intitulé La Typographie expérimentale, qui consacre un chapitre à l’œuvre de Ah Sang-soo et à la création contemporaine.

Dans ce contexte, on peut donc d’ores et déjà saluer l’initiative de la revue Graphê, qui s’inscrit dans la continuation des événements et des publications qui ont vu le jour dans le cadre de l’année France-Corée pour la promotion de la culture coréenne et, ce qui nous intéresse ici, le domaine du graphisme. À ce titre, la revue se fonde sur un article de Amélie Gastaut, commissaire de l’exposition Korea Now ! au musée des Arts décoratifs. Sur une quinzaine de pages au format A4, agrémentées de plusieurs reproductions d’affiches d’exposition, l’auteur nous propose une incursion dans le graphisme coréen, qui se veut principalement axé sur l’art typographique.

Les premiers développements offrent un succinct mais très utile aperçu historique qui souligne que les raisons profondes du dynamisme coréen dans le domaine sont à chercher du côté de deux événements fondateurs : l’invention au XIIIe siècle des caractères d’imprimerie mobiles en métal, bien avant l’époque de Gutenberg ; et la création du hangeul au XVe siècle par le roi Sejong pour lutter contre l’illettrisme en adoptant un alphabet simplifié adapté à la  transcription de la langue coréenne.

C’est ainsi qu’en évoquant dans le général les préceptes philosophiques et les critères scientifiques qui ont présidé à la création du hangeul, l’auteur nous conduit aux années 80-90 et à la révolution graphique menée par la nouvelle génération sous l’égide de Ahn Sang-soo. Les lettres sont stylisées au maximum,  se promènent sur la page, interpellent un lecteur jusqu’alors habitué à une mise en forme sticte et statique héritée du système d’écriture chinois. Plusieurs artistes contemporains sont convoqués : Kim Bo-huy, Yoo Yoonseok, Na kim, pour ne citer qu’eux. Lorsqu’elles sont disponibles, des illustrations  sont insérées qui accompagnent agréablement le texte ; de même que ce sont quelques fois indiqués les ateliers d’artiste ou les lieux d’exposition. On ne peut que seulement regretter qu’il n’y ait pas davantage de références internet pour faciliter la découverte de ces univers singuliers. Que le lecteur se rassure néanmoins : nombre  d’artistes aiment combiner le coréen et l’anglais, ce qui permettra certainement de pousser plus loin l’exploration. Enfin, notons qu’une partie de l’exposé est plus particulièrement consacrée à Ahn Sang-soo, paragon de la scène typographique coréenne depuis la fin des années 80. Ce dernier a beaucoup œuvré pour le renouvellement du graphisme coréen, en créant notamment une école de typographie dans la cité du livre de Paju, dans l’agglomération de Séoul.  Il est aussi le fondateur de  la biennale typographique Typochanji, manifestation où les artistes coréens côtoient les créateurs étrangers. L’année 2015 voyait célébrer la 4e  édition de ce rendez-vous qui prend place pendant plus d’un mois dans la capitale coréenne. Célébration de l’écrit, mais aussi du numérique.

Lorsque l’on connaît l’appétence des Coréens pour les nouvelles technologies, l’art typographique ne peut qu’être porté à un constant renouvellement, et il faudra  d’autres publications de la qualité de celle que nous présentons aujourd’hui pour une mise à jour de nos connaissances.


GRAPHÊ, Bulletin n°64 « le Hangeul »
COLLECTIF
Bulletin de l’association Graphê pour la promotion de l’art typographique, n°64, 15 pages, 6 €. (http://typo-graphe.com)

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