Chroniques

Histoire de la Corée des origines à nos jours

Voici un ouvrage qui prendra place dans la lignée ouverte avec les ouvrages d’André Fabre[1] et de Li Ogg[2], concernant une histoire générale de la Corée. L’ouvrage, découpé suivant l’habituelle chronologie retenue pour l’histoire coréenne, passe rapidement sur l’histoire classique de la Corée, des origines à la fin de Joseon (1897), soit 135 pages sur les 400 du volume, pour se consacrer à l’histoire contemporaine et plus particulièrement la période postérieure à la dictature de Park Chung-hee jusqu’à la veille de l’élection récente de Park Geun-hye, en décembre 2012.

Pour la période contemporaine, l’approche historique de l’auteur est avant tout une approche économique et politique du pays, ce dont on se réjouira tant la carence de production en langue française est importante dans les domaines cités. On sait gré à l’auteur de citer régulièrement les œuvres littéraires majeures de ce dernier siècle, ainsi que les œuvres cinématographiques, à titre d’illustrations.

Histoire économique et histoire politique ne se sont jamais autant confondues que dans un pays comme la Corée. Depuis la fin du XIXe siècle, partout dans le monde nous leur savons parties liées, mais la Corée est un exemple saisissant de leur cohabitation jusqu’à leur collusion.

L’histoire de l’économie moderne de la Corée est indissociable de la constitution des chaebols, ces grands conglomérats aux activités aussi étendues qu’opaques, indissociables de la réussite économique de la Corée et presque autant responsables de la désagrégation sociale du pays, l’histoire montrant d’ailleurs que l’un allant souvent de pair avec l’autre.

Depuis Rhee Syngman[3] et Park Chung-hee[4], les chaebol sont eu mainmise sur l’économie, jouissant et abusant de positions dominantes, non remises en question de nos jours, les chaebols représentant une capacité de développement quasi exclusive, puisque ce rayonnement passe aussi par la fragilisation d’un tissu de petites entreprises mal en point ou disparues.

Regret sans doute pour la partie consacrée à la Corée du Nord où il nous a paru que l’auteur reproduisait l’analyse habituelle du régime en place, accompagnée du vocabulaire habituellement utilisé pour définir le régime nord-coréen, même si Daniel Dayez-Burgeon cite dans la rencontre entre Hwang Sok-yong et le romancier Hong Sok-jung, qu’elle aura permis d’apprendre sur la Corée du Nord des éléments loin des « clichés habituels » pour souligner les propos mêmes de l’auteur. On pourra regretter (délais d’impression sans doute responsables) que l’auteur n’ait pu analyser le début du règne (ou du mandat) de Kim Jong-un, leader actuel de la Corée du Nord. Nul doute que des changements importants se profilent au nord et que les questions de l’unification vont sans doute bientôt se poser à nouveau avec acuité, raison pour laquelle, la recherche universitaire sur la Corée du Nord est si importante à conduire dans la période présente « loin des clichés habituels ».

On appréciera la fine analyse des enjeux politiques de la Corée de ces quarante dernières années, dont les 10 dernières profilent les changements notoires observés avec l’élection de Park Geun-hye. Plus avant, l’auteur montre à juste titre comment le développement économique préparé par le général Park a trouvé un prolongement judicieux au plan économique (car au plan social et politique, les effets furent catastrophiques) des politiques successives de Chun Doo-hwan[5] et Roh Tae-woo[6].

L’auteur n’oublie jamais de souligner les effets délétères des politiques libérales menées en Corée. Pour autant, une analyse de la modification des rapports sociaux subordonnés aux politiques successives, ainsi qu’une analyse historique des évolutions sociales et culturelles depuis le début des dictatures restent à faire. L’auteur semble enthousiasmé par l’évolution démocratique du pays, indéniable depuis la période Rhee Syngman mais qui demeure fragile si on pense que la loi de sécurité nationale reste active, si bien active que 135 écrivains risquent d’être poursuivis aujourd’hui pour avoir signé une pétition appelant à la nécessité du vote, lors des élections de décembre 2012. D’autant que la vision d’une démocratie moderne doit intégrer le droit au travail, le droit à la terre (on sait que les paysans coréens vont être amenés à souffrir dans les années à venir), la presse et l’internet toujours sous surveillance.

Cet ouvrage consacré à l’histoire de la Corée est un livre indispensable si l’on veut comprendre l’évolution de la Corée de ces dernières années et formuler quelques hypothèses possibles quant au futur proche. On ne saurait trop en recommander sa lecture attentive.

Jean-Claude de Crescenzo

HISTOIRE DE LA CORÉE DES ORIGINES À NOS JOURS PASCAL DAYEZ BURGEON Tallandier, 2017.


[1] Histoire de la Corée, André Fabre, L’Asiathèque, 2001.

[2] La Corée des origines à nos jours, Li Ogg, Le Léopard d’or, 1996.

[3] Premier président de la Corée du Sud de 1948 à 1960. Mandats marqués par les tensions de la Guerre froide.

[4] Président de la Corée du Sud de 1962 à 1979. Régime autoritaire. Période de grande modernisation du pays.

[5] Président de 1980 à 1988. Impliqué dans la répression du « soulèvement de Gwangju ».

[6] Successeur de  Chun Doo-hwan à la tête du pays de 1988 à 1993. Comme son prédécesseur, il prit part à la répression sanglante de 1980.

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