Une société en métamorphose

La géopolitique en Asie orientale

La géopolitique, mot apparu en Allemagne à la fin du 19e siècle, est l’étude des relations et des stratégies politiques ou militaires entre différents pays dans une partie donnée du monde à la lumière des données historiques, géographiques et économiques.

Pour nous Européens, l’Asie est souvent vue comme un continent lointain et inconnu, constitué de pays que nous avons assez de mal à situer et dont nous avons tendance à indifférencier les peuples. Mais l’Asie ne s’est jamais conçue comme une unité, c’est une mosaïque de peuples, d’ethnies, de cultures, de religions, de terres fermes, d’îles ou d’archipels, avec des périodes historiques communes, des invasions, des replis, des soumissions, des dominations ou colonisations. Parmi toutes les nations du continent asiatique, deux pays pèsent un poids particulier en termes de démographie : la Chine et l’Inde, qui représentent 40 % de la population mondiale. Dans cet article, on se limitera à la géopolitique ce que l’on pourrait appeler « l’Asie Orientale » : Chine, Corée, Japon, sans traiter la Mongolie qui n’est plus qu’un acteur mineur sur la scène internationale.

La Chine

Faits historiques

C’est le pays le plus vaste et le plus peuplé de cet ensemble. L’empire du Milieu a toujours considéré les civilisations à la périphérie comme des barbares qu’il a cherché à vassaliser. Doté d’un pouvoir central fort, l’empire a aussi laissé une certaine « autonomie » aux régions soumises qui lui faisaient allégeance. Son histoire est ponctuée d’expansion et de replis selon les dynasties. La chine des Han va s’agrandir par des conquêtes à l’ouest et au sud, imposant un protectorat à la Corée et au Vietnam, avant d’être démembrée en 3 royaumes (220). À la fin de la dynastie Yuan des Mongols (1271-1368), les Han font une pointe vers les territoires du sud et de l’est puis reconquièrent brièvement la Corée. La Chine des Qing atteindra son apogée avec 12 millions de km2 (conte 9 actuellement) ; la Corée, la Birmanie, le Siam, l’Indochine, Taiwan, le Tibet la Mongolie sont conquis ou reconquis aux aléas des victoires ou des défaites. Au 19e siècle, la Chine sera dépecée par les Anglais, Français, Allemands, Russes puis obligée de signer pour la première fois, en 1895, à l’issue de la guerre sino-japonaise, un traité qui lui fait perdre définitivement tous ses « territoires tributaires ». En 1916, la Chine sera partagée en zone d’influence occidentale, le pays est alors en voie de désintégration. Suite à la crise économique de 1929, le Japon s’empare de la Mandchourie, de la Chine du Nord, puis de la chine de l’Est en 1937 jusqu’à sa capitulation en 1945.

De toute cette grande histoire de la Chine nous retiendrons plusieurs points essentiels pour comprendre la situation actuelle : Du fait de ses nombreuses invasions, conquêtes militaires, négociations matrimoniales ou diplomatiques, la Chine a réussi à absorber les sociétés, assimiler les cultures tout en les intégrant, et souvent cherché à trouver une plus ou moins grande harmonie avec ses voisins. Avec et à la suite de la dynastie Qin s’est imposée l’idée d’une « unité de la Chine », avec comme conséquence qu’on ne peut pas amputer une seule partie du territoire—d’où les revendications actuelles sur les territoires qui ont fait un jour partie de la Chine, comme Taiwan ou le Tibet. Les humiliations subies aux 19e et 20e siècles ont laissé des traces et la Chine du 21e siècle aspire à retrouver une zone d’influence économique, culturelle et politique à l’Est comme à l’Ouest. Elle développe un nationalisme d’état largement partagé par la population.

La géographie est également un point essentiel pour comprendre le rôle et les prétentions de la Chine dans la géopolitique de cette région : la Chine compte 22 147 km de frontières terrestres avec 14 pays, 14500 km de bordures littorales mais elle considère en avoir 32000 km en incluant les îles Paracell (actuellement vietnamiennes), Taiwan (qui se considère indépendante bien qu’il n’existe aucun document officiel chinois en faisant état et qu’elle ne fasse pas partie des Nations unies) et les îles Spratly (qui appartiennent aux Philippines mais qui sont également revendiquées par le Vietnam). De plus, la Chine revendique un plateau continental maritime qui s’étend très loin vers le Japon et descend jusqu’au Sud Vietnam et donc une zone économique exclusive en s’appuyant sur la convention des Nations Unies sur les droits de la mer. Cette zone contient des ressources de matière première importantes : gaz, pétrole, tungstène. En effet, la Chine, compte tenu de sa taille et de son économie galopante, a besoin d’un approvisionnement énergétique sûr, d’où ses revendications. Néanmoins, alors qu’elle se montre toujours très ferme dans son discours, qu’elle se dote d’une importante flotte militaire, la Chine, conformément à sa tradition historique d’alliance et de négociation et sachant qu’elle a autant besoin de ses voisins que ces voisins ont besoin économiquement d’elle, négocie fréquemment des accords ponctuels d’association. C’est le cas par exemple pour l’exploitation des gisements de gaz des îles Senkaku revendiquées par le Japon, lui permettant de profiter ainsi de la technologie avancée des Japonais, alors que par ailleurs le ressentiment à l’égard de l’ennemi historique est toujours aussi ancré. De même la Chine et le Vietnam ont été admis à l’ASEAN pour éviter un conflit pour le pétrole de la mer de Chine.

L’Économie chinoise

La Chine, après une stagnation de 40 ans sous la dictature de Mao Zedong, a très rapidement décollé sous l’impulsion de Den Xiao Pin . En 1993, elle instaure une « économie socialiste de marché » qui fait aujourd’hui d’elle un acteur essentiel de l’économie mondiale ; elle intègre l’OMC en 2001. Forte d’une population de 1 milliard 200 millions d’habitants, le système chinois se caractérise par une main d’œuvre à bas coût, une politique sociale inexistante, un gigantisme industriel sans considération pour les problèmes environnementaux. La Chine inonde le monde de produits textiles et manufacturés certes de qualité parfois aléatoire, mais en voie d’amélioration. Son taux de croissance annuel est constant (10 % à 15 %). La Chine vise à être la première puissance économique mondiale à terme, et progressivement son influence vient concurrencer celle du Japon dans ce qui était jusqu’alors sa sphère traditionnelle. Sa stratégie politique et militaire actuelle est à la fois simple et ambiguë. Pour conforter sa montée en puissance et asseoir sa position dans le jeu mondial elle doit compter sur :

  • Un contexte de paix pour renforcer son potentiel militaire en acquérant une haute technologie;
  • une bonne entente avec ses voisins qui doivent devenir des partenaires ;
  • une meilleure visibilité sur la scène mondiale, d’où son entrée dans de nombreuses organisations internationales ;
  • un réseau mondial de relations, comme l’ont fait les États-Unis.

Le Japon

Faits historiques 

3e siècle : ère Yayoi et adoption de l’écriture chinoise. 6e siècle : les petits royaumes du Sud s’unissent pour former un empire très imprégné de la civilisation chinoise (confucianisme, puis bouddhisme), empire qui va s’agrandir de siècle en siècle en colonisant les « barbares » du Nord et de l’Est, jusqu’à atteindre l’île d’Hokkaido au16ème siècle. Fin du 16e siècle : le Japon va envahir plusieurs fois la Corée, cherchant ainsi à imiter la politique d’expansion de son grand voisin chinois, mais aussi pour assurer une tête de pont vers celui-ci, but ultime de sa conquête. 17e siècle : des commerçants portugais, espagnols, hollandais et anglais accompagnés de missionnaires chrétiens arrivent mais, craignant une conquête militaire et religieuse, le Japon se refermera totalement sur lui-même pour deux siècles. Il faut attendre 1854 et le traité de Kanagawa qui autorise l’accès aux ports japonais des navires américains pour que le pays s’ouvre à l’occident. De 1862 à 1912, l’ère Meiji réprimant les révoltes féodales instaure des réformes politiques et sociales importantes afin de faire du pays une forte puissance économique et politique. Pour s’assurer des matières premières, le Japon va alors se lancer dans une politique de conquête en déclarant la guerre à la Chine en 1894 (annexion de Formose), puis à la Russie en 1904 (annexion de la Mandchourie), et à la Corée en 1905, qu’il annexe en 1910. En 1914, le Japon s’engage dans la Première Guerre mondiale aux côtés des alliés. Après la crise de 1929 sa politique devient très impérialiste et il envahit le nord-est de la Chine, avec des massacres importants comme à Canton. Après Pearl Harbor, le Japon s’engage dans la Seconde Guerre mondiale au côté de l’Allemagne. Il occupe la majeure partie du Sud-Est asiatique et du Pacifique jusqu’à sa reddition en 1945. 1946 : le Japon, tombé sous l’influence américaine, devient une monarchie constitutionnelle. 1951 : le traité de paix de San Francisco rend au Japon sa souveraineté. 1960 : un traité d’alliance militaire est signé avec les États-Unis. 1978 : le Japon, devenu une puissance économique de premier plan, signe un traité de paix et d’amitié avec la Chine.

De l’histoire du Japon nous retiendrons plusieurs points essentiels pour comprendre la situation actuelle :

  • Le Japon n’a jamais été envahi par ses voisins immédiats ;
  • le Japon fait partie du monde « sinisé » qui a subi pendant des siècles l’influence culturelle et géopolitique de la Chine ;
  • il a connu une période longue de fermeture, puis a intégré le monde occidental très rapidement : une politique expansionniste très agressive vers ses voisins fait qu’aujourd’hui encore bien des ressentiments existent ;
  • seul pays ayant subi 2 bombes atomiques et à sa reddition en1945 le pays est ruiné ;
  • rôle de l’armée réduit mais alliance militaire avec les USA et des bases US sur son territoire ;

L’histoire et l’économie du Japon ont partie liée avec la géographie du pays. L’archipel est constitué de 6852 îles, dont 4 îles principales (Honshû, Kyûshû, Shikoku, Hokkaidô), soit un territoire étendu sur 3000 km du nord au sud. 206 km seulement séparent le Japon de la Corée, et 800 km le Japon de la Chine. Il est d’ailleurs symptomatique que la mer qui sépare le Japon de la Chine soit appelée « mer du Japon » par l’un et « mer de Chine » par l’autre. Contrairement à la Méditerranée, ce n’est pas une mer intégratrice, elle est néanmoins un axe de passage vital dans le commerce Nord-Sud en Asie, mais aussi Ouest-Est entre l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Depuis le traité de San Francisco (1951), c’est la carte du territoire du traité sino-japonais Shimonoseki (1895) qui est appliquée. Le Japon a renoncé à la Corée, Formose (Taiwan) et les Pescadores (à l’ouest de Taiwan), les Îles Nord Kouriles et le sud de Sakhaline (traité de Portsmouth de 1905) ; mais il reste des problèmes non encore résolus : les îles de Senkaku chinoises (au nord de Taiwan, Ouest d’Okinawa), Takeshima (Dokdo, Rochers de Liancourt), inhabitée mais sous contrôle coréen, et les revendications depuis 1945 sur les Kouriles du Sud occupées par la Russie. De même que pour son voisin chinois, les revendications japonaises sur tous ces îlots sont cruciales pour augmenter sa zone économique : droit de pêche et ressources énergétiques. Ce dernier aspect est sans doute le plus important car le Japon ne possède aucune ressource énergétique sur son sol. Enfin, il est à relever que le Japon est constitué à 70 % de montagne, ce qui explique son passé historique expansionniste lorsqu’il a fallu trouver des espaces « libres » à cultiver. Aujourd’hui, le pays est fort d’une population de 128 millions d’habitants, dont 86 % vivent dans des mégalopoles.

L’économie du Japon

Comme nous l’avons vu, le Japon, qui n’a pas connu la colonisation du 16e siècle, s’est refermé sur lui-même pendant 2 siècles de stagnation. À la fin du 19e siècle, il s’est lancé dans une modernisation économique calquée sur celle de l’occident ; le gouvernement fait alors appel aux techniciens étrangers et subventionne les grandes entreprises.

Dès le début du 20e siècle, le Japon est la puissance régionale qui régente toute l’économie sur son territoire comme sur ceux annexés dont elle exploite pour son compte les ressources. Basé sur un système de fabrication des produits manufacturés à bas coût de main-d’œuvre dans les pays annexés et sur l’exportation de produits vers le monde entier, ce système, appelé « sphère de coprospérité », fonctionnera jusqu’à la défaite du pays en 1945. Avec le soutien des États Unis qui y voient stratégiquement un intérêt pour contrer les systèmes communistes de Chine et de Corée du Nord, le Japon va très rapidement se reconstruire et devenir étape par étape un grand pays industriel dans tous les domaines :

Textiles et industrie légère => Industrie lourde =>Électronique =>industrie de pointe.

De 1950 à 1980 la croissance a été très élevée, de 10 % la première décennie à 4 % lors de la dernière. La crise économique asiatique de la fin des années 90 a fortement ralenti l’économie japonaise jusqu’au début des années 2000, mais les grands groupes internationaux sont des conglomérats très diversifiés leur permettant de résister. Aujourd’hui le Japon est la deuxième économie mondiale (après les États Unis), et l’un des principaux bénéficiaires de l’essor économique chinois (depuis 2006 Chine est le premier partenaire commercial du Japon, devançant les États Unis).De très nombreuses industries japonaises sont implantées en Chine ce qui permet de fabriquer sous licence japonaise à bas coût et de conquérir les marchés locaux. La puissance industrielle du Japon est considérable et représente 18 % de celle de l’OCDE soit l’équivalent de l’Angleterre, la France et l’Italie réunies. Le Japon occupe la 1ére position mondiale pour l’automobile et l’électronique et la 2e position pour la construction navale. Enfin, les budgets de recherche, moteur de la vitalité de demain, représentent 3 % du PIB.

La stratégie du Japon

Suite à la capitulation de 1945, la constitution japonaise stipule qu’« il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes ou autre potentiel de guerre ». Le Japon dispose donc uniquement, au moins en théorie, de forces d’autodéfense (240 000 hommes) et est le partenaire stratégique principal des États-Unis en Asie, puisque ceux-ci y ont établi des bases militaires permanentes. Cette situation irrite fortement le gouvernement chinois qui exprime régulièrement son mécontentement en exigeant par exemple des « excuses » du Japon pour ses crimes commis pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il faut dire que le gouvernement japonais entretient un nationalisme de plus en plus mal vécu par les peuples riverains et l’animosité à l’égard du Japon se réveille à chaque occasion. Citons par exemple la refonte des manuels scolaires japonais en 2005 qui révise l’histoire moderne du Japon (le mot « colonialisme » remplace le terme « expansionnisme ») ; atrocités commises minorées ; visite des autorités japonaises au sanctuaire de Yasukuni honorant les combattants japonais de la Seconde Guerre mondiale y compris les criminels de guerre.

Le Japon a toujours été et reste le rival géopolitique de la Chine en Extrême-Orient. Les deux pays se livrent une concurrence acharnée et les relations sino-japonaises s’apparentent donc à une lutte d’influence pour la domination régionale de l’Asie. Enfin les conflits périphériques complexes, le problème de délimitations des eaux territoriales, des rapports de forces maritimes, posent le problème de la renaissance politique du Japon sur la scène internationale.

La Corée

Faits historiques 

La Corée, de par sa position géographique a subi de nombreuses invasions voire de totales annexions de la part de la Chine ou du Japon. Parmi celles-ci ci, citons les plus importantes :

  • La présence chinoise au début de notre ère pendant 3 siècles ;
  • l’invasion mongole du 13e siècle ;
  • l’invasion japonaise fin du 16e siècle, qui considère les Coréens comme des « barbares » à vassaliser selon le modèle que la Chine avait déjà mis en pratique avec ses pays périphériques ;
  • la vassalisation par les Chinois mandchous lors de la dynastie Qing au 17e siècle.

En réaction à ces violations de son territoire, la Corée connaîtra une période d’isolement volontaire, refusant tout accord économique avec les pays occidentaux qui s’intéressent de plus en plus à elle compte tenu de sa position géostratégique en Asie orientale.

Mais la Corée a également demandé l’aide à la chine (1894) pour résoudre ses troubles internes, puis s’est laissée convaincre par cette même Chine pour signer un traité puis une alliance militaire avec le Japon (1876 et 1894) jusqu’à ce que celui-ci lui déclare la guerre en 1905, l’annexe totalement en 1910, s’appropriant ressources naturelles et main d’œuvre, tout en modernisant le pays à marche forcée. Cette situation durera jusqu’en 1945 à la capitulation du Japon, soit 35 ans d’occupation implacable. De 1945 à 1948, le territoire est occupé par les troupes soviétiques au Nord et américaines au Sud jusqu’à la proclamation de deux états de part et d’autre du 38e parallèle en 1948. En 1950, les forces armées de la Corée du Nord envahissent la Corée du Sud pour assurer la réunification du pays et pendant 3 ans aura lieu une guerre fratricide tandis que les forces de l’ONU, fournies en grande partie par les Américains, soutiennent la Corée du Sud et que les troupes de Corée du Nord sont appuyées par la Chine populaire. En 1953 l’armistice de Panmunjeom est signé, une zone démilitarisée de 8 km est créée et l’URSS et les États-Unis reconnaissent les deux états. Le 4 octobre 2007, un protocole en vue d’aboutir à terme à un accord de paix est signé entre les présidents nord-coréen et sud-coréen.

La géographie de la Corée

La situation géographique de la péninsule en a fait de tout temps un point de passage entre la Chine et le Japon. Le pays se situe à 206 km des cotes japonaises et 190 km de la péninsule chinoise du Shandong. Pour 8700 km de littoral de la péninsule, la Corée compte 6500km de côtes avec ses nombreuses îles, d’où les problèmes de revendications Japon/Corée que nous avons vus précédemment. La Corée du Sud compte 48 millions d’habitants pour 23 millions en Corée du Nord, mais répartis sur un territoire plus petit (120 530 kmpour 99 314 km2) d’où une densité de population élevée (482 hab/kmcontre 186 hab/km2) et une concentration urbaine importante.

Son économie 

Après deux siècles de stagnation et fermeture aux étrangers, la Corée fut annexée en 1910 pour 35 ans par le Japon qui y voyait là un réservoir de main-d’œuvre bon marché, de terres agricoles et de ressources énergétiques. Mais ce fut également pour la Corée une période de très fort développement économique qui jeta les bases d’une économie moderne. L’occupation, la partition, trois ans de guerre, puis la guerre froide allaient malheureusement ruiner ce décollage. La Corée du Nord, très dépendante de l’URSS puis de la Chine communiste, est restée dans une économie socialiste planifiée, une industrie à très mauvaise productivité, non autosuffisante, dépendante des importations agricoles de la Corée du Sud et du Japon et de l’aide technologique chinoise. Ses principaux partenaires commerciaux sont pour l’importation la Chine et le Japon et pour l’exportation, le Japon, la Corée du Sud, la Chine ne venant qu’en 3e position. Les principaux investisseurs étrangers sont le Japon (communauté nord-coréenne du Japon) et la Corée du Sud (joint-ventures).

En 1960, la richesse de la Corée du Sud est équivalente à celle des pays africains pauvres. En 1961, le général Park Chung-hee décide de faire de la Corée du Sud l’un des 4 dragons d’Asie avec Taiwan, Singapour et Hongkong. Le pays connaît alors une croissance économique exceptionnelle, et malgré la crise des années 90, elle est aujourd’hui un des leaders mondiaux dans plusieurs domaines (construction navale, électronique, etc.). Ses principaux partenaires commerciaux sont les USA, le Japon, l’Europe, la Chine. Il est important de noter que malgré des relations tendues avec le Japon eu égard au passé historique, celui-ci reste un partenaire commercial important pour les deux Corées.

Relations entre les 2 Corées

En 1991 les deux Corées sont admises à l’ONU, un timide rapprochement s’opère alors. En septembre 2002 est signé un accord inter-coréen sur le rétablissement des voies de communication entre les deux Corées, cet accord faisait suite au rapprochement diplomatique (Sunshine policy) engagé par le président sud-coréen Kim Dae-jung, et l’on pouvait penser être sur la voie d’une réunification possible Fin 2002, le nouveau président Roh Moo-hyun se montra nettement plus méfiant à l’égard de la Corée du Nord, mais un protocole en vue d’aboutir à terme à un accord de paix est signé en 2007 entre les deux présidents. La Corée du Sud est partagée entre le désir de réunification en une seule grande nation historique et la crainte des difficultés économiques et sociales qu’une telle opération suppose, la Corée du Nord étant un des états les plus pauvres de la planète. Cependant, la Corée du Sud est consciente des conséquences d’un effondrement brutal de la Corée du Nord qui pourrait conduire à une radicalisation du régime, la guerre comme va-tout et la déstabilisation de la région. Pour la Corée du Sud, la menace militaire en cas de conflit dans la péninsule est importante : la région de Séoul, environ 11 millions d’habitants, est à moins de cinquante kilomètres de la zone démilitarisée, à portée des moyens d’artillerie traditionnels et serait rapidement envahie par les troupes du Nord beaucoup plus nombreuses. Point besoin d’arme nucléaire donc pour menacer la Corée du Sud, même si la menace nucléaire est prise très au sérieux.

Relations entre les 2 Corées et la Chine

En juin 2002, un accord était signé entre Pékin et Séoul pour autoriser les réfugiés nord-coréens de Chine à se rendre en Corée du Sud. Pensant que Pékin aurait les moyens d’agir dans le règlement de la question coréenne du fait de sa relative proximité avec le régime nord-coréen, la Corée du Sud tend à renforcer ses liens avec la Chine, avec en arrière-plan l’idée de rechercher un équilibre stratégique entre la Chine et le Japon. La Chine n’est pas encore considérée comme un allié, plutôt un partenaire ; Séoul marque ainsi la fin des mécanismes hérités de la Guerre froide et de son anticommunisme marqué.

Relations entre les 2 Corées et le Japon

Depuis l’élection de Roo Moo-hyun fin 2002, la Corée du Sud développe un nationalisme plus visible, méfiant vis-à-vis du Japon, et même un certain anti-américanisme. D’un autre côté, la Corée du Sud voudrait que le Japon exerce des pressions sur les États-Unis afin que ceux-ci aient une attitude plus souple, moins conflictuelle vis-à-vis du régime nord-coréen. Séoul insiste également pour que le Japon continue son aide alimentaire vitale pour l’évolution en douceur du régime nord-coréen, avec en toile de fond l’objectif d’une réunification en douceur de la péninsule, scénario craint par le Japon qui y voit l’émergence d’un véritable rival économique et politique. Enfin comme nous l’avons déjà vu, le conflit territorial autour des îles Dokdo (Takeshima) et le révisionnisme japonais dans les manuels scolaires sont deux points majeurs qui empoisonnent les relations avec le Japon.

En conclusion

L’asie orientale est aujourd’hui un acteur majeur de la scène internationale. Elle ne saurait plus être ignorée ou mise sous tutelle comme ce fut le cas au 19 et 20e siècle. Comme dans toute géostratégie, le jeu des acteurs est souvent subtil et ambigu avec des gesticulations pour se positionner au vu et au su du monde, et des négociations dans l’ombre. Les relations Chine-Japon-Corée du Sud-Corée du Nord n’échappent pas à cette loi, avec en toile de fond les perspectives de désengagement américain dans la région pour renforcer ses troupes en Irak ou en Afghanistan et une montée des nationalismes en Extrême-Orient.

Bernard Post


Bibliographie

Atlas du Monde : Atlas mondial d’Économie et de Géopolitique : Chine, Japon, Corée.

Carte de la Chine dans son environnement régional, géopolitique, Roberto Gimeno et Patrice Mitrano, www.diploweb.com

Françoise Dieterich, Pierre Gentelle, 9 questions sur la géopolitique de l’Asie, Nathan éditions, janvier 2007.

Conférence de Pierre Gentelle, L’Asie, puissance d’hier et d’aujourd’hui, « Rencontres de la Durance », le 7 février 2007, disponible sur diploweb.com

L’Asie orientale face aux périls des nationalismes ; Frontières et nationalismes en Asie orientale, Barthélémy Courmont, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques.

L’Asie et nous, Jean-Luc Domenach, directeur scientifique de la Fondation nationale des sciences politiques.

« La Corée du Nord entre nucléaire et famine », Le monde diplomatique, mars 2006, Philippe Rekacewicz.

La Corée, une péninsule de l’Asie du Nord-Est entre Chine et Japon (clio.fr).

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