Chroniques

Les palais royaux de Corée

Ce livre est un outil précieux pour aborder l’architecture et la symbolique des constructions anciennes de Corée. Grâce à son vocabulaire spécifique, le lecteur appréciera la finesse et la précision des informations, qui peuvent aider la lecture de romans où l’on évoque les palais et maisons traditionnels. Ces bâtisses royales sont constituées de plusieurs pavillons autour desquels la nature fait acte de présence : bassins et petits étangs, parterres, jardins en gradins, arbres aux caractéristiques variées, etc.

La plupart de ces constructions sont des reflets de pans importants de l’Histoire coréenne, tout comme les châteaux sont porteurs de patrimoines en France. Une page « Repères historiques » permet donc de suivre le fil de création de ces splendides architectures, ainsi que les rois et reines qui les ont habitées. À cet effet, chaque pavillon est détaillé dans ses moindres aspects, avec la période à laquelle il fut bâti, les raisons et les moyens de sa construction, puis lorsque ce fut le cas, sa destruction suivit de sa reconstruction. En complément de cette frise chronologique, les explications étoffées de chaque palais abordent les événements historiques qui s’y sont déroulés, et décrivent dans quel corps de bâtiment précisément cela se produisit. Au fur et à mesure des chapitres on découvre des anecdotes sur les individus qui ont pris part aux événements de la cour— par exemple le chanteur célèbre Yi Dong-baek[2] ­—, la façon dont les fonctionnaires étaient promus, mais aussi certains aspects de la transmission du savoir chez les lettrés. On traverse l’histoire royale coréenne avec Hyeonjon[4], Sukjong[5] et Yeongjo[6] ; les rois étaient intronisés au cours d’une cérémonie devant la porte Jinseon (porte d’accès principale) avant de pouvoir pénétrer dans le pavillon central du palais Changdeok, car ce dernier était réservé à Sa Majesté en titre. On découvre encore des informations sur la vie coutumière au sein de ces bâtisses,   les pages concernant le palais Changdeok nous renseignent notamment sur l’existence d’un garage royal qui abritait divers moyens de transport : automobiles, chaises à porteurs à roues, voitures à cheval qui rappellent la tradition équestre des Coréens. Toutes ces explications sont très précieuses pour comprendre la place du symbolisme dans la construction des édifices royaux, afin d’attirer des augures favorables. Dans le palais Deoksu par exemple, dans lequel on peut admirer le premier pavillon à l’occidentale, on trouve les dix symboles de la longévité sur la balustrade. Dans le palais Gyeongbok, des haetaes, sortes de lions coréens, symboles de la justice, veillent sur les marches à l’entrée. Lorsqu’ils sont représentés en famille, ils représentent de nos jours l’envie des couples d’être très unis. Tandis que des natis[7] affichent leurs visages redoutables sur les ponts et les tortues repoussent tout mauvais esprit qui oserait entrer dans le palais en passant par la rivière. Enfin, on apprend que l’observance des valeurs confucéennes obligeait à la construction de pavillons séparés pour les hommes et les femmes, ce qui explique les proportions de ces bâtisses monumentales. Grâce à ce livre, on se fait donc une idée plus précise des différences de style entre l’architecture chinoise et coréenne. On peut aussi affiner ses connaissances sur le folklore et l’art, tout en développant son apprentissage de la culture et de l’histoire. L’architecture y est le miroir des événements, tout autant que des personnes qui s’y sont succédé. C’est aussi le reflet de maîtres-charpentiers talentueux.

Roxane Millard

[1] Célèbre pour son interprétation du Chant de l’oiseau, il fut récompensé par le roi avec un titre de fonctionnaire de troisième grade, haute distinction aux égards du mérite.

[2] Hyeonjong (né le 15 mars 1641 et mort le 17 septembre 1675) est le dix-huitième roi de la Corée en période Joseon. Il a régné du 23 juin 1659 jusqu’à sa mort.

[3] Sukjong (né le 15 août 1661 et mort le 13 juillet 1720) est le dix-neuvième roi de la Corée en période Joseon. Il a régné du 17 septembre 1675 jusqu’à sa mort.

[4] Yeongjo (né le 13 septembre 1694 à Séoul et mort le 5 mars 1776 dans la même ville, est le vingt-et-unième roi de Corée en période Joseon. Il a régné du 30 août 1724 jusqu’à sa mort. Il est le deuxième fils du roi Sukjong.

[5] Créatures protectrices sculptées sur un pont.


LES PALAIS ROYAUX DE CORÉE
SIN YEONG-HUN, Maître charpentier, ancien membre de la Commission nationale pour le Patrimoine
Traduit du coréen par CHOI Mi-kyung et Jean-Noël JUTTET,
photos de KIM Dae-byeok
Éditions Hanokmoonhwa.

 

1 Kommentar zu “Les palais royaux de Corée

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