CHOI Sang Woon est photographe. Depuis de nombreuses années, il parcourt la Corée et photographie, des histoires, des morceaux de vie, plutôt que des lieux ou des gens. Ses œuvres sont éditées en Corée mais pas encore traduites en français. Numéro après numéro, nous présenterons quelques uns de nos coups de cœur de son travail photographique.
Les HONG de Bulim habitent à Bamgole, Les arbres verdoient dans la rue paisible. Des violettes s'ouvrent sous le pied de l'agriculteur qui part travailler aux champs. J’ai demande où était le village Hanbam, on m'a dit de suivre cette rue et que, bientôt, je le verrai. Le visage bronzé du monsieur qui m'a indiqué la route, était teinté de vert, le vert du printemps, quand les feuilles reverdissent. Le vent doux balaye mon cœur et me porte au rêve.
Il y avait une grande forêt de Zelkova à l'entrée du village. Les enfants s'amusaient à l'ombre des arbres qui masquaient le ciel. Ces enfants jouent au cavalier, à « cache-cache », à la bascule et à la balançoire. Ils viennent de l'école primaire située juste derrière. " Nous allons rentrer chez nous, le bus va arriver bientôt, nous l'attendons." Tea-hwan élève de 3ème année qui jouait au « cheval », habitait à Sin li, un peu loin d'ici. Il s'amuse avec ses amis qui habitent près de chez lui. Hanbam est un village où la majorité des habitants sont des HONG de Bulim. Les HONG ont commencés à y vivre a partir du milieu de l'époque Koryeo, il y a 600 ans. "Il y a beaucoup de HONG de Bulim dans la région du sud-est, tandis que dans la région de Gyeonggi, on trouve des HONG de Namyang. Avant il n'y avait que des HONG de Bulim à Hanbam, mais depuis quelque temps d'autres habitant sont venu s'y installer; cependant la proportion des Bulim reste de 60% dans ce village." m'a expliqué le chef, en faisant un tour du village. J'ai rencontré des gens qui ne portaient pas le nom de famille HONG, ils m'ont expliqué qu'ils venaient souvent pour voir leur famille, ou bien passer des vacances. La vie ici leur plaît, ils finiront par s'y installer, un jour. Le lierre sillonne les murs de pierre bordant les ruelles et laisse parfois apparaître des maisons traditionnelles (hanok), dont souvent la porte reste ouverte, comme pour montrer qu'ici il n'y a pas à craindre des voleurs. Ce calme harmonise toutes choses et suffit à nous donner envie de vivre ici. On m'avait dit qu'il y avait une maison vielle de 300 ans dans ce village. Elle est située non loin de l'entrée du village et comporte un deacheong (grand parquet ouvert sur l'extérieur entre deux grandes pièces d'une maison traditionnelle coréenne.) répertoriée n°262 au patrimoine Coréen. Ce deacheong (de 10 pièces en configuration gyeopjip (une maison avec plusieurs ailes à 5 pièces) a été bâti au début de l'époque du royaume de Choseon, et préservé jusqu'à maintenant. À une époque il servit de bâtiment pour l'industrie, maintenant c'est un lieu de réunion et de repos pour les personnes âgées du village. Une autre maison vielle de 300 ans, construite avec une exposition au nord et en forme de ㅁ, est aujourd'hui toujours habitée par une dame. En passant devant j'ai pu rencontrer sa belle-fille, HONG Seok-gyu et son petit-fils, qui vivent ici aussi. "Cela fait 10 ans que l'on habite dans cette maison mais il est difficile d'aller au travail tous les jours car mon bureau est à Deagu."
Il me parlait en balayant devant l'autel servant aux sacrifices pour les ancêtres à peu près 10 fois par an. On ressentait bien les traces du temps sur cet autel, malgré plusieurs réparations visibles. Le toit de tuile était parsemé de mauvaises herbes fanées, le paquet et la poutre maitresse étaient usés. Je ne suis assis sur le parquet pour me reposer et les gens qui avaient habité dans cette maison marchaient dans mon esprit. Je les imaginais les jours de printemps ensoleillés, assis sur le même parquet, à regarder les fleurs du jardin comme moi; peut être même qu'ils se mettaient à plat ventre pour lire, peut-être que les frères faisaient de la lutte entre eux. La sensation du parquet en bois était agréable. En marchant le long d'un chemin bordé de mur de pierre j'ai aperçu une maison où il y avait un grand noyer en fleurs. La maison appartenait à HONG Ju-hui (76ans). Elle vivait ici avec ses parents dans sa jeunesse mais après son mariage elle parti pour vivre ailleurs. Elle revint y habiter l'année de ses soixante ans et maintenant elle y vit avec sa fille. Le noyer était très beau et son visage épanoui en un large sourire. "Cet arbre est Noyer de Mandchourie, j'aurai aimé que les autre soit aussi grands que cela... il grandit jour et nuit et apporte beaucoup de fruits " me dit-elle. Dans la cour arrière, il y avait des pots remplis de dengjang (pâte de soja fermentée) et de ganjang (sauce de soja), la vielle femme demanda à sa fille d'apporter des noix. Un court moment après, sa fille m'amena une poignée de noix, mais elle me dit que cela ne suffirait pas, alors elle rempli mon sac jusqu'à qu'il soit gonflé. J'ai rencontré deux hommes portant le hanbok (tenue traditionnelle coréenne) devant un deacheong, HONG Eun-heum (84ans) et LEE Kang-houk (82 ans). Ils venaient de sortir du gyeonleodang (sorte de cercle municipal où vont souvent les personnes âgées) et rentraient chez eux. Ils avaient vécu toute leur vie dans ce village. Je les ai suivis jusque dans le village. Le lierre était encore plus vert sur le mur de pierre et j'ai rencontré une femme qui cueillait de l'armoise en dessous du mur. Elle ne m'a dit que son nom de famille : Kim de Andong. Elle allait préparer du tteok (pâte de riz). Moi aussi j'ai cueilli de l'armoise à coté d'elle. L'armoise parfumée sentait bon. C’était l'odeur du village de Hanbam.
Traduction HONG Seong-Hye
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