
Il est des écrivains qui vous apparaissent plus comme un dur guerrier qu’un frêle érudit. Il tient à écrire à la main et uniquement au crayon, il fuit l’automobile et préfère bricoler son vélo. Et plus important encore, il est l’écrivain d’un tout nouveau type de romans historiques en Corée. Park Hae-Hyun, reporter pour le Chosun Ilbo, a rencontré le romancier Kim Hoon pour une interview.
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LEE Seung-u
Ecrits de l’intérieur.
Arles, octobre 2009, en longeant les berges du Rhône le vent souffle si fort qu’il nous faut avancer accrochés à la main courante d’un escalier, à la branche basse d’un arbre, à un poteau électrique. Dans les ruelles étroites le vent aide le ciel à devenir azur. Grand admirateur de la culture européenne, Lee Seung-u est venu sur les traces de Van Gogh, dans un long silence méditatif, devant une toile, dans une ruelle ensoleillée, dans le café à la façade immortalisée par le peintre. Devant un chocolat chaud que le froid impose, dans un silence à peine troublé par la musique, nous regardons, par delà le vitrage décoré, les corniches des maisons aux couleurs aplaties par le soleil.
Lee Seung-u est un auteur secret, discret, au point de répugner à parler, au point d’interroger plusieurs fois pour savoir si l’entretien est terminé, presque à s’excuser d’avoir accepté de parler, d’avoir à décrire ce monde intérieur que de texte en texte, il s’évertue à illustrer. L’écriture se suffit à elle-même. Toute tentative d’en dire plus court à un échec probable. Il se prête pourtant de bonne grâce, aimable, amical. Il sait l’exercice délicat, à cause de la matière même de ses romans.
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Prendre le pouls de la société coréenne
Un entretien avec Hwang Sok-yong
Les réflexions d'un des écrivains coréens les plus réputés, avec Anders Karlsson, traducteur.
Les livres de Hwang Sok-yong ont, à maintes reprises, reflété le parcours et les péripéties de l'histoire coréenne moderne, depuis le développement à marche forcée décrit dans Les terres des étrangers, La route de Sampo, aux souffrances de la lutte pour la démocratie exprimées dans Le vieux jardin.
Alors qu'il se rapprochait du roman initiatique autobiographique, son dernier travail, L'étoile qui apparaît lorsque les chiens commencent à mendier leur nourriture, est aussi devenu un point de vue sur les problèmes actuels de la société coréenne.
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Extraits de : La vie rêvée des plantes
de Lee Seung-u
(Avec l’aimable autorisation des Editions Zulma)
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Chapitre 1
« Pourquoi riez-vous ? »
Lorsque, ouvrant des yeux ronds, elle m’a posé la question, moi je songeais à tout autre chose. Rouge à lèvres moiré, short moulant, la fille n’avait pas l’air d’apprécier. Sans doute me prenait-elle pour un client réfractaire. Bien entendu, je ne me souciais guère de savoir si elle avait un tant soit peu d’humour. Je me disais seulement que son rouge à lèvres faisait un peu bizarre. Rien de plus.
J’étais au volant de ma voiture, vitres baissées, et elle avait passé la tête par la fenêtre. Les genoux raidis, elle tendait sa croupe en arrière, si bien que je ne pouvais me faire une idée précise de sa physionomie. Le bâillement d’un ample T-shirt m’offrait en revanche une vue plongeante sur le galbe superbe de ses seins. La décence eût exigé que je détourne mon regard, mais, franchement, cela ne me vint pas à l’esprit. J’ai poursuivi notre conversation sans quitter ce spectacle des yeux. Après tout, si elle se tenait ainsi, c’est qu’elle était fière de ses seins, et il aurait été indélicat de la décevoir. Je l’ai interrogée sur sa taille, sur son âge, la priant de se tourner, de faire quelques pas, enfin je lui ai demandé si elle accepterait de se démaquiller. Elle m’a répondu qu’elle mesurait 1,60 m et qu’elle avait vingt-deux ans ; elle ne comprenait pas pourquoi elle devrait se démaquiller. Au lit, confia-t-elle, ça ne poserait pas de problème (cela, sur un ton malicieux, avec un sourire salace). Au lieu de se redresser, elle rétorqua : « Mais, monsieur, c’est une jument que vous êtes venu chercher pour votre étalon ? » Quant à faire quelques pas, elle ignora complètement ma requête. Pour finir, elle me mit sèchement le marché en main : « Alors, c’est oui ou c’est non ? »

SHIN Kyong-suk
par Han Yun-jeong
Shin Kyong-suk a fidèlement répondu aux attentes de son statut d’écrivain. Elle a remis au goût du jour le côté authentique des personnages longtemps laissé dans l’ombre de l’histoire et des problèmes sociaux, surtout à travers des figures féminines, dans le roman coréen. En plus de s’essayer à de nouveaux styles de romans, elle s’est également assuré un lectorat de taille, comme l’énorme succès de son dernier roman en Corée en est la preuve. La journaliste Han Yun-jeong a rencontré Shin Kyong-suk, qui a évoqué sa vie et son œuvre.

Le dernier roman
du grand auteur coréen
HWANG Sok-yong
Traduit par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
Zulma, 2010
Pour qui a quitté Hwang Sok-yong à son avant dernier livre est sans doute resté sur le sentiment qu’il avait eu affaire jusqu’ici à un auteur parfaitement inscrit dans son époque, proche des plus humbles, engagé dans l’histoire de son pays divisé par des idéologies contraires. Cet engagement que l’on connaît est au cœur de son acte d’écriture, au cœur de sa littérature, pas seulement comme positionnement esthétique mais aussi comme raison d'être d'auteur.
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