Au rythme des saisons Récits

Matin Calme, travail aux champs

Un carnet de dessins qui vous emmène là où le touriste va rarement : Laura Dilé entreprend un voyage à travers les fermes de campagnes de la Corée.

Voilà un carnet de dessins qui vous emmène là où le touriste va rarement. Laura Dilé et son compagnon entreprennent un nouveau voyage en Corée et choisissent, après la traditionnelle visite de Séoul, de courir les fermes de campagnes en offrant leur force de travail dans les champs, contre le gîte. Tout en travaillant, Laura Dilé nous donne un carnet joliment dessiné sur le vif, de fines aquarelles égrènent une galerie de personnages, de maisons, des magasins, des scènes de la vie champêtre ou de la vie urbaine. Ce carnet de dessins est un projet original de Laura Dilé, une habituée des voyages hors circuits officiels, et de son compagnon. Elle ne fait pas l’économie de l’apprentissage de la langue du pays, se loge dans des fermes et honore l’hébergement contre des petits boulots effectués la plupart du temps dans les champs. Dès qu’elle a une minute de libre, un carnet à dessins, un feutre ou un stylo-pinceau et la voilà à croquer personnages, maison, cafés…  L’auteure poursuit un credo que nous partageons : la Corée, ce n’est pas seulement Séoul. Certes, la capitale offre de nombreuses ressources et de nombreuses sollicitations mais n’est pas elle seule toute la Corée. On n’y verra jamais le pêcheur jeter son filet dans une échancrure de mer, le paysan courbé dans sa rizière, les fermiers regroupés en communauté pour les récoltes ou le battage du blé. Les comices agricoles n’irriguent plus la vie de Séoul. Pour preuve : les grandes migrations pour Chuseok la fête des récoltes à l’automne où les Séouliens sont trop heureux de se retrouver en famille au pays natal. Ainsi, Laura Dilé voyage, fait le tour de la Corée (une carte permet au lecteur de suivre l’itinéraire) et dessine ou peint les paysages que l’on sait époustouflants, montagnes du Seorak, aux îles du Wando et profite de faire les rencontres qu’on ne peut faire qu’à l’écart des sentiers battus, paysan joyeux, discussions passionnées où l’ouverture d’esprit côtoie son contraire, et la générosité coutumière des Coréens, comme cette grand-mère modeste qui nous reçut à l’improviste et découpa quatre quartiers d’une orange en signe de bienvenue.  Mais l’auteure ne réduit pas son credo à s’écarter des grandes villes, elle restitue ce qu’on lui donne par ce qu’elle sait faire, tantôt par du travail dans les champs, tantôt par des dessins. À l’heure ou le tourisme équitable/responsable/durable et autre -able sévit dans les discours, on peut s’inspirer de cette façon de voyager (qui n’est pas nouvelle en soi, mais récente en Corée) et se loger modestement, partager la vie des familles quand c’est possible, et rendre sous d’autres formes ce qui a été donné. Une découverte sans façon et sans fard de la vie quotidienne en Corée. Le couple a effectuer son voyage grâce au système, récent en Corée mais désormais présent, WWOO Fing un réseau qui met en relation des volontaires et des fermes, ou encore couchsurfer, personne inscrite sur des sites d’hébergement des inconnus. Saluons aussi un beau travail d’édition pour ce livre.


Matin calme, travail aux champs
Laura Dilé
Akinomé, 112 pages, 14,90€

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