En Novembre 2025, un énième roman feel-good est sorti dans nos librairies. Comme Dis le à la mer, que nous avions chroniqué en mai dernier, l’histoire se déroule sur l’île de Jeju où l’autrice a grandi pendant sept ans. Dans sa postface, elle présente son roman comme une lettre d’amour à l’île et à ses habitants. On sent dans son récit tout le bien que lui a fait cette île qui s’apparente à un refuge, un lieu de réparation et de reconnexion à soi. L’héroïne principale, Jebi, s’y retrouve coincée après un accident sans gravité, et décide d’y rester lorsqu’elle tombe sur un petit studio photo niché dans le “village de la pieuvre géante”. Échappant ainsi à son quotidien oppressant dans la ville de Séoul, elle retrouve un sens à sa vie au fil des rencontres qu’elle fait, et en faisant face à ses traumatismes. Le point de départ, empreint de douceur et de promesse d’introspection, laisse entrevoir un roman sensible et intimiste.
Cependant, Le petit studio photo Hakuda s’inscrit pleinement dans les codes du roman feel-good, au risque de s’y enfermer. Le récit privilégie une narration linéaire et répétitive, où les situations s’enchaînent sans véritable tension dramatique. Les descriptions restent souvent succinctes, et les relations entre les personnages se construisent rapidement, de manière trop évidente, ce qui peut donner une impression de simplification excessive. Les échanges, très directs, s’éloignent par ailleurs des conventions sociales coréennes, ce qui pourra surprendre les lecteurs familiers de ces codes. Pas de nunchi* ni de hiérarchie dans ce livre qui est habité par des haenyeo* misanthropes et acariâtres, des femmes d’affaires capricieuses et des jeunes filles candides. Ces archétypes, s’ils servent l’efficacité du récit et sa lisibilité, manquent souvent de nuance et de profondeur.
Le style, très oral et ancré dans l’instant, participe à cette impression de simplicité. L’écriture va droit au but, laissant peu de place aux détails des paysages et de la pensée, à l’évasion ou à l’introspection. C’est une écriture de l’instant T, très premier degré. Les réactions des personnages sont exagérées, presque caricaturales : les refus sont violents, les pleurs sont soudains, les joies sont enfantines, ce qui confère au roman une tonalité naïve. Ce choix stylistique peut dérouter, notamment au regard de la reconnaissance littéraire de l’autrice en Corée (Her Tayeon a été récompensé du prix Honbul) mais qui peut s’expliquer par le fait que le livre a été traduit de l’anglais et non du coréen.
Le roman s’appuie également sur une vision très idéalisée, voire stéréotypée de l’île de Jeju. Bien que l’autrice ait pris la précaution de situer son récit dans un village imaginaire, elle présente Jeju comme un microcosme sous-peuplé et vieillissant, animé par quelques rares touristes. Plutôt que de mettre en avant le patrimoine de l’île et sa mythologie, elle invente toutes sortes de traditions symboliques dont une plutôt rocambolesque autour de pieuvres protectrices. Cette dimension poétique pourra séduire certains lecteurs, mais elle tend aussi à renforcer une image stéréotypée du lieu.
Enfin, le thème de la photographie, pourtant central dans le dispositif narratif, reste traité de manière superficielle. Les rares termes techniques parcourant le livre laissent transparaître le manque de connaissances de l’autrice. La photographie sert principalement de prétexte aux rencontres et aux échanges, sans jouer un rôle déterminant dans l’évolution du récit.
En définitive, Le petit studio photo Hakuda peine à dépasser les intentions louables de son autrice. En cherchant avant tout à rassurer et à envelopper son lecteur, le roman sacrifie la complexité de ses personnages, la richesse de son cadre et la portée de ses thématiques. L’île de Jeju y devient un décor disneylandisé, presque méconnaissable, et les trajectoires humaines aboutissent trop facilement pour susciter une réelle émotion ou réflexion. Si le livre peut remplir sa fonction de lecture d’évasion, il donne l’impression d’une occasion manquée : celle d’explorer plus finement un territoire, une culture et des blessures intimes qui auraient gagné à être traités avec davantage de nuance et d’exigence.
Le petit studio photo Hakuda
Her Taeyeon
Traduit de l’anglais par Fanny Montas
City éditions, 2025
368 pages, 20,90 €
En Novembre 2025, un énième roman feel-good est sorti dans nos librairies. Comme Dis le à la mer, que nous avions chroniqué en mai dernier, l’histoire se déroule sur l’île de Jeju où l’autrice a grandi pendant sept ans. Dans sa postface, elle présente son roman comme une lettre d’amour à l’île et à ses habitants. On sent dans son récit tout le bien que lui a fait cette île qui s’apparente à un refuge, un lieu de réparation et de reconnexion à soi. L’héroïne principale, Jebi, s’y retrouve coincée après un accident sans gravité, et décide d’y rester lorsqu’elle tombe sur un petit studio photo niché dans le “village de la pieuvre géante”. Échappant ainsi à son quotidien oppressant dans la ville de Séoul, elle retrouve un sens à sa vie au fil des rencontres qu’elle fait, et en faisant face à ses traumatismes. Le point de départ, empreint de douceur et de promesse d’introspection, laisse entrevoir un roman sensible et intimiste.
Cependant, Le petit studio photo Hakuda s’inscrit pleinement dans les codes du roman feel-good, au risque de s’y enfermer. Le récit privilégie une narration linéaire et répétitive, où les situations s’enchaînent sans véritable tension dramatique. Les descriptions restent souvent succinctes, et les relations entre les personnages se construisent rapidement, de manière trop évidente, ce qui peut donner une impression de simplification excessive. Les échanges, très directs, s’éloignent par ailleurs des conventions sociales coréennes, ce qui pourra surprendre les lecteurs familiers de ces codes. Pas de nunchi* ni de hiérarchie dans ce livre qui est habité par des haenyeo* misanthropes et acariâtres, des femmes d’affaires capricieuses et des jeunes filles candides. Ces archétypes, s’ils servent l’efficacité du récit et sa lisibilité, manquent souvent de nuance et de profondeur.
Le style, très oral et ancré dans l’instant, participe à cette impression de simplicité. L’écriture va droit au but, laissant peu de place aux détails des paysages et de la pensée, à l’évasion ou à l’introspection. C’est une écriture de l’instant T, très premier degré. Les réactions des personnages sont exagérées, presque caricaturales : les refus sont violents, les pleurs sont soudains, les joies sont enfantines, ce qui confère au roman une tonalité naïve. Ce choix stylistique peut dérouter, notamment au regard de la reconnaissance littéraire de l’autrice en Corée (Her Tayeon a été récompensé du prix Honbul) mais qui peut s’expliquer par le fait que le livre a été traduit de l’anglais et non du coréen.
Le roman s’appuie également sur une vision très idéalisée, voire stéréotypée de l’île de Jeju. Bien que l’autrice ait pris la précaution de situer son récit dans un village imaginaire, elle présente Jeju comme un microcosme sous-peuplé et vieillissant, animé par quelques rares touristes. Plutôt que de mettre en avant le patrimoine de l’île et sa mythologie, elle invente toutes sortes de traditions symboliques dont une plutôt rocambolesque autour de pieuvres protectrices. Cette dimension poétique pourra séduire certains lecteurs, mais elle tend aussi à renforcer une image stéréotypée du lieu.
Enfin, le thème de la photographie, pourtant central dans le dispositif narratif, reste traité de manière superficielle. Les rares termes techniques parcourant le livre laissent transparaître le manque de connaissances de l’autrice. La photographie sert principalement de prétexte aux rencontres et aux échanges, sans jouer un rôle déterminant dans l’évolution du récit.
En définitive, Le petit studio photo Hakuda peine à dépasser les intentions louables de son autrice. En cherchant avant tout à rassurer et à envelopper son lecteur, le roman sacrifie la complexité de ses personnages, la richesse de son cadre et la portée de ses thématiques. L’île de Jeju y devient un décor disneylandisé, presque méconnaissable, et les trajectoires humaines aboutissent trop facilement pour susciter une réelle émotion ou réflexion. Si le livre peut remplir sa fonction de lecture d’évasion, il donne l’impression d’une occasion manquée : celle d’explorer plus finement un territoire, une culture et des blessures intimes qui auraient gagné à être traités avec davantage de nuance et d’exigence.
Le petit studio photo Hakuda
Her Taeyeon
Traduit de l’anglais par Fanny Montas
City éditions, 2025
368 pages, 20,90 €