Une société en métamorphose

Parce que je déteste la Corée

Dans ce roman de CHANG Kang-myoung, journaliste et écrivain, on découvre la vie de Kyena, jeune salariée de vingt-sept ans qui décide du jour au lendemain de quitter son pays natal qu’est la Corée, pour un pays inconnu, l’Australie. Que sait-elle de cette île d’Océanie ? Rien, si ce n’est que la vie y semble plus paisible et moins orientée vers une constante compétition. Parte-elle anglais ? Très peu. Elle use de termes konglish, mots anglais dont la prononciation a été ajustée à la langue coréenne. Pourtant, c’est presque sans jeter un regard derrière elle qu’elle quitte tout : amis, amour, famille. Le roman s’ouvre sur sa rupture avec son petit-ami, Ji-myeong, alors qu’elle est à l’aéroport, prête pour son premier voyage à l’étranger. Pour Kyena, les au revoir sont simples, dénués de douleur et sentiment. Elle est presque soulagée de partir. Sa raison ? Parce qu’elle déteste la Corée

Tout quitter pour tout recommencer

                Ses raisons de détester la Corée, Kyena nous les livre au fil des pages. Et la première exposée est celle de la compétition. Dans une société du paraître où chacun est en concurrence  avec les autres, certains individus refusent de se plier au dictat  de la compétition qu’on leur impose dès l’enfance. Kyena se sent incapable de se battre chaque jour pour réussir. Elle, ne demande pas une quelconque reconnaissance ni n’aspire à franchir les étapes plus vite ou mieux que les autres, mais cherche simplement à s’épanouir.  C’est ainsi qu’elle quitte la Corée pour tenter l’aventure dans un pays en tout point inconnu. 
                 Un obstacle se dresse cependant face à elle dans sa quête du bonheur, celui de la langue. Kyena ne parle pas anglais. N’y tenant plus, elle décide pourtant de partir. Elle est si différente de ses amies qui n’aspirent  qu’à faire un bon mariage, débitant presque par automatisme les déboires de leur vie autour d’une bouteille de soju, sur les bancs de l’université où elles se sont connues jadis. Celles-ci sont malheureuses, toujours à broyer du noir face à cause d’une belle-mère trop dure ou d’un travail trop exigeant. Kyena préfère prendre les choses en main avant de devenir aigrie comme ses anciennes camarades. Tout quitter l’effraie d’abord, mais l’excitation prend le dessus quand l’avion atterrit dans son « pays d’adoption ». D’ailleurs, alors qu’elle est encore à l’aéroport en Corée, seule après avoir passée les contrôles de sécurité, ses règles se déclenchent. Prise de court, et sans rien pouvoir y remédier, elle continue d’avancer vers son avenir. 

                   C’est ainsi que j’ai franchi la frontière. En saignant (p.8).

                  Bien que le rapport au corps féminin soit relativement tabou en Corée, ce passage supporte deux interprétations. Celle bien entendu physique, mais aussi symbolique. En prenant cet avion, la jeune femme dit au revoir à ses proches et à sa terre natale. Une rupture est consommée, quelque chose se brise, se déchire et même si cet « au revoir Corée » n’est pas définitif, elle a fait un choix, celui de renoncer à une société conformiste qui ne lui correspond pas, renoncer à son petit-ami qu’elle finira par regretter, et renoncer à cette famille qui lui fera payer son individualisme dans une société organisée autour du précepte confucéen de  piété filiale. La séparation est difficile, mais est rapidement surmontée par cette nouvelle vie qui lui tend les bras. 

Un environnement de travail précaire 

                  À peine Kyena descend-elle de l’avion qu’elle est confrontée aux stéréotypes qu’ont les étrangers vis-à-vis des Coréens. En effet, le douanier lui demande si elle a du kimchi 1 dans sa valise. Elle ne juge pas utile de relever la remarque et se dirige à la sortie de l’aéroport dans un centre d’aide aux étudiants coréens en Australie, où on lui fournit un logement dans un garage le temps qu’elle trouve un meilleur endroit où s’établir. Avant de quitter la Corée, elle avait en tête qu’elle mènerait une vie normale, et espérait même  finir ses jours sur l’île de Jeju après avoir pris sa retraite à l’âge de cinquante ans. Elle prévoyait une vie minutieusement réglée, remplie d’activités physiques et artistiques. Il faut dire que la vie en Corée était pour elle une source de stress, en particulier les transports en commun qui lui donnaient envie de pleurer. Sans grande ambition, Kyena se contentait d’un travail de nuit, moins contraignant selon elle. Elle avait échoué aux concours pour entrer dans une grande entreprise, saint graal de la société coréenne, et avait fini par postuler un peu partout, acceptant le premier travail qu’on lui proposa. À sa grande déception, elle se rendit vite compte des méthodes peu scrupuleuses de la banque qui l’employait. Cette absente d’honnêteté la conduisit à quitter son travail, premier pas avant l’expatriation. 

                   À l’époque où je travaillais, je ne réfléchissais pas  (p.15).

                 Tel Charlie Chaplin dans Les temps modernes, on agit mécaniquement, sans plus penser, et  les jours s’écoulent selon un schéma établi.  C’est ce conformisme que reprochait Kyena à son ex petit-ami, Ji-myeong. Lui souhaitait une vie accordée aux  standards coréens, où chaque jour se ressemble, mais ça ne convenait pas à la jeune femme qui se sentait perdue, déboussolée face à des envies peux communes pour quelqu’un de son âge. Elle ne comptait pas subir ce stress quotidien en restant en Corée. Elle en avait assez d’entendre les politiciens encourager les femmes à avoir des enfants, le taux de natalité  du pays 2 étant un des plus faibles au monde. Elle ne concevait pas une vie d’obéissance, alors il lui a fallu agir, et vite. Elle envisageait l’Australie depuis un certain temps, son départ se fera sur un coup de tête. Elle n’avait de toute manière pas beaucoup d’attaches dans son pays natal, elle était trop introvertie et fuyait le contact avec autrui. De plus, sa banque — fait répandu dans le milieu professionnel — adoptait un comportement déplacé envers la gent féminine, plaçant les femmes à des postes « adaptés » ne demandant pas beaucoup d’effort, mettant en avant leur plastique pour attirer les clients : en Corée, beaucoup de personnes sont engagées d’abord pour leur physique ou le renom de l’université qu’elles ont fréquentées plutôt que pour leur compétence. 

                   Le roman documente  par ailleurs de nombreux autres aspects du milieu professionnel en Corée, comme aller boire un verre avec ses collègues après le travail, même si la journée se termine souvent très tard, ou encore se rendre dans des karaokés. La vie des individus s’organise autour de leur vie professionnelle, celle-ci en venant presque à prendre le pas sur la vie de famille. Kyena n’aime pas manger avec ses collègues, se tient à l’écart d’eux, son travail ne lui plaît pas, c’est un ras le bol général qui s’instaure dans son esprit. Elle n’aime pas non plus son supérieur qui cherche à attiser la sympathie de ses collègues de la gent féminine. Et elle n’est pas la seule à en avoir assez  des plaisanteries misogynes, perçues comme outrageantes. Beaucoup de personnes  de son cercle de connaissances font le même constat mais refusent d’émigrer par peur d’être mal vues, et surtout car elles sont persuadées que tout n’est qu’une mauvaise passe, que les problèmes se règleront d’eux-mêmes. En réalité, c’est la peur qui les retient. 

Premiers pas en terre inconnue 

                  La vie en Australie ne change pas tellement de celle que Kyena a menée en Corée, sur un point : le logement. En Corée, elle partageait une chambre avec ses deux sœurs ; en Australie, elle vit dans ce que l’on appelle un « poulailler », sorte de dortoir pour étudiants dans une maison ou un appartement tenus également par un étudiant. En se baladant dans les rues, elle remarque que les voitures roulent à gauche, contrairement à la Corée. Mais elle découvre une liberté nouvelle, un regain d’énergie et constate avec joie, elle qui ne correspondait pas aux canons de beauté coréen, qu’ici, elle est mince et beaucoup plus blanche que les locaux. Il est vrai qu’en Corée, avoir une taille de guêpe et un teint de porcelaine est important. Cela est associé à la richesse, la pureté et l’élégance. Une personne au teint mat fera référence à la campagne, aux travailleurs des champs exposés au soleil, tandis qu’une personne à la corpulence plutôt ronde fera référence à une personne qui ne prend pas soin d’elle-même et qui se néglige. Ainsi, Kyena rentre enfin dans la case « standard de beauté », sans pour autant y être réellement. Ce simple constat lui apporte assurance et confiance en elle, et elle se sent davantage prête à explorer ce nouveau monde. 

                  Découvrir une Australie moins peuplée que dans ses pensées lui fait penser à Ahyeon, quartier populaire de Séoul où elle a grandi. Elle se remémore alors les ajeossi, hommes d’un certain âge parfois un peu rustres, et constate qu’à leur différence, les Australiens ont une gestuelle qu’elle décrit de charmante et plus calme. Ils lui rappellent Turtle Man, chanteur de la célèbre chanson Bingo qui plaît tant aux ajeossi. Croulant sous les dettes, ce chanteur est décédé faute de pouvoir payer ses soins médicaux. Il illustre le destin triste de beaucoup de personnes âgées, souvent délaissées par leur famille. En Australie, Kyena ne croise pas d’ajeossi, ou encore d’ajuma, équivalent féminin des ajeossi, travaillant dans la rue à ramasser des bouteilles et des cartons jusqu’à leur dernier souffle pour pouvoir survivre. Les gens sont plus libres en tout point de vue, et peuvent profiter de leur retraite plus paisiblement qu’en Corée.

                   Excitation, solitude, tristesse, tous ces sentiments se mélangeaient en moi  (p.26)

                  Au centre d’aide aux jeunes étudiants coréens, Kyena fait la rencontre de Jae-in, jeune garçon insolent qui ne se gêne pas pour la tutoyer alors qu’elle est plus âgée que lui 3, faisant peu de cas des principes confucéens qui imposent le respect aux aînés. Kyena n’accepte pas du tout cette « familiarité », tandis que Jae-in lui rappelle que les codes sociaux sont différents en Australie. La jeune femme doit abandonner ses vieilles habitudes. 

                   J’ai envie d’être heureuse et ici [en Corée] c’est impossible  (p.51). 

                  Avant de quitter la Corée, Kyena était en couple avec Ji-myeong,  jeune garçon un peu plus jeune qu’elle avec qui elle a été en couple pendant six ans. Elle a commencé à se désintéresser de lui quand il a pris du poids, se focalisant sur ses études de journalisme plutôt que sur son apparence. Kyena le trouvait trop « gentil » pour elle, manquant de fougue, de passion et d’ambition. Pourtant, Ji-myeong a refusé de reprendre la direction de l’entreprise de son père. Consciente de la différence de classe sociale, la famille de Ji-myeong était méprisante à l’égard de Kyena, dont les parents étaient concierge d’immeuble et mère au foyer, et ne manquait pas une occasion de dissuader Ji-myeong d’entretenir une relation avec la jeune fille. Une situation qui eut raison de leur couple. 

Relations tumultueuses 

                  Après avoir trouvé un premier travail de serveuse dans un restaurant coréen, Kyena entame une relation avec Hyeong-seo, un compatriote arrivé trois ans plus tôt en Australie à l’aide d’un PVT (Permis Vacance-Travail). Lorsque le visa de Hyeong-seo expire après un an, elle découvre que son compagnon  séjourne illégalement sur le territoire. N’acceptant pas que Hyeong-seo se complaise dans cette situation sans rien vouloir y changer,  elle décide alors de le quitter et démissionne du restaurant où tous deux travaillent. Elle rencontre quelque temps plus tard Dan, un étudiant de Nouvelle-Zélande. Il apprend à Kyena à surfer, faisant découvrir à la jeune fille une nouvelle forme de liberté. Pourtant, si ce n’est le surf, le couple a peu en commun. Kyena quitte Dan, qu’elle trouve trop peu cultivé. C’est à la même période qu’elle s’inscrit dans un master de comptabilité à Cambera. Finalement, elle rencontrera Ricky, un indonésien venu perfectionner son anglais. Rapidement, il la demande en mariage pour obtenir une carte de séjour coréenne et travailler dans le pays. 

                  Considère ça comme une proposition de business (p.79).

                   Kyena le quitte sur-le-champ, et se met à regretter Ji-myeong, son premier amour resté en Corée. Avant de partir, il avait tenté de la dissuader de poursuivre son rêve, lui demandant de rester avec lui, qu’il ferait face à sa famille et qu’ils avaient un avenir à deux. Cependant le véritable déclencheur de son aventure fut les parents de Kyena. Très pauvres, ils voulaient lui emprunter de l’argent pour pouvoir déménager, leur maison étant tantôt envahie par les souris, tantôt par les fourmis. Kyena est la seule à laquelle ses parents quémandaient de l’argent parmi une fratrie de fille. Sa grande sœur travaillait dans un café, sa petite sœur passait sa journée enfermée à jouer aux jeux vidéo. Kyena n’acceptait pas la situation, ses parents lui demandant de mettre ses ambitions de côté pour aider sa famille. Pourquoi tout devait venir seulement d’elle ?  Son mal-être ne fit que s’accentuer, et elle décida de partir, se mettant sa famille à dos. 

Avancer vers l’avenir

                  Kyena, comme prévu, revient en Corée régulièrement. Elle rend aussi bien visite à sa famille qu’à ses amies, choquée de découvrir qu’elles n’ont nullement évolué dans leur vie professionnelle et privée. Elle décide de passer l’IELTS, l’International English Language Testing System. Elle obtient une très bonne note, et ses amies lui demandent alors de passer le test à leur place. Kyena refuse, dégoûtée de se rendre compte qu’on cherche à se servir d’elle alors que quelques années auparavant, on lui reprochait de vouloir émigrer. En rentrant en Australie, Jae-in, le jeune coréen désagréable qu’elle avait rencontré le premier jour en arrivant dans le pays, lui apprend qu’il souhaite arrêter ses études pour devenir cuisinier. Au fil du temps, Kyena apprend à mieux le connaître et les deux deviennent amis proches. 

                   Kyena obtient finalement sa carte de résident. Elle devient de plus en plus responsable et est même gérante d’un poulailler dans un appartement en haut d’un immeuble. Elle parvient à évoluer, alors que tout le monde autour d’elle stagne, sauf Ji-myeong qui après avoir redoublé parvient à devenir journaliste contre la volonté de ses parents. Kyena, elle, fait la rencontre d’une jeune Américaine qui lui apportera des problèmes avec la justice. En effet, cette dernière fera un saut en parachute du balcon de l’appartement de Kyena, ce qui lui vaudra d’être expulsée. Devant payer une forte amende, pour une faute qu’elle n’a pas commise, Kyena obtient un travail bien payé grâce à Jae-in, qui en profite pour se déclarer à elle. Mais au même moment, Ji-myeong la rappelle. Elle est la femme de sa vie, et il est prêt à l’attendre. Kyena ne réfléchit plus, et part le rejoindre en Corée. Ils vivront deux mois ensembles, deux mois pendant lesquelles Kyena est en vacances. Ji-myeong lui propose alors qu’elle revienne vivre en Corée et qu’en échange ils passent leur retraite en Australie. Kyena n’est pas de cet avis, elle ne se voit pas finir femme au foyer, comme beaucoup de Coréennes mariées, et découvre un Ji-myeong différent de ses souvenirs. Elle découvre en lui un ajeossi¸ déjà bien ancré dans le système du travail. La passion a fini par les déserter. Kyena se lasse de nouveau de la Corée et se compare à Pablo le pingouin, animal frileux qui met tout en oeuvre pour s’échapper de sa banquise et gagner une île tropicale, comme Kyena qui veut quitter la Corée pour rejoindre l’Australie. Elle décide alors de rompre avec Ji-myeong, non sans larmes cette fois-ci, et sait que cette fois, c’est pour de bon. Peu de temps après, elle apprendra qu’il s’est fiancé avec une collègue de travail. 

                  Plus je connais l’Australie, plus je me rends compte que ce n’est pas un pays si intègre que ça (p.152).

                 Rentrée de Corée, Kyena est arrêté pour recel de faux chèques. Elle, qui entre temps était redevenue gérante d’un poulailler, a reçu de la part d’un de ses futurs colocataires des faux chèques qui la conduiront plusieurs fois devant le tribunal. Jae-in continuera à la soutenir tout au long de cette longue épreuve jusqu’à ce qu’elle soit relâchée. Kyena se sentait vraiment seule lors de cet épisode de sa vie, comprenant que même si elle obtenait la nationalité australienne — ce qu’elle finira par avoir après avoir passée six ans là-bas —, elle resterait toujours une étrangère aux yeux des locaux. Néanmoins, elle demeure  attachée à l’Australie, où la mentalité est profondément différente de celle en Corée. D’ailleurs, elle constate que cette différence s’inscrit dans les hymnes nationaux, où celui de la Corée incite au sacrifice pour sa patrie, tandis que celui de l’Australie encourage les gens à vivre leur vie comme bon leur souhaite tout en étant avec le partage avec autrui. 

                  Une fois ses déboires avec la justice terminés, Kyena parvient à devenir comptable, ainsi que professeur de coréen bénévole pour les enfants d’expatriés coréens. Elle a définitivement arrêté de tenir des poulaillers, et repart en Corée mais cette fois-ci avec Jae-in. Ils apprennent que maintenant qu’ils ont la nationalité australienne, ils doivent faire un choix : celui de leur nationalité. On les contraint à signer des papiers qui les font renoncer à leur nationalité coréenne. Kyena ne reconnaît plus son pays d’origine, ayant l’impression de replonger en période de dictature sous Chun Doohwan, président de 1980 à 1988. 

Et le bonheur, dans tout ça ?

                  Après ces quelques années passées en Australie, Kyena a avancé, professionnellement, mais surtout psychologiquement. Elle qui a longuement douté de son choix de quitter sa terre natale pour partir vers l’inconnu, elle en est désormais certaine : elle a pris la bonne décision. Vivre en Australie ne sera pas toujours chose facile, mais elle se sent plus libre et plus confiante qu’en Corée. Elle n’est plus entourée de personnes superficielles obsédées par toutes ces normes sociales, et comprends enfin ce qui clochait chez elle. Les gens autour d’elle se contentaient de peu, simplement de rentrer dans des cases préétablies, sans inspirer à plus. Elle est d’une certaine manière une révolutionnaire dans la quête de l’épanouissement personnel. 

                  Tant que les Coréens ne changeront pas ces habitudes archaïques, où qu’ils aillent ce sera pareil (p. 162).

                  Le bonheur est avant tout la recherche de dignité et de respect envers soi-même avant de penser aux autres. Il n’y a pas de mal de consacrer sa vie à faire quelque chose que l’on aime vraiment plutôt que de se plier à des quelconques lois morales. Cette recherche sans cesse du paraître et ce dévouement à la hiérarchie n’ont jamais fait partie des objectifs de vie de Kyena, et elle a fini par le comprendre après tant d’années. Oui, elle a choisi d’être égoïste, mais si c’est pour être heureuse, où est le mal ? Elle n’a pu saisir ce qu’était le bonheur lors de sa vie en Corée, et prendre du recul, construire sa vie pour soi plutôt que pour sa famille lui a fait prendre conscience que c’était tout ce qu’il lui manquait. Pour elle, le bonheur est une question de capitaux et de liquidités. Il faut savoir capitaliser l’amour que l’on reçoit pour le rendre sous forme de bonheur en termes de liquidité plutôt que de se satisfaire de l’un ou de l’autre.

                  Sa nouvelle devise dans la vie ? Have a nice day, une devise que nous devrions tous adopter pour commencer à voir la vie du bon côté et faire preuve de bienveillance avec autrui, et Kyena l’a bien compris. 


PARCE QUE JE DÉTESTE LA CORÉE
CHANG KANG-MYOUNG
Traduit du coréen par LIM Yeong-hee et  Mélanie BASNEL
Philippe Picquier, 176 pages, 17 €.

1 Kommentar zu “Parce que je déteste la Corée

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