Pensée & Religion

La mythologie coréenne

Les mythes coréens transmis oralement proviennent majoritairement de la tradition chamanique. Depuis l’antiquité, celle-ci a toujours été très présente en Corée.

Aujourd’hui encore, les chamanes racontent l’origine du monde et des divinités au cours de rituels. Le mythe le plus célèbre sur la création de la Corée est celui de Dangun, qui raconte l’histoire de la fondation du Joseon ancien (Gojoseon). Hwanung, fils de Hwanin, Dieu du ciel, descend sur Terre et épouse Woongnyeo, originaire du clan des ours. Leur fils, Dangun, crée la Corée. Jumong de Goguryeo, Hyeokgeosae de Silla et Suro de Gaya sont d’autres figures mythiques  de l’histoire coréenne. Ils sont tous nés d’un œuf. Les héros du mythe fondateur de Tamra de l’île de Jeju portent les noms de famille Go, Yang et Bu. Wanggun et Yi Seong Gae, fondateurs de Goryeo et de Joseon, ont eux aussi pris place dans des récits mythiques publiés dans les livres Godaesa [Histoire ancienne] et Le chant des dragons volants, un éloge funèbre de 125 chants et 248 poèmes. Ces histoires justifient la création des royaumes en chantant l’éloge de leurs fondateurs.

La mythologie chamanique, transmise oralement, a une longue histoire en Corée. L’île de Jeju peut se vanter d’être le berceau de cette tradition. On y dénombre plus de 500 mythes chamaniques. De plus, les récits d’autels (dang) et les divinités ancestrales de Jeju ne se retrouvent nulle part dans la péninsule. La mythologie de l’autel retrace la généalogie de la divinité principale honorée à chaque autel en particulier, alors que les mythes sur les divinités ancestrales parlent de l’origine de ces divinités mêmes. 

Les mythes fondateurs de la Corée ont leurs caractéristiques propres selon qu’ils viennent du nord ou du sud de la péninsule, ou même de l’île de Jeju. Les mythes de Dangun et de Jumong, qui viennent du nord, mettent tous deux en scène la figure du père qui descend du ciel pour se marier avec la mère symbole de la Terre, et ce afin de créer un royaume. Hwanung, fils d’un Dieu, épouse Woongnyeo, divinité d’un clan d’ours, pour fonder l’ancien Joseon, et Haemosu, fils d’un Dieu, épouse Yuhwa, fille de la divinité du fleuve, pour fonder Goguryeo. Dans les deux cas, chaque parent symbolise le clan étranger et le clan indigène. Parallèlement, dans les mythes fondateurs des régions du Sud, ceux de Silla et de Gaya, les pères fondateurs descendent du ciel sous la forme d’un œuf. C’est l’enfant né de l’œuf qui grandit et devient roi, avec l’accord de tous les clans. Ainsi, Silla comptait six clans, et Gaya dix. Le mariage n’a lieu qu’après le couronnement du roi. Contrairement à la fondation du royaume qui fait suite à une conquête dans le nord, les royaumes de Silla et Gaya résultent de la coalition des différents clans. Le mythe de Tamra de l’île de Jeju se caractérise par le fait que les trois pères fondateurs sortent de terre et épousent des princesses venues par bateau de l’étranger, ce qui met en valeur la géographie maritime de l’île.

La mythologie chamanique de Corée possède une qualité spatiale particulière. Dans les mythologies d’Asie Centrale, le monde du dessous et le monde du ciel apparaissent comme des lieux, alors que pour la Corée chamanique, il n’existe aucune description physique d’un « monde du dessous ». Néanmoins, les qualités imaginatives de l’Inde d’aujourd’hui sont très développées, à l’exemple de Princesse Bari. Afin de sauver ses parents malades, Bari s’engage dans un voyage dans l’au-delà. Mais dans le royaume de la mort, il existe une fleur qui sauve la vie et de l’eau. Dans la mythologie chamanique, l’au-delà symbolise l’origine de la vie.

L’autre caractéristique des mythes chamaniques est qu’ils concernent la famille pour la plupart. À l’exception des mythes fondateurs, les mythes qui racontent l’histoire des différentes divinités sont tous des histoires de famille. Dans Princesse Bari , on trouve le thème de l’enfant abandonnée pour n’être qu’une fille de plus. Les autres filles refusent de chercher des médicaments pour les parents malades, et c’est Bari, l’abandonnée, qui va partir à la recherche de ces médicaments. Samgong Bonpuri [Chroniques du dieu de la destinée Samgong], mythe chamanique de l’île de Jeju, parle d’une fille jetée dehors par ses parents pour leur avoir tenu tête, qui épouse un homme digne et devient riche, pour finalement se porter au secours de ses parents devenus aveugles et sans ressources.

Les divinités sont souvent des êtres humains à l’origine. Princesse Bari, qui venait d’un royaume imaginaire nommé Blaguk devient la divinité Ogu, qui a pour mission de guider les défunts dans l’au-delà. Tout comme les défunts sont honorés comme des divinités ancestrales lors des rituels coréens, les hommes ordinaires qui deviennent des divinités sont l’un des traits communs des mythologies chamaniques.

On trouve une influence marquée du taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme dans les mythologies chamaniques de Corée. L’empereur de Jade de la tradition taoïste apparaît comme la plus grande divinité, aux côtés d’officiers et de jeunes filles venus des cieux. Le Bouddha apparaît dans les mythes fondateurs quand le héros est en danger, et aide celui-ci en le guidant. Dans les mythologies chamaniques, les valeurs confucéennes se retrouvent dans la figure du père autoritaire, symbole patriarcal, et des enfants empreints de piété filiale. Comme les mythologies chamaniques ont circulé pendant de nombreuses années, elles se sont imprégnées des enseignements des anciennes religions.

Dans le passé, on ne s’intéressait pas au contenu profond des mythes coréens. Ils n’étaient que des sujets de recherche pour les universitaires, interdits d’accès au grand public. La mythologie coréenne a suscité un intérêt grandissant ces trente dernières années suite à la démocratisation du pays et le désir de connaissance du public pour ce qui se situe au-delà de la réalité du quotidien. Le développement d’Internet et l’avancée des techniques cinématographiques ont joué le rôle de facilitateur. Lorsqu’ils se sont rendu compte que l’amélioration technologique n’amenait pas nécessairement le bonheur, les gens ont senti le besoin de se tourner vers le monde mythologique, que les sciences et la technologie ne sont jamais parvenues à expliquer.

De mieux en mieux appréciée à l’intérieur de ses frontières, la mythologie coréenne n’a jamais véritablement attiré les étrangers, et beaucoup la considèrent comme un morceau des mythologies chinoise ou japonaise. Pourtant, la mythologie coréenne n’est pas un simple thème dans des livres, elle est  vivante et s’exprime lors des rituels chamaniques, aujourd’hui encore exécutés. La mythologie coréenne est un messager de la culture coréenne au-delà des âges, prête à nous offrir des histoires à même d’enrichir nos vies présentes.

CHO Hyun-soul
Traduction : Lucie Angheben
Source koreanliteraturenow.com/LTI Korea