Avec Qui l’eût cru ? les éditions de l’Élan vert nous offrent de découvrir Pureum, une jeune autrice-illustratrice sensible et talentueuse, avec un magnifique et touchant album.
La couverture de l’album attire l’œil avec ce rabat découpé où s’affiche le portrait d’un drôle d’animal : museau pointu, oreilles dressées, œil fixe, il est en alerte. Recouvert d’une masse blanche floconneuse et bouclée, difficile de dire de quel animal il s’agit.
C’est qu’il faut soulever le rabat pour le voir sans sa toison de laine : c’est un loup, rouge et magnifique ! Sa silhouette se détache sur le fond jaune fluo, avec ce titre énigmatique Qui l’eût cru ?, une forme inusitée de la stupéfaction qui ajoute au mystère…
Le loup de cet album n’a pas choisi sa solitude, et il en souffre. Comme il faut bien se nourrir, il approche un troupeau de moutons pour chasser. Hélas ! Il n’est pas dégourdi ou pas convaincu, et échoue piteusement ! Mais lorsqu’il use d’un peu plus de malice, et revêt une toison laineuse, prenant ainsi leur apparence, à sa grande stupéfaction, les moutons eux-mêmes l’accueillent, lui, comme la brebis égarée ! Aussi, lorsqu’il faudra défendre le troupeau retrouvera-t-il sa voix de loup et sa nature face à un autre loup, tout noir comme le vrai grand méchant loup ! Mais la peur a fait fuir les moutons et notre loup rouge est à nouveau bien seul. À moins que les moutons ne reviennent pour confirmer son adoption…
La qualité de l’expression artistique dans cet album se mesure sans doute à l’impression durable qu’il laissera dans l’esprit des lecteurices. La palette de couleurs, à la fois extrêmement vives et adoucies par la sous-couche jaune presque toujours perceptible donne une intensité à l’ensemble à la mesure des émotions qui traversent le récit. De la même manière, le dessin de l’environnement naturel est-il à la fois réaliste, on identifie aisément les différents éléments de paysage, et stylisé comme dans un tableau symboliste, des nuages en volutes de fumée, motifs d’inspiration très coréenne, sapins « en bonnets pointus »… Les ombres comme les côtés ensoleillés des flancs de collines sont traités en surlignements plus sombres ou plus clairs et, comme le brossage au pinceau horizontal ou en diagonale, ils confèrent relief et douceur à la fois à ces vastes étendues, où la perspective apporte en plus la profondeur : l’ensemble suggère ou accentue les thèmes de l’isolement et de la sécurité toute relative des êtres vivant dans cet univers, où l’on peut se dissimuler parmi les herbes hautes, dressées et coupantes, aux couleurs contrastées et violentes, avant d’attaquer ceux qui sont à découvert dans la plaine.
La convergence entre expression artistique et expression des sentiments est ici à la base de l’impact de cette histoire, l’album en lui-même illustrant particulièrement la triple ligne éditoriale de l’éditeur, sensibilisation à l’art, à la nature et à la défense des valeurs de tolérance et d’humanité comme dans Le Chant de la baleine.
Le texte est composé du récit du loup lui-même, narrateur-personnage, et les sentiments (isolement, abandon, ou appartenance) comme les émotions (surprise, peur, reconnaissance) qui le traversent sont plus directement accessibles, d’autant plus qu’iels sont souligné.es par des variations dans la taille de la police adaptées à l’intensité du moment : l’expressivité de la lecture est donc renforcée par cette suggestion formelle et visible y compris pour celui qui écoute l’histoire. Le moment de la lecture sera aussi intense que l’aventure elle-même.
Les personnages aux mouvements très inspirés des techniques du dessin animé sont eux aussi très dynamiques, une expressivité renforcée par le travail des regards, et l’ensemble de leur traitement graphique est particulièrement séduisant mais aussi plein d’humour : l’aspect dramatique est donc relativisé par la drôlerie de l’apparence du loup qui dégringole d’un arbre, ou lorsqu’il se couvre d’une toison mousseuse qui lui donne un air de caniche toiletté, ou encore les moutons qui gambadent, véritables pelotes de laine sur pattes, des motifs qui marqueront l’imaginaire des plus jeunes.
Assurément, voici un album très spécial qu’on lira à haute voix avec beaucoup de plaisir, et qu’on relira pour soi, pour le petit chatouillis tendre qui nous envahit à chaque fois que le mouton viendra câliner le loup : qui l’eût cru, en effet ? Une réussite !
Qui l’eût cru ? Pureum Traduit par Véronique Massenot Éditions de l’Élan vert, 2026 44 pages, 13,50 €
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La couverture de l’album attire l’œil avec ce rabat découpé où s’affiche le portrait d’un drôle d’animal : museau pointu, oreilles dressées, œil fixe, il est en alerte. Recouvert d’une masse blanche floconneuse et bouclée, difficile de dire de quel animal il s’agit.
C’est qu’il faut soulever le rabat pour le voir sans sa toison de laine : c’est un loup, rouge et magnifique ! Sa silhouette se détache sur le fond jaune fluo, avec ce titre énigmatique Qui l’eût cru ?, une forme inusitée de la stupéfaction qui ajoute au mystère…
Le loup de cet album n’a pas choisi sa solitude, et il en souffre. Comme il faut bien se nourrir, il approche un troupeau de moutons pour chasser. Hélas ! Il n’est pas dégourdi ou pas convaincu, et échoue piteusement ! Mais lorsqu’il use d’un peu plus de malice, et revêt une toison laineuse, prenant ainsi leur apparence, à sa grande stupéfaction, les moutons eux-mêmes l’accueillent, lui, comme la brebis égarée ! Aussi, lorsqu’il faudra défendre le troupeau retrouvera-t-il sa voix de loup et sa nature face à un autre loup, tout noir comme le vrai grand méchant loup ! Mais la peur a fait fuir les moutons et notre loup rouge est à nouveau bien seul. À moins que les moutons ne reviennent pour confirmer son adoption…
La qualité de l’expression artistique dans cet album se mesure sans doute à l’impression durable qu’il laissera dans l’esprit des lecteurices. La palette de couleurs, à la fois extrêmement vives et adoucies par la sous-couche jaune presque toujours perceptible donne une intensité à l’ensemble à la mesure des émotions qui traversent le récit. De la même manière, le dessin de l’environnement naturel est-il à la fois réaliste, on identifie aisément les différents éléments de paysage, et stylisé comme dans un tableau symboliste, des nuages en volutes de fumée, motifs d’inspiration très coréenne, sapins « en bonnets pointus »… Les ombres comme les côtés ensoleillés des flancs de collines sont traités en surlignements plus sombres ou plus clairs et, comme le brossage au pinceau horizontal ou en diagonale, ils confèrent relief et douceur à la fois à ces vastes étendues, où la perspective apporte en plus la profondeur : l’ensemble suggère ou accentue les thèmes de l’isolement et de la sécurité toute relative des êtres vivant dans cet univers, où l’on peut se dissimuler parmi les herbes hautes, dressées et coupantes, aux couleurs contrastées et violentes, avant d’attaquer ceux qui sont à découvert dans la plaine.
La convergence entre expression artistique et expression des sentiments est ici à la base de l’impact de cette histoire, l’album en lui-même illustrant particulièrement la triple ligne éditoriale de l’éditeur, sensibilisation à l’art, à la nature et à la défense des valeurs de tolérance et d’humanité comme dans Le Chant de la baleine.
Le texte est composé du récit du loup lui-même, narrateur-personnage, et les sentiments (isolement, abandon, ou appartenance) comme les émotions (surprise, peur, reconnaissance) qui le traversent sont plus directement accessibles, d’autant plus qu’iels sont souligné.es par des variations dans la taille de la police adaptées à l’intensité du moment : l’expressivité de la lecture est donc renforcée par cette suggestion formelle et visible y compris pour celui qui écoute l’histoire. Le moment de la lecture sera aussi intense que l’aventure elle-même.
Les personnages aux mouvements très inspirés des techniques du dessin animé sont eux aussi très dynamiques, une expressivité renforcée par le travail des regards, et l’ensemble de leur traitement graphique est particulièrement séduisant mais aussi plein d’humour : l’aspect dramatique est donc relativisé par la drôlerie de l’apparence du loup qui dégringole d’un arbre, ou lorsqu’il se couvre d’une toison mousseuse qui lui donne un air de caniche toiletté, ou encore les moutons qui gambadent, véritables pelotes de laine sur pattes, des motifs qui marqueront l’imaginaire des plus jeunes.
Assurément, voici un album très spécial qu’on lira à haute voix avec beaucoup de plaisir, et qu’on relira pour soi, pour le petit chatouillis tendre qui nous envahit à chaque fois que le mouton viendra câliner le loup : qui l’eût cru, en effet ? Une réussite !
Qui l’eût cru ?
Pureum
Traduit par Véronique Massenot
Éditions de l’Élan vert, 2026
44 pages, 13,50 €