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Long Souffle

Une bande dessinée qui nous prend comme la mer, nous enveloppe comme un câlin, et nous invite à ralentir, à se souvenir, de nos parents, de notre enfance, de nos vacances.

Bulteok
Structure de pierre construite pour servir de lieu de rassemblement et de vestiaire en plein air aux haenyeos.
Ajumma
Terme désignant les femmes mariées d'âge mûr.

Que se passe-t-il sous la mer à Jeju ? D’où viennent ces sifflements mélodieux ? Et ce refrain entêtant ? Des femmes chantent… Iodo sana, iodo sana… 

Ce sont les haenyeo de Jeju, les femmes de la mer, nageuses infatigables, mères courageuses. Été comme hiver elles plongent à la recherche d’algues et de coquillages pour nourrir leur famille et envoyer leurs enfants à l’université.

Bien que reconnues et largement représentées aujourd’hui, dans les médias, films et séries, elles ne cessent de nous fasciner. En cette fin de mois d’août une nouvelle bande dessinée vient satisfaire notre curiosité. Intitulée Long Souffle, elle est l’œuvre de Mun Jeong-in qui s’inspire de son enfance sur l’île de Jeju et rend hommage à sa grand-mère qui était haenyeo.

L’autrice met en scène les plongeuses, raconte leur travail difficile, la répétition, la fatigue, la violence des éléments ; mais aussi, la communauté, l’entraide, le dépassement de soi et l’abnégation de ses femmes que rien ne semblent pouvoir décourager.

Adoptant un point de vue interne, elle dépeint la communauté haenyeo dans ses moments les plus intimes, dans leurs foyers, avec leurs enfants, au sein du bulteok entre deux pêches. Elle rend compte de leurs traditions, de leur vision du monde et de la nature, mais aussi de leurs combats, de leurs efforts pour trouver leur place en tant qu’individus mais aussi en tant que communauté dans un monde toujours changeant et un environnement naturel brutalisé par le réchauffement climatique.

Le ton très intimiste de l’œuvre est porté par des dessins noir et blanc à la fois intenses et délicats qui donne à voir les plus beaux paysages de Jeju : les maisons traditionnelles, leurs murs de pierres, leurs mandariniers ; mais aussi le monde sous-marin. Les saisons et les générations changent au fil des pages, les chapeaux fleuris des ajummas, laissent place aux uniformes d’écoliers et les tenues de plongée en coton des premières haenyeo sont abandonnées au profit de combinaisons en néoprène. 

Long Souffle est un véritable recueil de savoir et d’émotions : poétique, sincère, mais aussi merveilleusement et résolument féminin. C’est une ode à la maternité et à la sororité, qui traduit parfaitement ce qu’Ursula K. Le Guin appelle la « Fiction Panier ». Avec sa bande dessinée, Mun Jeong-in propose un récit émotif, collectif, complexe, écologique qui dénote des récits traditionnels modelés suivant le système patriarcal que la France et la Corée ne connaissent que trop bien : des récits d’action, rapides, linéaires, spectaculaires. Chez Mun Jeong-in il n’y a pas de héros, il n’est pas question d’exploits ou de performance, mais de la vie quotidienne et du soin que l’on veut bien apporter à son prochain. Long Souffle est un récit tendre et inquiet qui nous invite à ralentir, à prendre le temps d’observer, d’aimer, de respirer.


Long Souffle
Mun Jeong-in
Cambourakis, 2026
224 pages, 22 €

A propos

Ancienne étudiante en Lettres Modernes, spécialisée en littérature comparée, j’étudie et je mets en perspective la littérature française et la littérature coréenne à travers des thèmes qui me passionnent comme le voyage, la mémoire et l’interculturalité. Je suis également une grande amatrice de cinéma, et en particulier de cinéma coréen.