Albums Jeunesse

Ce n’est pas grave mon crapaud

"Ce n'est pas grave, mon crapaud" est l'exploration d'une palette d'émotions et de la force de leur influence sur notre comportement. C'est aussi un magnifique travail d'illustration d'une autrice prometteuse.

« Puisque c’est comme ça, je ne veux plus jouer avec toi ! »  À l’âge des premières amitiés, les jeunes lecteurs s’identifieront facilement avec les héros de cette nouvelle histoire.

© Les Éditions des Éléphants, 2021.

Dans le précédent album de l’artiste Lee Soyung, Ici, ensemble et maintenant, la solidarité et l’amitié triomphaient du malheur de l’exil. Cette fois encore, ce sont des sentiments très humains qu’explore Lee Soyung, avec les émotions qui les accompagnent.

L’amitié entre deux crapauds très différents et pourtant inséparables, va tourner au drame dès lors qu’un troisième convive est invité par le très sociable Crapaud blanc. Lee Soyung explore l’éventail de ces émotions dans un magnifique décor naturel en utilisant la riche palette de couleurs et la mise en scène anthropomorphe d’animaux musiciens, artistes ou très gourmands, qui caractérise son travail.

Cette exploration des sentiments se déroule sur les berges d’une mare, enchâssée dans la végétation luxuriante : une distribution d’images en vignettes alternant avec des plans plus larges parfois jusqu’à la double page complète permettent d’évoquer moments de vie, de partage, et bientôt de crise, jusqu’à isoler certains épisodes particulièrement intenses. La couleur est claire et lumineuse, symbolique de l’atmosphère heureuse dans laquelle vivent les deux crapauds.

L’autrice dépeint leur amitié très forte, presque exclusive pour Crapaud rouge, la déception quand surviennent les premières disputes, l’impression d’être abandonné, et celle d’être opprimé pour Crapaud blanc, et puis cette jalousie qui ne dit pas son nom, qui s’insinue entre les deux compères, qui enfle et emporte tout lorsque la colère se déchaîne. Les attitudes corporelles et les expressions sont finement rendues, et permettent de suivre l’enchaînement des émotions. Crapaud rouge ne parvient pas à expliquer à son ami les raisons de son mécontentement, et chacun perd peu à peu le contrôle jusqu’à ce que Crapaud rouge s’abandonne à la violence, Crapaud blanc est emporté en ambulance dans une double page noircie comme par l’horreur de la situation !

Crapaud rouge est atterré : la tristesse et la honte l’envahissent et il se réfugie dans l’eau de la mare devenue noire comme l’encre, pendant qu’autour de lui, leurs voisins et amis se retirent, l’abandonnant à sa terrible culpabilité.

C’est l’arrivée de Lapin blanc, l’invité, qui va dénouer le drame : « Ce n’est pas grave mon crapaud » dit-il après avoir entendu toute l’histoire, comme une maman qui console son petit enfant.

Une nouvelle exploration de la palette des émotions, de la force de leur influence sur notre comportement, surtout lorsqu’elles ne sont pas verbalisées ni expliquées. Et un nouveau magnifique travail d’illustration de cette autrice prometteuse.


Ce n’est pas grave, mon crapaud
LEE Soyung
Les Éditions des Éléphants (2021), 52 pages, 15€.

Documentaliste dans l' Education Nationale, et très impliquée dans la promotion de la littérature pour la jeunesse, j'ai découvert la production coréenne il y a plusieurs années, et j'ai été emballée! Je m'attache donc dans Keulmadang à en partager les délices avec les lecteurs, sans m'empêcher parfois de chroniquer un roman ou une bande dessinée pour les plus grands.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :