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Kdavre et Kdrama

Dans « Kdavre et Kdrama », Jane Tomsen invite dans un village gascon une équipe venue de Séoul, révélant ce que le quotidien peut accueillir d’imprévu.

Avec Kdavre et Kdrama, Jane Tomsen propose un roman qui mêle douceur provinciale et éclat venu d’ailleurs. L’intrigue s’installe dans un village du Gers, cadre familier où la vie de Charlotte, traductrice au tempérament tranquille, se déroule entre cuisine généreuse, soirées calmes et amitiés fidèles. Rien, au départ, ne semble annoncer la moindre perturbation dans ce décor ordinaire.

C’est l’arrivée d’une équipe de tournage coréenne qui vient rompre cette routine. La présence de ces professionnels, avec leur rythme précis et leur énergie discrète, introduit dans l’environnement gascon une vibration nouvelle. Le roman restitue très bien cette coexistence inattendue : d’un côté la lenteur chaleureuse du terroir, de l’autre l’intensité silencieuse du monde des K-dramas. Le contraste ne cherche jamais l’exotisme, il s’installe naturellement, presque avec pudeur.

Charlotte porte le récit avec une justesse remarquable. L’autrice ne la transforme pas en détective improvisée ou en héroïne dramatique ; elle reste ce qu’elle est : une femme attentive, un peu réservée, guidée par la curiosité et par son sens des autres. Cette simplicité rend le roman d’autant plus crédible et accessible. La manière dont Charlotte se rapproche de l’équipe coréenne, par sa passion tranquille pour les dramas, par quelques mots mal articulés, par un intérêt sincère, construit l’un des axes les plus charmants du livre : le plaisir de découvrir l’autre sans forcer, sans démonstration.

La dimension policière s’introduit sans fracas. Un cadavre apparaît dans ce décor paisible, mais le roman ne cède jamais à l’effet spectaculaire. Le mystère s’installe doucement, comme une question qui flotte au-dessus des personnages. L’enquête avance à pas mesurés, portée par les observations subtiles de Charlotte et par les interactions du village. Cette retenue est l’une des réussites du livre : Kdavre et Kdrama appartient à ces cosy mysteries qui préfèrent l’atmosphère au sensationnel, la nuance à la tension dramatique. Le plaisir de lecture vient autant de l’enquête que du cheminement humain qui l’accompagne.

Au-delà du polar, le roman déploie une réflexion légère mais touchante sur les liens qui se tissent entre les cultures. La rencontre entre le Gers et la Corée ne sert pas de prétexte pittoresque ; elle est traitée avec finesse, à hauteur de personnages. Les malentendus, les repas partagés, les gestes hésitants ou complices font le charme du récit. Tomsen montre comment deux mondes peuvent cohabiter sans se surplomber, chacun apportant sa couleur à l’autre. C’est dans ces scènes discrètes, presque quotidiennes, que le roman trouve sa force émotionnelle.

On referme Kdavre et Kdrama avec la sensation d’avoir été accueilli dans un lieu calme, où le mystère ne retire jamais la chaleur humaine. L’écriture, simple et précise, joue moins sur l’effet que sur la présence : celle des paysages, des gestes, des voix et des saveurs. Ce roman n’a pas l’ambition de bouleverser ; il cherche plutôt à instaurer un climat, une douceur, une petite lumière qui accompagne le lecteur bien après la dernière page. Par sa façon de rendre perceptibles les détails, par sa délicatesse dans le traitement des personnages, Kdavre et Kdrama s’impose comme un récit apaisant, discret, mais sincèrement attachant.


Kdavre et Kdrama
Jane Tomsen
Éditions du 38, 2025
186 pages, 16€