
Après Riz, Riz, Riz ! quel plaisir de retrouver l’illustratrice Bamco dans ce nouvel opus inspiré par un poème de l’autrice Lee Sang-kyo, célèbre poète pour la jeunesse, multi-primée, pressentie pour le prix Astrid Lindgren : voici peut-être l’occasion de traduire un peu plus son œuvre en français ?
Sous ce titre plutôt énigmatique pour un jeune lecteur francophone, Lee Sang-kyo et Bamco nous font découvrir la préparation d’une soupe traditionnelle, « Myeolchi Guksu », le bouillon d’anchois. Le poème original cité à la fin de l’album, égrène une ritournelle répétitive, pour reproduire la série des gestes nécessaires à l’épluchage des anchois, accomplie ici par un père et son fils, qui rythme l’action comme un chant de travail, lent et monotone. Mais l’illustration de Bamco dérive en une interprétation inattendue, comme lorsque l’imagination fantasque prend la relève de l’écoute sage, et produit un récit parallèle : le chant s’éloigne alors de la ligne mélodique pour esquisser une variation loufoque, qui éloigne l’ennui. Les petits lecteurs s’y reconnaîtront, eux qui sont coutumiers de cette dérive de l’attention qui produit des fantasmagories si distrayantes !

L’opportunité naît ici des pages du journal quotidien déployées sous le tas de petits poissons résignés. Les voici qui reprennent vie sous le crayon alerte de Bamco, sur l’air des nouvelles du jour : facétieuse, l’illustratrice les costume en tutu pour « Les anchois au ballet national », ou bien en astronautes pour « Les anchois dans l’espace », et en maillot de bain dans « Les anchois en vacances à la plage », à côté de nombreuses rubriques ou brèves, « Les anchois : BD en quatre saisons », « Le saviez-vous ? Les anchois bons pour la santé ! », annonces cinématographiques, etc… où les petits poissons sont toujours à l’honneur ! Les références feront sourire les adultes, mais les enfants s’esclafferont en découvrant tous les détails de cette folie passagère !

Et puis, après cet intermède farfelu d’une vie d’anchois de papier, l’illustratrice revient au poème, avec un sérieux affecté pour décrire les étapes de l’action en vignettes, et retrouver ainsi le rythme de l’action évoquée dans le texte « Retirer, tirer… Retirer, tirer » : dans un style qui évoque l’humour d’un dessin de presse et son côté, ici gentiment, caricatural, père et fils sont sagement installés, attelés avec sérieux à la tâche, ils ont la même expression, la même coupe de cheveux minimaliste, le même tablier vert sur le même polo blanc, leurs mains d’une image à l’autre se déplacent à peine. L’ensemble provoque le ralentissement de la lecture, la scansion se met en place avec la répétition, et gare ! L’inattention paternelle n’est pas tolérable, et le papa se confond en excuses piteuses quand il se fait gronder par son enfant : c’est le monde à l’envers ! Pour présenter la réalisation de la recette en entier par toute la petite famille affairée, Bamco prolonge cette fois le poème avec une série de motifs sur la préparation des légumes cette fois, où les tâches sont soulignées par un texte composé d’onomatopées évocatrices, l’occasion pour l’illustratrice d’aller jusqu’au bout de l’idée : préparer un bouillon d’anchois à la coréenne !
Une nouvelle fois l’humour de Bamco, son crayon malicieux et son esprit farceur nous entraînent à la découverte d’un moment de vie dont la spécificité n’empêche pas le partage. L’illustratrice nous fait rêver sur le poème minimaliste de Lee Sang-kyo, adapté avec bonheur par Charlotte Gryson la traductrice, et réussit même à nous mettre l’eau à la bouche : miam ! On mangerait bien un bon « Myeolchi Guksu » nous aussi !
Préparer le bouillon
Bamco, sur un poème de Lee Sang-kyo
Traduit du coréen par Charlotte Gryson
CotCotCot éditions, 18,90€
À partir de 4 ans

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