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La Bouchère

« La Bouchère » se démarque par sa thématique atypique : celle d’une tueuse à gages de 51 ans, entourée d’une myriade de personnages hauts en couleur.

Après le succès de la maison d’édition Nami et sa grande participation à la reconnaissance du feel good coréen (Une saison à l’atelier de poterie, Le Magasin de lettres de Séoul, La Pâtisserie des souvenirs, etc.), le groupe Leduc lance le label Belladone – une collection qui met à l’honneur autrices et héroïnes marquantes du noir et du thriller. Et leur première publication coréenne est une réussite !

Shim Eunok n’a pas une vie facile – la cinquantaine passée, voilà qu’elle se retrouve seule à s’occuper de ses deux enfants après avoir perdu son emploi de bouchère. Alors quand une curieuse petite annonce pour une agence de renseignements lui promet un salaire astronomique, Shim Eunok est prête à tout. Même s’il lui faut devenir tueuse à gages.

« J’étais ce genre de personne là (…). J’ai toujours vécu en souriant quand il fallait pleurer. »

Comme l’eut fait Gu Byeong-mo avec La vieille dame au couteau, Kang Jiyoung s’amuse à imaginer la vie d’une tueuse d’âge mûr. Un démarrage similaire pour ces deux romans où les femmes d’un certain âge, veuves qui plus est, sont condamnées à l’invisibilisation sociale. Néanmoins, La Bouchère tient son originalité dans sa construction narrative : Kang Jiyoung opte pour un roman choral qui rassemble les histoires personnelles de plusieurs personnages orbitant autour de Madame Shim. Ainsi, chaque chapitre peut sembler comme un récit indépendant ; pourtant, ils convergent vers une même finalité où chacun ne fait que lutter pour sa survie.

La Bouchère n’est donc pas seulement un roman à rebondissements, mais brosse le portrait de personnages désabusés par leur condition. Bien que poussés vers des choix extrêmes, ils témoignent d’une réalité intrinsèquement coréenne. Celle des oubliés et des laissés-pour-compte. Le récit regorge de détails culturels qui favorisent une immersion profonde dans le quotidien des Sud-Coréens. Nous noterons par ailleurs l’excellent choix de traduction d’avoir conservé certains appellatifs – ajumma, ajeossi, oppa, etc. – pour une meilleure approche des multiples nuances hiérarchiques.

Après les récentes publications de Leçon particulière et Holy Boy, La Bouchère est une addition plus que bienvenue au thriller coréen. Avec ses personnages hauts en couleur, son suspense maîtrisé et sa résonnance sociale, cette œuvre se présente à la fois comme un thriller atypique et un roman « profondément coréen », comme le décrit l’autrice dans la postface. Si l’univers de Kang Jiyoung vous a séduit, nous vous invitons à vous tourner ensuite vers la série A Shop for Killers, adaptée d’un autre de ses romans.


La Bouchère
Kang Jiyoung
Traduit du coréen par Irène Thirouin-Jung
Belladone, 304 pages, 21,90€

A propos

Doctorante en littérature coréenne, j'ai découvert la Corée par la musique et le cinéma en 2010, et l'amour que j'ai pour ce pays n'a fait que s'étendre au fil des années. En termes de littérature, ma préférence va aux polars, drames et autres récits complexes. Ma recherche se focalise sur des thématiques sombres, très présentes dans la littérature contemporaine : mal-être, psychopathologie et mélancolie ; mais cela ne m'empêche pas d'apprécier les histoires plus joyeuses de temps à autre.

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