Après le succès de son roman Kim Jiyoung, née en 1982 (Nil, 2020), Cho Nam-joo revient en France avec le recueil de nouvelles Miss Kim (Robert Laffont, 2026). Lors de son passage en France pour le lancement de cette nouvelle traduction, l’autrice a accepté de donner une interview exclusive à Keulmadang pour nous parler de ses textes !
Avant de devenir autrice, vous avez travaillé pendant plusieurs années en tant que scénariste. Vous avez aussi fait des études de sociologie. Comment en êtes-vous venue à l’écriture littéraire, et de quelle façon vos expériences passées influencent-t-elles votre travail d’autrice ?
Effectivement, avant, je travaillais à la télé en tant que scénariste. Il s’agit d’un métier aux horaires très irréguliers, et qui demande de se rendre directement à la chaine de télé pour y passer parfois des nuits blanches, et comme j’ai eu un bébé c’était impossible pour moi de continuer de l’exercer. Je me suis alors demandé ce que je pourrais faire d’autre, et c’est ainsi que j’ai commencé à écrire. Et puis, les films et les dramas sont des médias visuels que je ne peux pas réaliser toute seule, alors que le travail d’écriture est plus autonome.
Votre dernier ouvrage publié en France est le recueil de nouvelles Miss Kim (Robert Laffont, 2026). Parmi les huit nouvelles de ce recueil, en avez-vous une préférée ? Une qui vous tient particulièrement à cœur et dont vous voudriez nous parler ?
J’ai écrit toutes ces nouvelles entre 2011 et 2021, de temps à autres, et c’est en 2021 que j’ai décidé de les réunir dans un recueil. En prenant de l’âge, j’ai commencé à m’interroger sur ce que signifiais vieillir et à ce que la vie d’une femme âgée pouvait représenter, donc, d’après moi, « L’Aurore boréale » et « Sous un abricotier », qui sont les dernières nouvelles que j’ai écrites, sont vraiment centrales à ce recueil.
Vos textes se démarquent par leur réalisme et semblent directement tirés de la réalité (notamment la nouvelle « Je ne vais pas me laisser faire », qui paraît encore plus personnelle que les autres). Quelles sont les inspirations de vos histoires ? Quel est votre processus d’écriture ?
Plutôt que de me sentir artiste ou romancière, j’ai l’impression d’avoir une identité beaucoup plus forte en tant que mère ou en tant que citoyenne. C’est la vie de tous les jours, le quotidien – faire le ménage chez soi, gagner sa vie, payer des impôts, … – qui m’inspire. J’écris beaucoup à propos des choses auxquelles je veux réfléchir et que j’ai envie de partager avec les autres.
Une fois que j’ai fixé le sujet où le thème à propos duquel j’ai envie d’écrire, je fais énormément de recherches, je me documente, mais je ne raconte quasiment rien de ma vie personnelle. Je lis beaucoup d’articles, de statistiques, d’interviews pour entendre leurs expériences des autres, et c’est comme ça que je commence à raconter une histoire. Du début jusqu’à la fin d’une nouvelle j’ai déjà mon idée en tête, et je reste fidèle à la composition que j’ai imaginée.
Il est vrai que « Je ne vais pas me laisser faire » est un peu différente car j’y ai mis beaucoup de mes émotions. Je ne peux pas dire que les personnages de cette nouvelle soient réels, mais j’y ai mis beaucoup de moi-même et de mon ressenti depuis la publication de Kim Jiyoung, née en 1982 (Nil, 2020).
Dans vos nouvelles, la nourriture prend une place importante (par exemple, les repas de famille dans « Fugue » ou encore les petits pois à la vapeur dans « Les filles grandissent »). Pour quelle raison accordez-vous tant d’importance à la nourriture dans vos textes ? Est-ce une façon d’aller à l’encontre du diktat de la minceur imposé aux femmes ?
Pour moi, manger a plusieurs significations ; c’est à la fois un acte du quotidien, quelque chose qui tient de la survie, mais aussi un acte social qui réunit tout le monde. Quand on cuisine et qu’on mange, cela créé des histoires. Aujourd’hui, en Corée, le métier de chef est très mis en valeur, notamment à la télévision, mais j’ai remarqué que dans une famille, la mère cuisine tous les jours pour nourrir sa famille et ce n’est jamais reconnu ou valorisé. Ce rôle-là est bien mieux considéré quand il devient un métier. Ça m’a fait réfléchir à la signification que pouvait porter le fait de cuisiner et de manger.
Plusieurs de vos romans ont été traduits à l’étranger (notamment Kim Jiyoung née en 1982, traduit en 18 langues). Comment vos livres ont-ils été reçus à l’étranger ? Quelles différences et similarités avez-vous remarqué dans la réception coréenne et étrangère de vos textes ?
Au début, je me demandais comment les lecteurs américains et européens pourraient comprendre ce que j’écrivais car c’est très typique de la société coréenne, mais en rencontrant les lecteurs du monde entier beaucoup m’ont dit qu’ils s’étaient vraiment identifiés à mes personnages et les comprenaient totalement, ce qui me touche beaucoup. En Corée, quand on parle de femmes qui portent beaucoup de charge mentale on les désigne comme des « Kim Jiyoung de l’étranger » : par exemple quand on parlait de Chanson douce de Leïla Slimani on disait qu’il s’agissait de la « Kim Jiyoung française ». C’est vraiment une force de la littérature, permettre de tous s’identifier aux mêmes personnages et histoires.
En Corée, j’ai de nombreux lecteurs qui ont vraiment aimé le roman Kim Jiyoung née en 1982, et je leur en suis très reconnaissante. Ce roman m’a apporté aussi plein d’opportunités par la suite. Mais je dirais que j’ai eu tout autant de lecteurs qui ont détesté mon livre et l’ont attaqué et ridiculisé. Les commentaires de ce genre de personnes sont très malsains et acharnés – aujourd’hui encore. Je fais une exception ici car je suis à l’étranger, mais en Corée je refuse toutes interviews et rencontres littéraires car elles m’échappent totalement et son incontrôlables. Jusqu’à l’écriture de la nouvelle « Je ne vais pas me laisser faire », je me demandais comment je pouvais résoudre ce problème, éviter tout malentendu et reprendre le contrôle, mais depuis j’ai accepté que je n’y peux rien.
Votre roman Kim Jiyoung, née en 1982 a été adapté en film en 2019. Pourriez-vous nous parler de cette adaptation ? À quel point avez-vous été impliquée dans sa réalisation ?
Je n’ai pas du tout participé à sa réalisation, je l’ai simplement vu en tant que spectatrice. À la différence avec le roman, le film a une conclusion assez optimiste et j’en suis tout à fait heureuse car il est sorti trois ans après le livre et, à l’époque de l’écriture, la fin de mon roman me paraissait être l’issue la plus positive possible, mais en trois ans j’ai beaucoup réfléchi et le message plus optimiste du film me soulage.
À ce propos, on sent une certaine différence de ton entre Kim Jiyoung, née en 1982 et Miss Kim, dont les textes sont plus optimistes. Est-ce le reflet de votre propre optimisme ?
Pour moi il n’y a pas vraiment de lien entre Kim Jiyoung, née en 1982 et les nouvelles de Miss Kim. J’ai écrit le roman en me documentant sur les statistiques, les actualités, … J’ai vraiment voulu écrire à propos d’une personne lambda, une femme parmi tant d’autre. Elle aurait même pu devenir la neuvième nouvelle de ce recueil.
Votre roman Résidence Saha (Robert Laffont, 2023) est très différent de vos autres textes traduits en France. Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture de cette dystopie ?
J’ai écrit Résidence Saha avant même Kim Jiyoung, née en 1982, mais ce premier jet a d’abord été rejeté, avant d’être publié suite au succès de mon premier roman. À l’époque où j’ai écrit Résidence Saha, la société coréenne parlait beaucoup de compétitivité, d’efficacité. La vie était très difficile pour le citoyen coréen moyen, le niveau de vie avait baissé alors que son coût avait augmenté, beaucoup de personnes se trouvaient sans toit à cause des modernisations de certains bâtiments ou territoires, et moi-même je vivais une situation un peu difficile car je n’arrivais pas à être publiée. Ce livre-là montre tout le pessimisme de l’une des pires périodes de ma vie.
La littérature coréenne importée en France de nos jours est très féminine. Est-ce un reflet de la littérature en Corée de nos jours ?
En Corée, de nos jours, on ne parle plus vraiment de romans féministes ou publiés par des femmes, car c’est devenu tellement évident que c’est une nouvelle normalité. Les femmes écrivent tant d’histoires à propos de femmes que c’est presque banal. Il y a tellement d’histoires qui parlent de relations mères-filles, de sororité, de célibat, … Avant, quand on décrivait un tel livre, on mettait en avant le fait qu’il avait été écrit par une femme ; aujourd’hui ce n’est plus un sujet. Aujourd’hui, en Corée, la plupart des best-sellers sont écrits par des femmes, la plupart des prix littéraires sont remportés par elles aussi, à tel point qu’il y a même des articles qui ont été écrits pour parler du fait qu’on publie de moins en moins d’histoires sur des hommes.
Quels sont les messages que vous souhaitez que vos lecteurs tirent de vos textes ?
Je pense que mon rôle s’arrête à l’écriture du livre. Ce que les lecteurs y voient et en pensent est hors de ma portée. Chacun est libre d’avoir ses propres pensées. Au contraire, je préfère écouter les lecteurs et entendre ce qu’ils pensent de mes livres après les avoir lus.
Ce que j’aime le plus, c’est lorsque mes livres donnent envie aux lecteurs de me raconter leurs histoires. Ça leur permet d’exprimer leur ressenti et de faire remonter leurs propres souvenirs. À l’étranger, lorsque je suis interviewée par des journalistes, il arrive qu’iels me disent « Pour venir aujourd’hui j’ai dû demander à ma mère de garder ma fille, … » et ce sont toujours des interactions qui m’intéressent beaucoup.
Quelle est votre lecture du moment ? Auriez-vous une recommandation littéraire à nous faire ?
Le dernier livre que j’ai lu est un texte de Didier Eribon à propos de sa mère, Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple (Flammarion, 2023). Sinon, je recommande souvent les livres de Cho Hae-jin*, notamment Lo Kiwaneul manatda* (로기 완을 만났다, litt. « j’ai rencontré Lo Kiwan ») qui n’a peut-être pas été traduit en français, mais qui parle d’un personnage immigré ; c’est une autrice qui écrit souvent à propos de l’immigration, des adoptés à l’international, mais elle le fait toujours de façon très lyrique, et va eu delà de la notion nationale.
Propos recueillis par Faustine Thivet
Interprétariat assuré par Kim Yejin
Merci aux éditions Robert Laffont pour l’organisation de cette interview.
Après le succès de son roman Kim Jiyoung, née en 1982 (Nil, 2020), Cho Nam-joo revient en France avec le recueil de nouvelles Miss Kim (Robert Laffont, 2026). Lors de son passage en France pour le lancement de cette nouvelle traduction, l’autrice a accepté de donner une interview exclusive à Keulmadang pour nous parler de ses textes !
Avant de devenir autrice, vous avez travaillé pendant plusieurs années en tant que scénariste. Vous avez aussi fait des études de sociologie. Comment en êtes-vous venue à l’écriture littéraire, et de quelle façon vos expériences passées influencent-t-elles votre travail d’autrice ?
Effectivement, avant, je travaillais à la télé en tant que scénariste. Il s’agit d’un métier aux horaires très irréguliers, et qui demande de se rendre directement à la chaine de télé pour y passer parfois des nuits blanches, et comme j’ai eu un bébé c’était impossible pour moi de continuer de l’exercer. Je me suis alors demandé ce que je pourrais faire d’autre, et c’est ainsi que j’ai commencé à écrire. Et puis, les films et les dramas sont des médias visuels que je ne peux pas réaliser toute seule, alors que le travail d’écriture est plus autonome.
Votre dernier ouvrage publié en France est le recueil de nouvelles Miss Kim (Robert Laffont, 2026). Parmi les huit nouvelles de ce recueil, en avez-vous une préférée ? Une qui vous tient particulièrement à cœur et dont vous voudriez nous parler ?
J’ai écrit toutes ces nouvelles entre 2011 et 2021, de temps à autres, et c’est en 2021 que j’ai décidé de les réunir dans un recueil. En prenant de l’âge, j’ai commencé à m’interroger sur ce que signifiais vieillir et à ce que la vie d’une femme âgée pouvait représenter, donc, d’après moi, « L’Aurore boréale » et « Sous un abricotier », qui sont les dernières nouvelles que j’ai écrites, sont vraiment centrales à ce recueil.
Vos textes se démarquent par leur réalisme et semblent directement tirés de la réalité (notamment la nouvelle « Je ne vais pas me laisser faire », qui paraît encore plus personnelle que les autres). Quelles sont les inspirations de vos histoires ? Quel est votre processus d’écriture ?
Plutôt que de me sentir artiste ou romancière, j’ai l’impression d’avoir une identité beaucoup plus forte en tant que mère ou en tant que citoyenne. C’est la vie de tous les jours, le quotidien – faire le ménage chez soi, gagner sa vie, payer des impôts, … – qui m’inspire. J’écris beaucoup à propos des choses auxquelles je veux réfléchir et que j’ai envie de partager avec les autres.
Une fois que j’ai fixé le sujet où le thème à propos duquel j’ai envie d’écrire, je fais énormément de recherches, je me documente, mais je ne raconte quasiment rien de ma vie personnelle. Je lis beaucoup d’articles, de statistiques, d’interviews pour entendre leurs expériences des autres, et c’est comme ça que je commence à raconter une histoire. Du début jusqu’à la fin d’une nouvelle j’ai déjà mon idée en tête, et je reste fidèle à la composition que j’ai imaginée.
Il est vrai que « Je ne vais pas me laisser faire » est un peu différente car j’y ai mis beaucoup de mes émotions. Je ne peux pas dire que les personnages de cette nouvelle soient réels, mais j’y ai mis beaucoup de moi-même et de mon ressenti depuis la publication de Kim Jiyoung, née en 1982 (Nil, 2020).
Dans vos nouvelles, la nourriture prend une place importante (par exemple, les repas de famille dans « Fugue » ou encore les petits pois à la vapeur dans « Les filles grandissent »). Pour quelle raison accordez-vous tant d’importance à la nourriture dans vos textes ? Est-ce une façon d’aller à l’encontre du diktat de la minceur imposé aux femmes ?
Pour moi, manger a plusieurs significations ; c’est à la fois un acte du quotidien, quelque chose qui tient de la survie, mais aussi un acte social qui réunit tout le monde. Quand on cuisine et qu’on mange, cela créé des histoires. Aujourd’hui, en Corée, le métier de chef est très mis en valeur, notamment à la télévision, mais j’ai remarqué que dans une famille, la mère cuisine tous les jours pour nourrir sa famille et ce n’est jamais reconnu ou valorisé. Ce rôle-là est bien mieux considéré quand il devient un métier. Ça m’a fait réfléchir à la signification que pouvait porter le fait de cuisiner et de manger.
Plusieurs de vos romans ont été traduits à l’étranger (notamment Kim Jiyoung née en 1982, traduit en 18 langues). Comment vos livres ont-ils été reçus à l’étranger ? Quelles différences et similarités avez-vous remarqué dans la réception coréenne et étrangère de vos textes ?
Au début, je me demandais comment les lecteurs américains et européens pourraient comprendre ce que j’écrivais car c’est très typique de la société coréenne, mais en rencontrant les lecteurs du monde entier beaucoup m’ont dit qu’ils s’étaient vraiment identifiés à mes personnages et les comprenaient totalement, ce qui me touche beaucoup. En Corée, quand on parle de femmes qui portent beaucoup de charge mentale on les désigne comme des « Kim Jiyoung de l’étranger » : par exemple quand on parlait de Chanson douce de Leïla Slimani on disait qu’il s’agissait de la « Kim Jiyoung française ». C’est vraiment une force de la littérature, permettre de tous s’identifier aux mêmes personnages et histoires.
En Corée, j’ai de nombreux lecteurs qui ont vraiment aimé le roman Kim Jiyoung née en 1982, et je leur en suis très reconnaissante. Ce roman m’a apporté aussi plein d’opportunités par la suite. Mais je dirais que j’ai eu tout autant de lecteurs qui ont détesté mon livre et l’ont attaqué et ridiculisé. Les commentaires de ce genre de personnes sont très malsains et acharnés – aujourd’hui encore. Je fais une exception ici car je suis à l’étranger, mais en Corée je refuse toutes interviews et rencontres littéraires car elles m’échappent totalement et son incontrôlables. Jusqu’à l’écriture de la nouvelle « Je ne vais pas me laisser faire », je me demandais comment je pouvais résoudre ce problème, éviter tout malentendu et reprendre le contrôle, mais depuis j’ai accepté que je n’y peux rien.
Votre roman Kim Jiyoung, née en 1982 a été adapté en film en 2019. Pourriez-vous nous parler de cette adaptation ? À quel point avez-vous été impliquée dans sa réalisation ?
Je n’ai pas du tout participé à sa réalisation, je l’ai simplement vu en tant que spectatrice. À la différence avec le roman, le film a une conclusion assez optimiste et j’en suis tout à fait heureuse car il est sorti trois ans après le livre et, à l’époque de l’écriture, la fin de mon roman me paraissait être l’issue la plus positive possible, mais en trois ans j’ai beaucoup réfléchi et le message plus optimiste du film me soulage.
À ce propos, on sent une certaine différence de ton entre Kim Jiyoung, née en 1982 et Miss Kim, dont les textes sont plus optimistes. Est-ce le reflet de votre propre optimisme ?
Pour moi il n’y a pas vraiment de lien entre Kim Jiyoung, née en 1982 et les nouvelles de Miss Kim. J’ai écrit le roman en me documentant sur les statistiques, les actualités, … J’ai vraiment voulu écrire à propos d’une personne lambda, une femme parmi tant d’autre. Elle aurait même pu devenir la neuvième nouvelle de ce recueil.
Votre roman Résidence Saha (Robert Laffont, 2023) est très différent de vos autres textes traduits en France. Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture de cette dystopie ?
J’ai écrit Résidence Saha avant même Kim Jiyoung, née en 1982, mais ce premier jet a d’abord été rejeté, avant d’être publié suite au succès de mon premier roman. À l’époque où j’ai écrit Résidence Saha, la société coréenne parlait beaucoup de compétitivité, d’efficacité. La vie était très difficile pour le citoyen coréen moyen, le niveau de vie avait baissé alors que son coût avait augmenté, beaucoup de personnes se trouvaient sans toit à cause des modernisations de certains bâtiments ou territoires, et moi-même je vivais une situation un peu difficile car je n’arrivais pas à être publiée. Ce livre-là montre tout le pessimisme de l’une des pires périodes de ma vie.
La littérature coréenne importée en France de nos jours est très féminine. Est-ce un reflet de la littérature en Corée de nos jours ?
En Corée, de nos jours, on ne parle plus vraiment de romans féministes ou publiés par des femmes, car c’est devenu tellement évident que c’est une nouvelle normalité. Les femmes écrivent tant d’histoires à propos de femmes que c’est presque banal. Il y a tellement d’histoires qui parlent de relations mères-filles, de sororité, de célibat, … Avant, quand on décrivait un tel livre, on mettait en avant le fait qu’il avait été écrit par une femme ; aujourd’hui ce n’est plus un sujet. Aujourd’hui, en Corée, la plupart des best-sellers sont écrits par des femmes, la plupart des prix littéraires sont remportés par elles aussi, à tel point qu’il y a même des articles qui ont été écrits pour parler du fait qu’on publie de moins en moins d’histoires sur des hommes.
Quels sont les messages que vous souhaitez que vos lecteurs tirent de vos textes ?
Je pense que mon rôle s’arrête à l’écriture du livre. Ce que les lecteurs y voient et en pensent est hors de ma portée. Chacun est libre d’avoir ses propres pensées. Au contraire, je préfère écouter les lecteurs et entendre ce qu’ils pensent de mes livres après les avoir lus.
Ce que j’aime le plus, c’est lorsque mes livres donnent envie aux lecteurs de me raconter leurs histoires. Ça leur permet d’exprimer leur ressenti et de faire remonter leurs propres souvenirs. À l’étranger, lorsque je suis interviewée par des journalistes, il arrive qu’iels me disent « Pour venir aujourd’hui j’ai dû demander à ma mère de garder ma fille, … » et ce sont toujours des interactions qui m’intéressent beaucoup.
Quelle est votre lecture du moment ? Auriez-vous une recommandation littéraire à nous faire ?
Le dernier livre que j’ai lu est un texte de Didier Eribon à propos de sa mère, Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple (Flammarion, 2023). Sinon, je recommande souvent les livres de Cho Hae-jin*, notamment Lo Kiwaneul manatda* (로기 완을 만났다, litt. « j’ai rencontré Lo Kiwan ») qui n’a peut-être pas été traduit en français, mais qui parle d’un personnage immigré ; c’est une autrice qui écrit souvent à propos de l’immigration, des adoptés à l’international, mais elle le fait toujours de façon très lyrique, et va eu delà de la notion nationale.
Propos recueillis par Faustine Thivet
Interprétariat assuré par Kim Yejin
Merci aux éditions Robert Laffont pour l’organisation de cette interview.