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Magical Girl

Park Seolyeon casse les codes du genre et ancre la « Magical Girl » dans le monde des adultes, du travail et de la crise climatique.

Sailor Moon, Sakura Chasseuse de Cartes, Magical DoReMi, Chocola et Vanilla… Les enfants des années 1990 et 2000 auront forcément connu l’un de ces dessins animés mettant en scène des jeunes filles aux pouvoirs mystiques. À l’origine de ces productions, un phénomène : la magical girl, une figure culturelle née au Japon dans les années 1970. Bien plus qu’une simple incarnation de l’enfance, elle bouscule les normes sociales à travers les années. Park Seolyeon choisit de casser les codes du genre dans ce court roman rempli d’humour et d’ironie.

Lorsqu’une jeune femme endettée et déprimée s’apprête à mettre fin à ses jours, elle est interrompue par Aroa, la magical girl des prédictions, qui lui assure qu’elle est l’Élue, une magical girl d’une puissance phénoménale, destinée à sauver le monde. Séduite par l’idée, la jeune femme repousse son trépas et se consacre à un apprentissage hors-norme. Mais rien ne se fait aisément : être une magical girl, c’est du boulot.

« Les magical girls qui existaient en ce monde ne pouvaient pas et n’avaient aucune raison de se montrer inconditionnellement bienveillantes. (…) Parce qu’au lieu de combattre des aliens de l’espace ou des créatures magiques en répandant amour, espoir et volonté autour d’elles, elles survivaient comme tout le monde, en s’abîmant le corps et l’esprit pour joindre les deux bouts. »

Park Seolyeon balaie l’image traditionnelle de la jeune héroïne contrainte de dissimuler ses pouvoirs et fait de la magical girl un membre reconnu de la société. Bien qu’une poignée d’individus voient leurs aptitudes magiques se manifester avec le temps, il n’en demeure pas moins qu’être magical girl, c’est un métier, et comme tous les métiers, il s’apprend. Ainsi, nous découvrons une véritable bureaucratie des héroïnes : école, salon de l’emploi, salaire, syndicat, conférences, apparitions médiatiques… Une approche nouvelle et créative, qui ancre la magie dans une réalité bien plus proche de la nôtre, faite de difficultés économiques et de mesures écologiques. Car oui, la fin du monde est liée à un désastre climatique. On dénonce les entreprises trop voraces, les populations trop peu préoccupées. Le ton demeure léger, mais Park Seolyeon dépeint une réalité crue, où sont abordés solitude, suicide et difficultés financières. Heureusement, c’est à travers le récit initiatique de notre héroïne que l’espoir subsiste.

La lecture est fluide et rapide, adorablement illustrée par Yoon Yves – bien que les visages rondelets renvoient peut-être trop au monde de l’enfance alors que le texte cherche à s’en défaire. On notera au moins un bémol : alors que notre protagoniste sans nom est particulièrement bien écrite, ses doutes légitimes et son évolution marquante, il est regrettable que l’« antagoniste » soit si peu développée. En découle une résolution un peu abrupte, mais Park Seolyeon réussit à nous laisser avec un profond sentiment de douceur avec ce bel hommage à une figure emblématique de la pop-culture.

En réconciliant magie de l’enfance et monde adulte, Park Seolyeon redéfinit l’image de la magical girl à une époque de crise climatique et économique. Un roman aussi réaliste que fantastique, où la solution miracle n’existe peut-être pas, mais où chacun est capable de faire rayonner la magical girl en soi.


Magical Girl
Park Seolyeon
Illustrations de Yoon Yves
Traduit du coréen par Faustine Thivet et Hye-gyeong Kim-De Crescenzo
Aux Forges de Vulcain, 2026
176 pages, 18 €

A propos

Doctorante en littérature coréenne, j'ai découvert la Corée par la musique et le cinéma en 2010, et l'amour que j'ai pour ce pays n'a fait que s'étendre au fil des années. En termes de littérature, ma préférence va aux polars, drames et autres récits complexes. Ma recherche se focalise sur des thématiques sombres, très présentes dans la littérature contemporaine : mal-être, psychopathologie et mélancolie ; mais cela ne m'empêche pas d'apprécier les histoires plus joyeuses de temps à autre.

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