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Les petits plats de notre grand-mère

Kim Jiyun voit son second roman traduit en français avec une nouvelle promesse dans le paysage healing : le personnage principal est une septuagénaire pleine d’énergie.

Doshirak
L'équivalent d'une lunch box ou d'un bento japonais. Il s'agit de panier-repas composés de riz et de divers accompagnements, généralement prisés par les travailleurs et travailleuses.
DINK
Double Income No Kids (litt. « double salaire, pas d'enfant »). Se dit des couples qui choisissent de ne pas avoir d'enfant.

Couleurs pastelles, façade d’une boutique, petit chat… La couverture ne laisse pas planer le doute : nous sommes bien face à la dernière sortie des Éditions Nami. Après La petite échoppe des jours heureux, Kim Jiyun voit son second roman traduit en français avec une nouvelle promesse dans le paysage healing : le personnage principal est une septuagénaire pleine d’énergie. 

Gumnam est la joyeuse et optimiste propriétaire du restaurant Manna Doshirak. Chaque jour, elle confectionne de généreux doshirak dans lesquels elle prend le soin de cacher des petits messages réconfortants et encourageants, de quoi remplir à la fois les ventres et les cœurs de ses clients. Un jour, elle découvre devant sa porte un nouveau-né. Fidèle à son mantra « see you again », elle est persuadée que sa mère viendra le récupérer et décide donc d’en prendre soin en attendant. 

« Elle qui avait traversé différentes périodes de l’histoire ne souhaitait qu’une chose : vivre comme une sage sans se cantonner au rôle de vieille que la société lui imposait. » (p. 10)

Plus tôt cette année on avait pu se réjouir de la mise en avant dont avaient bénéficié les femmes âgées notamment à travers les nouvelles « Sous un abricotier » et « L’aurore boréale » de Cho Nam-joo ou encore La Bouchère de Kang Jiyoung. Ici, l’autrice se détache du schéma narratif préféré du healing, la trentenaire en burnout, au profit d’une cuisinière d’âge mûre pleine d’énergie et de bonté. Gumnam est un personnage qui essaye d’évoluer avec son temps : elle porte des habits tendance, est fan des États-Unis (et surtout d’Audrey Hepburn) et tente de devenir influenceuse. Mais si le titre laisse présager une lecture réconfortante, Gumnam est à l’image de ses doshirak : à force d’en faire trop, elle finit par craquer elle aussi.

Le healing a cette particularité qu’il permet d’aborder avec légèreté (peut-être un peu trop d’ailleurs) des sujets sensibles et d’actualité comme c’est le cas ici. Abandon et adoption, précarité, timidité, maladie… l’autrice se penche sur tous ces problèmes grâce à la construction-type du genre : une succession de chapitres centrés sur un personnage en particulier. Toutefois, si Gumnam ne met pas de pression sur sa fille DINK pour qu’elle aie des enfants, elle laisse sous-entendre à quel point elle aimerait avoir des petits-enfants. De même, il lui arrive d’être parfois un peu trop brusque dans ses propos, notamment lorsqu’elle s’adresse à Saemal, un sans-domicile, ce qui peut rendre la lecture frustrante. Il en va de même pour certaines résolutions parfois beaucoup trop improbables. 

« Les cheveux blancs de Gumnam étaient la preuve de chaque journée passée à fournir tous les efforts possibles pour survivre, aussi n’avait-elle pas envie de retourner en arrière. Elle ne se sentait pas “vieille” mais “adulte”. » (p. 210)

Encore une fois, ce healing s’inscrit dans un schéma préétabli qui ne laisse quasiment aucune place à la surprise. Toutefois, il tient ses promesses en offrant une lecture réconfortante sur un fond de plats coréens qui donneront forcément l’eau à la bouche.


Les petits plats de notre grand-mère
Kim Jiyun
Traduit du coréen par Marion Gilbert
Nami, 2026, 352 pages, 20,90€

A propos

Titulaire d'une licence LLCER Trilangue Anglais-Coréen à l'Université Aix-Marseille, je suis actuellement en M2 d'Etudes Culturelles à l'Université Paul-Valéry. Passionnée par la littérature et le cinéma, les productions coréennes me permettent d'aimer et de comprendre chaque jour un peu plus ce pays.

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