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La Belle-fille

Lorsqu'une jeune femme brisée se voit offrir l'opportunité de se fondre dans la peau d'une jeune mère de famille fortunée, elle découvre un monde oppressant loin du refuge qu'elle imaginait. Un premier thriller glaçant de Jang Se-ah !

Se reconstruire oui, mais à quel prix ? Peut-on réellement trouver la paix dans le désordre de l’autre ?

Des non-dits, de la tension et des faux-semblants à en rendre le sang glacial, c’est ce que nous propose Jang Se-ah dans La Belle-fille. Dans ce thriller psychologique haletant, l’autrice sud-coréenne nous plonge dans une ambiance des plus étouffantes à travers le destin d’une femme qui cherche à réinventer sa vie. 

Un dimanche matin, dans les rames du train direction Séoul, Jae-young s’apprête à faire une rencontre particulièrement troublante. Le teint blafard, les cernes marqués, la peau violacée, elle est à bout de forces. Son état psychologique ne tenant qu’à un fil, elle est rongée par la peur d’être retrouvée après avoir fui son bourreau qui n’est autre que son ex-compagnon. Démunie, elle quitte tout, laissant sa vie de misère derrière elle, le cœur lourd en direction de la capitale. 

Dans l’habitacle de ferraille, face à cette femme détruite se tient son oxymore personnifié. Une femme naïve, bien habillée, propre sur elle, un bébé dans les bras : la vie d’un côté, la mort de l’autre. Ces deux femmes commencent à échanger dans ce contraste visible. La jeune mère se confie, elle se rend chez sa belle-famille afin de trouver un réconfort que son mari n’a pas pu lui donner, au vu de sa froideur. Cette dernière est prise d’une crise d’angoisse et se met à pleurer à chaudes larmes, son bébé suivant la cadence et ainsi la rame étroite est plongée dans une tempête émotionnelle. Ce concert de pleurs serre le cœur déjà fragile de Jae-young, submergée par l’angoisse à son tour. C’en est trop. Les hurlements de l’enfant résonnent trop fort, Jae-young s’éclipse de la rame, laissant entrer de l’air à gros flots dans ses poumons. 

À son retour, l’enfant est endormi. Restent un sac et une lettre écrite comme un appel à l’aide. La jeune mère abandonne son enfant, se sentant incapable d’en prendre soin et de supporter le poids d’une riche belle-famille. Elle quémande à une âme charitable de prendre soin de l’enfant. Dans le sac, son identité est délaissée. En voyant les papiers d’identité de cette dernière dans le sac, Jae-young comprend la situation. Elle a le choix d’en faire abstraction ou alors de saisir cette opportunité ; une nouvelle identité l’attend à la capitale. 

Jang Se-ah illustre ce huis-clos psychologique en nous offrant une plume incisive et d’une noirceur collant parfaitement à l’ambiance du livre. La détresse des personnages et l’installation du décor projettent les lecteurs au cœur des scènes les mêlant presque à leur tour à ce tourbillon angoissant. Le suspense se présente goutte à goutte, c’est l’essence qui vient remplir le moteur de l’intrigue. 

Arrivée à destination, elle découvre un quotidien à l’opposé de ce qu’elle connaissait déjà. Dans la province de Jeolla, sa nouvelle belle-famille vit entre tradition et cadre somptueux. Elle doit coller à l’image de la belle-fille et ce même si la belle-famille ne l’avait jamais vue. Jae-young doit remplir le rôle d’une mère aimante d’un bébé qui n’est pas le sien et connaître les habitudes de la femme rencontrée dans la rame. Jae-young s’apprête-t-elle à trouver refuge auprès de cette riche belle-famille ou a-t-elle signé le prolongement de son mal être ? La paranoïa de Jae-young donne une raison à ces individus de porter leurs regards inquisiteurs sur elle. Très vite, elle se rend compte que ce manoir n’est autre qu’un grand théâtre dans lequel les masques risquent d’être retirés en plein jour. Est-elle réellement seule à jouer…?


La Belle-fille
Jang Se-ah
Traduit du coréen par Nathalie Serval
Les Presses de la Cité, 2026
315 pages, 21,90 €