Bonui n’est pas une Manieuse comme ses collègues les chasseurs de monstres ; contrairement à ce qui lui était destiné, elle est devenue en grandissant une Clairvoyante. N’héritant pas de pouvoirs semblables à ceux de sa grand-mère, l’illustre présidente de la Korea Monster Agency, la force qui devait apparaître dans ses mains s’est détournée vers ses yeux, lui permettant ainsi de voir et communiquer avec les défunts. Bien qu’elle soit impuissante face aux monstres, sa grand-mère lui a permis de rentrer dans l’agence afin d’enquêter sur ceux-ci, les classifier selon leurs rangs et soit les combattre, soit les préserver. Depuis petite, Bonui est fascinée par les monstres, elle ne les trouve pas effrayants mais magnifiques. C’est la raison pour laquelle elle tente plus que tout de trouver sa place dans la Korea Monster Agency, malgré le fait que ses collègues la repoussent. Bonui n’a qu’un seul objectif : devenir un membre à part entière de l’agence.
Dans ce roman, nous suivons plusieurs enquêtes au fil des chapitres, toutes conclues par un extrait du carnet de note de Bonui, correspondant à l’identification d’un monstre : son origine, son rang, ses caractéristiques, etc. Aussi, ce livre est une véritable invitation à la découverte des créatures du folklore coréen, à commencer par le premier chapitre qui introduit directement la notion de « dokkaebi » par exemple, mais également des très nombreux termes qui interrogeront le lecteur et lui permettront de s’instruire sur les légendes coréennes. L’auteure elle-même précise que ces fameuses créatures sont en majorité tirées du Hanguk Goemul Baekgwa (litt. encyclopédie des monstres coréens) de Kwak Jaesik.
Outre le côté fantastique du roman, ce dernier tend à tourner quelques fois à l’horrifique avec des descriptions de scènes très angoissantes et violentes. Pour autant, il n’est jamais question de dénigrer les monstres ou de laisser croire que leur extermination est nécessaire, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre quand on sait que les protagonistes sont des « chasseurs de monstres ». Évidemment, à cette évocation, on ne peut que penser au phénomène Kpop Demon Hunters, mais le roman tend à s’éloigner de la ligne directive du film par la préservation voire la protection des monstres au sein de l’agence même. Ici, la protagoniste offre un regard particulièrement touchant sur ces bêtes ; elle-même marginalisée, elle les comprend mieux que quiconque. Bonui parvient tout de même à se faire une amie, et surtout une partenaire au sein de l’agence : Jiwoon. Leur relation, tantôt distante, tantôt attachante, reflète l’évolution de ces deux jeunes femmes dans un monde fait de contradictions et où leur juste place est constamment remise en question. Finalement, parviendront-elles à leurs objectifs ? Réussiront-elles à découvrir qui elles sont réellement au-delà du jugement et des conventions ?
« Elle adorait les choses visqueuses, rouges, aux bras et aux jambes indénombrables […] les choses qui tuaient et qui protégeaient. Elle aimait les monstres d’un amour inconditionnel comme on aime les humains. Si ce n’était pas de l’amour, il était impossible de décrire cette affection aveugle et infinie qu’elle éprouvait pour eux. Bonui était née pour les aimer. Elle n’avait jamais remis en question son destin. » (p.69)
Dans ce livre, Bae Yeram nous entraine dans le monde du folklore coréen avec une évidente maitrise de son sujet. Aussi, il est très agréable à la lecture de ne pas simplement lire les termes coréens mais d’apprendre leur signification et ainsi de pouvoir projeter l’image des créatures. Il est notamment fait mention de « Sim Cheong » à de nombreuses reprises, en association avec un monstre marin, parallèlement à l’histoire du célèbre personnage du pansori éponyme.
Récit à la fois initiatique, fantastique, voire horrifique, ce roman offre un véritable voyage dans le temps grâce aux divers paysages de la Corée contemporaine et aux anciennes légendes et contes coréens. Plus qu’un simple divertissement, c’est aussi une réflexion sur le passage à la vie d’adulte et l’insertion dans un monde du travail souvent bien trop cruel, plus que n’importe quel monstre, aussi terrifiant qu’extravagant soit-il.
Korea Monster Agency
Bae Yeram
Traduit du coréen par Johanna Clausse
Éditions Hauteville, 2026
286 pages, 18,95 €
Bonui n’est pas une Manieuse comme ses collègues les chasseurs de monstres ; contrairement à ce qui lui était destiné, elle est devenue en grandissant une Clairvoyante. N’héritant pas de pouvoirs semblables à ceux de sa grand-mère, l’illustre présidente de la Korea Monster Agency, la force qui devait apparaître dans ses mains s’est détournée vers ses yeux, lui permettant ainsi de voir et communiquer avec les défunts. Bien qu’elle soit impuissante face aux monstres, sa grand-mère lui a permis de rentrer dans l’agence afin d’enquêter sur ceux-ci, les classifier selon leurs rangs et soit les combattre, soit les préserver. Depuis petite, Bonui est fascinée par les monstres, elle ne les trouve pas effrayants mais magnifiques. C’est la raison pour laquelle elle tente plus que tout de trouver sa place dans la Korea Monster Agency, malgré le fait que ses collègues la repoussent. Bonui n’a qu’un seul objectif : devenir un membre à part entière de l’agence.
Dans ce roman, nous suivons plusieurs enquêtes au fil des chapitres, toutes conclues par un extrait du carnet de note de Bonui, correspondant à l’identification d’un monstre : son origine, son rang, ses caractéristiques, etc. Aussi, ce livre est une véritable invitation à la découverte des créatures du folklore coréen, à commencer par le premier chapitre qui introduit directement la notion de « dokkaebi » par exemple, mais également des très nombreux termes qui interrogeront le lecteur et lui permettront de s’instruire sur les légendes coréennes. L’auteure elle-même précise que ces fameuses créatures sont en majorité tirées du Hanguk Goemul Baekgwa (litt. encyclopédie des monstres coréens) de Kwak Jaesik.
Outre le côté fantastique du roman, ce dernier tend à tourner quelques fois à l’horrifique avec des descriptions de scènes très angoissantes et violentes. Pour autant, il n’est jamais question de dénigrer les monstres ou de laisser croire que leur extermination est nécessaire, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre quand on sait que les protagonistes sont des « chasseurs de monstres ». Évidemment, à cette évocation, on ne peut que penser au phénomène Kpop Demon Hunters, mais le roman tend à s’éloigner de la ligne directive du film par la préservation voire la protection des monstres au sein de l’agence même. Ici, la protagoniste offre un regard particulièrement touchant sur ces bêtes ; elle-même marginalisée, elle les comprend mieux que quiconque. Bonui parvient tout de même à se faire une amie, et surtout une partenaire au sein de l’agence : Jiwoon. Leur relation, tantôt distante, tantôt attachante, reflète l’évolution de ces deux jeunes femmes dans un monde fait de contradictions et où leur juste place est constamment remise en question. Finalement, parviendront-elles à leurs objectifs ? Réussiront-elles à découvrir qui elles sont réellement au-delà du jugement et des conventions ?
Dans ce livre, Bae Yeram nous entraine dans le monde du folklore coréen avec une évidente maitrise de son sujet. Aussi, il est très agréable à la lecture de ne pas simplement lire les termes coréens mais d’apprendre leur signification et ainsi de pouvoir projeter l’image des créatures. Il est notamment fait mention de « Sim Cheong » à de nombreuses reprises, en association avec un monstre marin, parallèlement à l’histoire du célèbre personnage du pansori éponyme.
Récit à la fois initiatique, fantastique, voire horrifique, ce roman offre un véritable voyage dans le temps grâce aux divers paysages de la Corée contemporaine et aux anciennes légendes et contes coréens. Plus qu’un simple divertissement, c’est aussi une réflexion sur le passage à la vie d’adulte et l’insertion dans un monde du travail souvent bien trop cruel, plus que n’importe quel monstre, aussi terrifiant qu’extravagant soit-il.
Korea Monster Agency
Bae Yeram
Traduit du coréen par Johanna Clausse
Éditions Hauteville, 2026
286 pages, 18,95 €