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La Tombe du cheval

Dans un court roman aussi surprenant que saisissant, Georges Peignard nous parle de deuil, de temps et de renoncement. Une histoire au style envoûtant qui se dévore d'une traite..

Une archéologue en fin de carrière, personnage central et sans nom de cette histoire, est missionnée aux abords de la DMZ pour exhumer le corps d’un cheval, enterré sans que l’on sache pourquoi parmi des soldats de la guerre de Corée. Cette ultime mission survient peu après le décès de la mère de la protagoniste – le deuil se mêle à la fouille et semble hanter chacun de ses gestes. Ses recherches sont perturbées plus encore par les observations d’une jeune anthropologue. Chacune s’accorde à penser que leurs professions sont irréconciliables ; l’une verse dans la surinterprétation jusqu’à l’absurde des vestiges du passé, tandis que l’autre s’adonne au pillage de tombe, sans aucun scrupule. « Vouloir savoir, à n’importe quel prix, piétine les espérances placées en la mort par les vivants d’autrefois. » (p.60) Pourtant, les deux femmes se retrouvent dans leur soif de savoir, dans leur besoin de comprendre ceux qui ne sont plus là.

Georges Peignard brouille les limites du temps et de la mort dans un récit érigé autour d’une amitié sincère entre deux femmes cherchant à aller au-delà des frontières. Quel meilleur emplacement que la DMZ pour construire cette histoire ? Un cadre dont l’auteur profite pour évoquer les séquelles d’un traumatisme qu’on ne peut s’empêcher de scruter, de décortiquer, de creuser dans l’espoir d’y trouver réparation. La frontière devient terre de fantômes, et même le propriétaire de la maison où les deux chercheuses sont hébergées a construit cette dernière sur le sol dont il a été arraché étant enfant : une façon de s’approcher autant que faire se peut de ce besoin de réparation qu’il partage avec elles. « Comme si la demeure elle-même, par sa dilatation, cherchait à regagner de l’espace sur un passé oublié. » (p.73)

 La recherche tourne à l’obsession et se fraie un chemin jusqu’aux songes de l’archéologue, qui rêve de toucher du doigt ce que le temps a pris : « Je me redresserai alors d’un coup, croyant te tenir, et je m’étonnerai que tu n’en fasses pas de même. » (p.58) Comment trouver satisfaction quand on ne travaille qu’avec des souvenirs et des vestiges ? L’archéologue choisit de creuser jusqu’à atteindre, un jour peut-être, l’autre versant de la frontière.

Dans un court roman aussi surprenant que saisissant, Georges Peignard nous parle de deuil, de temps et de renoncement. Une histoire au style envoûtant qui se dévore d’une traite.


La Tombe du cheval
Georges Peignard
Le Tripode, 2026
123 pages, 17 €