Essais Une société en métamorphose

Infocratie

Avec son nouvel essai, Han Byung-chul aborde les systèmes de domination et de contrôle exploitant une liberté illusoire fabriquée par le pouvoir de l'information.

Avec son nouvel essai Infocratie, Han Byun-chul poursuit le but qu’il s’est fixé : démonter les mécanismes de la société libérale et examiner les conséquences de ces mécanismes sur les individus comme sur les groupes. L’essai aborde les systèmes de domination et de contrôle, non plus sous la forme de contraintes, à savoir contrôle et répression, mais au contraire exploitation d’un illusoire liberté fabriquée de toutes pièces par le pouvoir de l’information. La promesse de liberté proposée par un régime informationnel disponible, à la portée de tous, est en réalité fabriquée de toutes pièces par les détenteurs des systèmes d’information concentrés dans un nombre réduit de mains. Ce régime d’information peut désormais se passer des formes les plus dures du contrôle social en exacerbant le sentiment de liberté qu’éprouve chacun quand il n’est pas conscient du quadrillage informationnel dont il est l’objet. Exit le panoptique, puisque chacun peut être le panoptique de soi, exit les formes anciennes de contrôle et de répression, le nouveau régime informationnel facilite la surveillance généralisée, la connaissance intime de chacun (carte bleue, portable, identifiant…) l’auto- surveillance étant par ailleurs promue au rang de surveillance suprême. Sous couvert de service rendu, il est possible de contrôler le résultat de son action quotidienne (le temps de connexion, par exemple). S’appuyant sur le désir de jouissance sans limite ni contrainte, le nouveau régime informationnel facilite l’émergence d’une configuration narcissique du Sujet, le poussant a toujours plus-de-jouir, à sauto-stariser , à créer une véritable entreprise de soi.

Le seul regret que nous pourrions formuler envers cet essai porte sur la double absence, d’une part la propension des individus à croire dans une illusoire liberté et donc à prêter le flanc à la douce dictature dont il est l’objet ; et d’autre part, la friabilité nouvelle des individus privés de sens, de repères et certainement de sacré, laissant la porte ouverte à tous les marchands de bonheur. Un régime quel qu’il soit ne parvient à s’imposer que s’il ne fait pas l’objet d’une attaque en règle, mais aussi quand il correspond à la demande latente de vivre sans contrainte et certainement sans responsabilité de soi.  Au regard du capital de destruction que suppose la liberté sans responsabilité et sans contre-pouvoirs, quand bien même ces derniers sont faibles et donc passablement inopérants, le nouveau régime informationnel semble avoir de beaux jours devant lui.


Infocratie
Han Byung-chul
Traduit du coréen par Olivier Mannoni
Presses universitaires de France, 2023
112 pages, 12€

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