Jeunes Jeunesse

L’illustration dans les albums et les contes

En attendant Maman

Depuis une vingtaine d’années, la production coréenne prend une place importante dans la production générale de littérature pour la jeunesse. Avec Chan-Ok, une maison d’édition dédiée à la littérature coréenne, mais aussi avec Philippe Picquier, Didier jeunesse, Actes sud Jeunesse ou encore MeMo, la lisibilité se fait plus grande.

Nous nous attacherons ici à l’illustration à travers quelques illustrateurs coréens qui nous semblent caractéristiques de cette production. Pour cela, nous nous pencherons sur les albums ou contes qu’ils ont pu illustrer. S’appuyant sur une tradition picturale tout en intégrant d’autres influences venues du monde entier et sur une culture orale importante, la littérature de jeunesse coréenne nous propose un regard sur une civilisation peu connue.

Une nature très présente, l’aquarelle ou les encres souvent utilisées n’empêchent en aucun cas une recherche constante dans la création, dans l’utilisation d’autres techniques comme nous le verrons avec les quelques illustrateurs choisis. Si des illustrateurs comme Kim Dong-seong ou encore Kwon Moon-hee utilisent l’encre et l’aquarelle pour des illustrations travaillées dans la plus pure tradition, au contraire des illustrateurs comme Gyong-Sook Goh se démarquent de cette tradition pour une recherche dans la création et la littérature de jeunesse semble être un formidable laboratoire pour cela.

BAEK Hee-na

Née en 1971, Hee-na Baek a étudié les sciences de l’éducation à Seoul puis l’animation aux Etats-Unis. Elle a été élue illustratrice de l’année à la Foire internationale du livre de Bologne en 2005 à l’occasion de la sortie des Petits pains au nuage. Elle est l’auteur et l’illustratrice de nombreux livres pour enfants en Corée.

Les petits pains au nuage / Hee-na Baek, traduit et adapté par Claire Lanaspre. – Didier jeunesse, 2006.

Par un matin gris et pluvieux qui ressemble à beaucoup d’autres, un petit chat tigré se réveille et jetant un œil par la fenêtre, il aperçoit un tout petit bout de nuage qui semble accroché et coincé dans les branches d’un arbre. Pour éviter qu’il ne s’échappe, il demande, avec son petit frère, à leur maman de l’utiliser comme ingrédient de base pour confectionner des petits pains. Très vite, cette situation somme toute très banale se transforme en une véritable quête onirique…

Les illustrations de Baek Hee-na nous plongent dans un quotidien avec beaucoup d’originalité et de fantaisie, tout en nous donnant l’impression d’une grande proximité. Ce qui frappe à la lecture de cet album c’est le réalisme des scènes, le lecteur est invité à entrer dans cette maison et à vivre avec les personnages leurs aventures. Les mises en scènes et les photographies donnent vie aux illustrations : en effet, les personnages découpés dans des bouts de carton ou de tissu sont placés dans de véritables décors avant d’être photographiés, ce qui les rend criants de vérité. Nous pouvons souligner la finesse des décors, confectionnés dans des chutes de tissus, des cartons ondulés, avec des fils de fer, l’ingéniosité des petits montages-collages qui imitent à la perfection les intérieurs de maison et les paysages d’extérieur. Un véritable travail d’orfèvre. Par ailleurs, les couleurs employées mettent en relief le contraste qui existe entre la tristesse des tons bleu-gris de la météo maussade et du paysage urbain, et la chaleur qui émane de l’intérieur de la maison de la famille des chats et du moelleux des petits pains au nuage. Les mises en scène sont variées. La mise en page est recherchée et diversifiée : doubles pages à fonds perdus, vignettes ou images en médaillon alternent avec bonheur. Le texte se fond parfois dans les illustrations, mêlant des polices de caractère différentes, jouant sur leur taille ou sur leur couleur.

Vous l’aurez compris, cet album est particulièrement inventif sur le plan graphique, il est servi par une histoire toute simple et très poétique.

 

CHOI Jung-in

Elle a illustré des albums comme Le rêve de Myun, Volubilis ou encore La petite fille qui voulait tout.

Princesse Bari / texte de Seung-hee Kim et illustrations de Jung-in Choi, traduit par Yang Jung-hee et Patrick Maurus. – Chan ok, 2007 (publié en Corée en 2006)

Il y a très longtemps, vivait un grand roi, Ogu en Corée. Malgré les mauvaises prédictions, il se marie à l’âge de 16 ans, il n’a aucun fils mais 7 filles. La reine décide de ne pas garder la dernière, qui est abandonnée parce qu’elle n’est pas le garçon tant désiré. Elle survit cependant contre toute attente, grâce à l’aide de deux grues, d’une tortue puis d’un couple de personnes âgées. Les années passent et le roi tombe malade. Nul médicament ne peut plus le soigner. Or ses filles, l’une après l’autre, refusent d’aller chercher l’élixir de vie dans les monts Suyang, là où vivent les gens après la mort. Seule Bari se portera volontaire pour parcourir le monde à la recherche du remède.

Premier travail de Jung-in Choi, elle a utilisé la peinture acrylique et la laque. Les dessins sont soignés et se retrouvent sur des doubles pages et sur des fonds sobres, ce qui donnent une impression de calme et de sérénité, mais aussi de mélancolie. Les couleurs sont somptueuses, le regard et les gestes des personnages emprunts d’une grande beauté.

Conte traditionnel de la Corée, rythmé par les paroles d’une chanson, il invite à une découverte d’une autre civilisation, d’une autre culture. Le texte de Patrick Maurus en fin de volume permet de mieux comprendre les significations de ce conte.

 

GOH Gyong-Sook

Née en 1972 à Séoul, en Corée du Sud, Gyong-Sook Goh a étudié la peinture orientale à l’université de Dankook et le graphisme à l’université de Sookmyoung. Elle a obtenu un prix à la Foire de Bologne en 2006 pour son premier album Flacons magiques. Ses techniques différentes d’un ouvrage à l’autre : gouache, collages, livre animé ainsi que ses mises en page illustrent sa grande inventivité et sa recherche incessante dans la création. Ses grands formats permettent au lecteur d’entrer dans les albums et de suivre facilement les différents personnages.

Flacons magiques / Gyong-Sook Goh. – Seuil, 2007 (publié en Corée en 2005)

A obtenu le prix graphique 2006 à la foire du livre de jeunesse de Bologne

Voici un sorcier coréen, propriétaire d’une fabrique de flacons remplis de formules magiques. Mais il aime particulièrement les blagues et il trouve le moyen de disperser ses bouteilles dans l’épicerie du quartier. Du coup, les enfants et adultes du quartier vont se retrouver face à des situations extraordinaires : un garçon prenant son bain avec un hippopotame grâce au gel douche « Hipp hipp », dans la bouteille de chocolat se cachent deux pingouins, dans le pot à lait, un éléphant… Bref, une belle panique….

Sur un beau papier épais, les grandes illustrations à la gouache pleine page très colorées avec de gros coups du pinceau de l’illustratrice. Elles alternent avec des pages noires où de petits dessins à la craie blanche sont dessinés. Des caches, tout simples et découpés en forme de bouteilles, animent cette histoire amusante et surprenante. Un album enchanteur et magique ! Un vrai plaisir de lecture.

Le voyage de Moungchi / Gyong-Sook Goh, traduit par Sungyup Lee. – Memo, 2008 (Publié en Corée en 2007)

Moungchi a fait tellement peur à Tante Surprise, qu’elle en est tombé malade. Une seule solution pour la guérir : il doit traverser sept montagnes peuplée chacune par un fantôme fantaisiste et se laisser guider par d’étranges habitants pour trouver le remède magique. . Il est guidé par son livre, Le Secret du pays de Sept Montagnes, indispensable, car chaque fantôme propose une requête un peu particulière que Moungchi doit satisfaire avant de pouvoir aller de l’avant !

Les illustrations de Gyong-Sook Goh sont, encore une fois, tout à fait surprenantes. Le grand format de l’ouvrage permet de mettre en valeur les couleurs et la stature des personnages. Chacun d’entre eux occupe la belle page avec le texte en vis-à-vis orné d’images. Fantaisie et naïveté sont les maîtres mots d’un album réussi.

Ces deux albums révèlent un esprit de recherche et de créativité sans cesse en éveil. Esprit que l’on retrouve dans C’est moi ! / trad. du coréen par Sungyup Lee. –MeMo, 2010 ou encore dans Mon atelier des couleurs – Voici à quoi ressemble mon atelier. Entre ! / écrit par Ho Baek Lee , trad. du coréen par Sungyup Lee. – MeMo, 2009.

 

Kang Hye-sook

 

Le chariot des saisons / texte et illustrations de Hye-sook Kang, traduit par Lim Yeong-Hee et Françoise Nagel. – Chan-ok, 2010 (Publié en Corée en 2008).

Un prince vit heureux avec son chien, entouré d’arbres dont il prend bien soin. Surgit alors un oiseau noir blessé, chargé de transporter le soleil et garantir ainsi la course des saisons. Le prince se voit alors confier cette mission, avec son char, il va devoir transporter le soleil pour la tournée des douze étoiles.

Les illustrations sont somptueuses. Inspirées des mandalas bouddhistes, elles abondent de détails. Occupant la belle page avec un texte en face, très discret, elles sont véritablement mises en avant d’autant plus qu’une large place est laissée au blanc du papier, particulièrement lorsqu’elles sont dans un cercle. Elles sont inscrites dans un carré tant que le personnage se trouve sur la terre puis découpées dans un cercle dès qu’il visite une étoile. Tout est soigneusement maîtrisé avec une grande virtuosité et un immense talent. Le lecteur aura plaisir à découvrir le jeu des couleurs traditionnelles, les motifs et les différents détails que l’on dirait travaillés à la manière de la dentelle et avec une grande finesse. Ces illustrations donnent l’envie d’observer, de compter, de trouver les objets et les personnages dans l’image, mais aussi de comprendre la cosmogonie et l’art coréens. Une initiation est d’ailleurs disponible en fin d’ouvrage.

S’inspirant d’une légende coréenne et de l’art pictural, cet album nous fait découvrir un aspect de la civilisation coréenne.

 

KIM Dong-seong :

Né en 1970 à Pusan, il a étudié les Beaux-Arts à Hong-Ik en 1995. Il est licencié en Peinture asiatique de la célèbre Hongik University. Ses illustrations (encre et aquarelle) sont toujours empreintes d’une grande douceur, elles revêtent parfois une certaine nostalgie d’un temps où la nature avait une place bien plus importante.

 

Le chant du ruisseau / texte de Chae In-sun, illustrations de Kim Dong-seong, trad. du coréen par Jung-hee Yang et Patrick Maurus. – Chan Ok, 2009 (Publié en Corée en 1998)

Sônmi part pour une promenade à vélo avec son oncle : partant de la ville pour arriver dans le passé au temps où le ruisseau n’était pas recouvert par une route. Si les illustrations montrent au départ un décor très urbain et moderne, chargé d’enseignes lumineuses bariolées, de boutiques et de voitures, au fur et à mesure de la balade, elles se transforment en paysage arboré avant de redevenir un décor urbain. Un fondu aux teintes chaudes avec quelques traits d’encre permet le passage de la ville au passé. Et le lecteur entre avec Sônmi et son oncle dans un autre temps, un temps où existaient encore le ruisseau, les rizières, un grand saule, bref une sorte de paradis perdu. La nature est ici bien présente : forêt, ruisseau, écrevisse, vairons…avec des couleurs sombres ou très chaudes. Les illustrations sont d’une grande douceur, d’une profondeur et d’une légèreté à la fois, elles donnent envie d’aller se promener dans cette forêt-là, de suivre le cours du ruisseau…

Echo / Joo-Hong Lee et Dong-Seong Kim, trad. par Kette Amoruso. – Le p’tit paquet, 2006 (Publié en Corée en 2001)

Doli est un petit garçon triste. Il vivait avec son père et sa sœur au fin fond de la montagne. Mais il y a peu, sa sœur de 15 ans est parti se marier à la ville, contre son gré. Depuis, Doli est seul… avec pour seul ami son écho, puis le jeune veau de la vache qui vient de mettre bas

Des illustrations à l’encre, qui font penser à des estampes, aux tons beiges, bruns et un peu de vert, pour découvrir la Corée rurale, une certaine douceur, mais aussi la douleur de la séparation.

En attendant maman / LEE Tae-jun, illustrations de KIM Dong-sung, traduction et adaptation de Michèle Moreau. – Didier, 2007 (Publié en Corée en 2004)

Haut comme trois pommes, un bambin marche jusqu’à la station de tramway et attend. « Ma maman, elle est dans le tram ? » demande-t-il inlassablement aux chauffeurs qui entrent en gare. Le récit, à l’écriture poétique et à la structure répétitive, progresse sur un rythme à trois temps. Les illustrations montrent le Séoul des années 1930. Sur des doubles pages aux teintes douces, se retrouvent véhicules et voyageurs indifférents à ce petit bambin. Les scènes sont dessinées d’un trait fin à l’encre de Chine, elles plongent le lecteur dans la vie citadine de l’époque, pendant que des paysages aux tons fondus bleu, vert et jaune évoquent encore une fois la campagne avec beaucoup de douceur.

 

Les fleurs sauvages / texte de Lim Gil-taek ; illustrations de Kim Dong-seong ; traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nage. – Chan-Ok, 2010

Bo-sun est une élève qui arrive souvent en retard avec en guise d’excuse des bouquets de fleurs, Monsieur Kim a toujours vécu en ville, mais son premier poste d’enseignant l’a conduit dans ce petit village de campagne. Cet instituteur veut comprendre le retards et absences de Bo-sun et décide de se rendre chez elle et de rencontrer sa famille. Le trajet qu’il fera sera véritablement un voyage initiatique qui lui permettra de découvrir et de comprendre la vie simple et au contact de la nature que mène Bo-sun.

Une atmosphère de plénitude, de douceur de vivre imprègne largement cet album grâce à des illustrations d’une grande finesse : des planches un peu sombres qui s’éclairent peu à peu avec les fleurs jusqu’à l’explosion de jaunes iris qui occupent presque une pleine page, un sous-bois où de minuscules fleurs sont minutieusement dessinées, des pages nocturnes avec une multitude d’étoiles…

Le paradis d’Oneuli / texte de Ho-sang Cho et illustrations de Dong-seong Kim. – Chan-ok, 2007 (Publié en Corée en 2003)

Une petite fille Oneuli, (qui signifie Aujourd’hui) ignorant jusqu’au jour de sa naissance, s’en va vivre parmi les hommes. Mais en grandissant, elle désire retrouver ses parents. Elle part donc à la recherche de ses origines, aidée de créatures enchantées (serpent, fée) et rencontrant sur sa route différents personnages qui lui poseront des questions …

Les illustrations, tout en nuances de vert, de gris et de brun, sont peintes à l’encre de Chine et à l’aquarelle et s’étalent sur les doubles pages. Les personnages sont de taille réduite perdus dans des paysages grandioses.

KIM, Jae-hong

Né en 1958 en Corée, Kim Jae-hong a étudié à l’université de Hongik à Séoul. Il a écrit et illustré de nombreux livres en Corée, notamment Enfants de la rivière qui a remporté le prix international du livre Espace enfants en 2004.

Dans les bois / texte et illustrations de Jae-hong Kim. – Picquier, 2007 (2000)

Saemi, petite fille de la ville est en vacances à la campagne chez ses grands-parents, elle ne connaît personne et s’ennuie. Elle décide de se rapprocher des enfants du village, mais se perd en chemin dans les bois. ..

Les illustrations sont très belles avec une unité de tons dans les verts et les marrons, et montrent une maîtrise parfaite des techniques de dessin. Le lecteur peut s’amuser à trouver « cachés  » dans les images différents animaux et insectes : geai, pie, scarabée, criquet, lièvre, lézard et d’autres encore ! Pour s’aider et découvrir le nom exact de l’animal, un petit récapitulatif avec les animaux surlignés est présent à la fin de l’album.

Le peintre Kim Jae-Hong nous entraîne avec son héroïne dans les paysages d’une forêt magique où se cachent des animaux ou des insectes. Un jeu à la découverte des formes cachées au fil des pages illustrées, mais aussi une belle façon de regarder plus attentivement les détails des peintures.

Le parapluie vert / texte de Dong-jae Yun et illustrations de Jae-hong Kim, texte français de Michèle Moreau. – Didier, 2008

Yeong, en route pour l’école, remarque assis contre un mur, un mendiant. Il pleut averse et enfants et commerçante se moquent de lui. Bouleversée, la petite profite de la récréation pour déposer son parapluie près du vieil homme trempé par la pluie afin qu’il s’abrite.

Un texte elliptique, des illustrations puissantes dans une palette de gris et de bruns terreux griffés de stries blanches que deux taches lumineuses (jaune pour le vêtement de Yeong et vert pour le parapluie) viennent éclairer. Le travail graphique narratif donne toute sa force à l’album : il n’y a pas besoin de beaucoup de mots, tout est dit dans l’illustration.

 

KIM Sung-Min

 

Frère lune et sœur soleil / Sung-Min Kim, trad. du coréen par Noëlla Kim. – Le sorbier, 2010 (Publié en Corée en 2009)

Cette version coréenne du Petit Chaperon rouge était présente dans le recueil de contes paru chez Syros dans la collection « Le tour du monde d’un conte ». Ici, l’ennemi n’est pas le loup mais le tigre qui n’a rien à envier au loup cruel. Il croque la mère et espère manger les enfants…

Sun-Min Kim a utilisé pour illustrer cet album la technique de la gravure sur bois, puis il a enluminé les gravures de couleurs à l’aquarelle. Les paysages de nature enneigée sont réalisés avec des contrastes noir et blanc, les branches des arbres forment un entrelacement. Sur ces décors se détachent les personnages et le tigre. Tandis que les personnages des enfants sont de couleurs discrètes, le tigre ressort dans sa robe fauve éclatante et montre toute sa puissance, son pouvoir et sa férocité.

Une belle illustration d’un conte traditionnel coréen où dans le tigre le lecteur européen reconnaîtra sans peine le loup du petit chaperon rouge ou celui du loup et les sept chevreaux. Personnage mythique par excellence, on le retrouve dans de nombreux contes et albums coréens.

 

KWON, Moon-hee

Moon-hee Kwon was born in Seoul in 1965 and graduated from the department of Oriental painting at Seoul National University.Moon-Hee Kwon est née à Séoul en 1965 et est diplômée du département de la peinture orientale à l’Université nationale de Séoul. She is quite famous for her paintings expressing her true feelings. Elle est célèbre pour ses peintures exprimant ses vrais sentiments. Elle utilise pour ses illustrations les techniques propres à la tradition : encre de chine pour tracer les contours sur un papier très absorbant et encres diluées de couleurs différentes.

Le fils du tailleur de pierre / Moon-hee Kwon, texte français de Claire Lanaspre et Michèle Moreau. – Didier jeunesse, 2008 (Publié en Corée en 2007)

Lorsque son ami lui demande s’il exercera le métier de son père, le fils du tailleur de pierre s’indigne, il ne veut pas devenir tailleur de pierre comme son père. Une joute verbale s’ensuit et chacun des deux enfants rivalise d’imagination (vent, nuage, souris…) jusqu’à la pirouette finale qui termine avec beaucoup d’humour cet album.

Cette histoire malicieuse, tirée d’un chant traditionnel coréen, est un mélange de sagesse et d’humour, de réalisme et de rêverie, elle est d’une étonnante modernité.

Les illustrations en double page sur un papier crème expressives et en même temps minimalistes, les couleurs aquarellées (camaïeu de gris, jaune ou bleu), le texte grisé accompagnent un dialogue enfantin savoureux.

Tigres à la queue leu leu / Moon-hee Kwon, traduction française de Noëlla Kim et Jean-Marie Autenen. – Quiquandquoi, 2008 (Publié en Corée en 2005)

Pendant que les garçons du village cultivent la terre, le jeune héros dort. Il ne se lève que pour manger et faire ses besoins. Jusqu’au jour où sa mère excédée lui ordonne de se mettre au travail, il creuse alors un trou, le remplit de crottes, y sème quelques graines de sésame, attend la pousse de l’arbre, fait de ses graines une huile dont il enduit un chien… le piège pour capturer les tigres de la région dont la peau peut être vendue très chère est fin prêt. Un conte traditionnel coréen où le jeune héros utilise la bêtise du tigre.

Sur les doubles pages couleur crème, un dessin expressif aux contours flous donne une grande puissance : on rit beaucoup à la lecture de ce conte. Le format à l’italienne permet de suivre avec bonheur cette aventure. Les vignettes et commentaires inscrits dans des bulles constituent de petits récits parallèles qui ponctuent le texte.

 

KWON Yoon-duck

Née en 1960 à Osan, en Corée, Yoon Kwon-duck d’abord étudié le design industriel. She began to write and illustrate her own picture books in 1993 after searching for books for her son. Elle a commencé à écrire et à illustrer ses livres d’images propres en 1993, après la recherche de livres pour son fils. She has since studied fine brushwork painting (gong bi hua), traditional Asian landscape painting, and Buddhist painting. Elle a voyagé avec son conjoint en Chine afin d’étudierla philosophie orientale et la peinture. Elle a appris la peinture au pinceau fin (gong bi hua), la peinture traditionnelle paysage asiatique, et la peinture bouddhiste.

Ma maison en Corée / Yoon-duck Kwon, traduit du coréen par Noëlla Kim. – Le sorbier, 2008 (Publié en Corée en 1995)

Man-hee, petit garçon coréen, est tout content de faire découvrir sa nouvelle maison. Il s’improvise guide le temps d’une journée et invite le lecteur à le suivre dans les différentes pièces qui constituent l’habitation de ses grands-parents. De retour de l’école, il s’empresse d’aller saluer ses grands-parents dans leur chambre pour qu’ils lui racontent les histoires de leur jeunesse. Il rejoint ensuite sa maman qui prépare le dîner dans la cuisine, puis il s’aventure sur la terrasse où s’entassent d’immenses jarres, dans le jardin de grand-mère ….

Kwon Yoon-duck invite le lecteur à partager le quotidien d’une famille coréenne, où trois générations cohabitent en harmonie.

Les illustrations d’une grande finesse et d’une douceur fourmillent de détails et accumulent les couleurs réalisées au crayon pastel. Elles racontent à merveille la culture coréenne : les postures des personnages, les décors de la maison (panneaux muraux, meubles et vaisselle), le jardin où poussent les fleurs et le potager. Une belle invitation à découvrir cette culture.

Mon chat fait tout comme moi / texte et ill. de Kwon Yun-deok. Traduit par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel. – Picquier jeunesse, 2007 (Publié en Corée en 2005)

Le chat est un animal très affectueux qui exprime son affection d’une façon assez particulière.

Une jeune enfant attend le retour de sa mère. Et pourquoi ne pas jouer avec son chat ? Celui-ci imite sa jeune maîtresse dans chacune de ses actions dans un premier temps. Et si on inversait les rôles ? Le chat montre à sa maîtresse son monde, son univers bien à lui. Il est joueur, coquin, mais aussi rassurant.

Dans cet album, chaque élément du décor est minutieusement dessiné. Les illustrations aux couleurs variées et aux divers motifs (représentations des fleurs, des tissus par exemple) révèlent un véritable travail d’orfèvre. Le contour des personnages est souligné par un trait un peu grossier, ce qui les détache du décor. Les expressions et les attitudes du chat sont particulièrement bien rendues. Après avoir refermé le livre, vous ne regarderez plus votre chat du même œil.

 

Lee Mi-ae

 

Le bon fils et le tigre sans sourcils / Byeong-ho Han et Mi-ae Lee, traduit par Laurence Bourguignon. – Mijade, 2007 (Publié en Corée en 2000)

Il était une fois un fils qui habitait avec sa mère dans une petite maison. Il était bucheron et même s’ils avaient à peine de quoi vivre, ils étaient heureux. Un jour, la mère tombe malade. Et le médecin ne voit qu’un sel remède capable de la guérir : les sourcils d’un tigre vivant.

Un voyage dans la Corée traditionnelle, sur les traces d’un animal vénéré, craint et admiré avec des illustrations double page très colorées où l’on voit ce tigre féroce de transformer face à la vertu du fils, prêt à donner sa vie pour sauver sa mère.

 

LEE Suzy

Née en Corée en 1974. Elle a étudié les arts appliqués à l’université nationale de Séoul. En 2000, elle suit des cours au Camberwell College à Londres, section illustration. Elle a déjà publié plusieurs livres en Corée, mais également en Italie et en Espagne en tant qu’illustratrice, mais aussi en tant qu’auteur. Elle a participé à plusieurs expositions et a été sélectionnée pour celle des illustrateurs à la Foire du livre pour la jeunesse de Bologne en 2002.

La revanche des lapins / Suzy Lee. – La Joie de lire, 2003

Premier ouvrage paru en France. Album sans texte, à lire et à relire.

Une camionnette, un conducteur, marchand de glaces, un lapin gisant sur le dos et l’histoire peut commencer…La nuit venue, des lapins, venus on ne sait d’où, accourent de tous les côtés, ils sautent devant la camionnette, ils lui barrent la route, ils se jettent violemment sur le pare-brise et obligent le chauffeur à freiner brusquement. Les lapins tiennent leur revanche.

Les images sont d’une grande finesse et très fortes, les plans champ / contre champ se succèdent, les cadrages et les effets sont de nature à vous faire peur. On ne distingue que ce qu’éclairent les phares ; le reste, dans le noir, ajoute à la peur, au mystère…

Zoo sans animaux / Suzy Lee. – Actes sud junior, 2008 traduction de Noëlla Kim (Publié en Corée en 2004)

Dans ce zoo, les cages et les bassins sont vides et les enclos sont désertés par les animaux. Pourtant le public est bien présent et se presse dans les allées et prend même des photos. Quand surgit un paon aux couleurs vives, la narratrice le suit et commence alors pour elle et pour le lecteur une promenade multicolore et pleine de fantaisie. Deux récits parallèles aux tonalités contrastées se développent : le décor désolé du zoo vide et les animaux en liberté qui jouent avec la narratrice.

Pour les illustrations aussi, deux types se succèdent : les gris et bleus sourds représentant ce décor désolé et du coup les personnages maussades et tristes et les couleurs vives représentant les animaux en liberté et le personnage joyeux de la narratrice. Le lecteur hésite entre rêve et réalité. Quel monde est le vrai ?


Lee Uk-bae

Né à Yongin en 1960. Il a obtenu un diplôme en sculpture de L’Ordre des beaux-arts à l’université Hongik. Il est défini comme un peintre qui met l’accent sur les émotions du peuple coréen.

Sori et la lune d’automne / Uk-bae Lee ; traduit du coréen par Noëlla Kim. – Syros, 2007 (Publié en Corée en 1995)

Dans cet album, Uk-bae Lee raconte Chuseok : la fête des récoltes qui est célébrée chaque année mi-septembre « afin de remercier les ancêtres pour l’abondance des récoltes ».

Dans la ville, tout le monde se prépare à partir pour son village natal. Sori est sa famille prennent le bus, comme beaucoup d’autres citadins, afin de rejoindre le village. Les retrouvailles familiales à peine terminées, il faut songer à la fête : célébrations, offrandes, cortèges jusqu’au tombeau des ancêtres, et autres danses dans le respect des rites traditionnels.

Le format à l’italienne de l’album associé aux illustrations pleine page, rend compte du voyage de Sori et de sa famille. Il offre une vision panoramique semblable au cinémascope et plonge le lecteur dans des paysages ou dans des décors très fouillés où l’oeil circule et s’attarde. Il permet également de rendre compte du cheminement des personnages. Les illustrations sont fourmillantes de détails : une véritable découverte de la vie quotidienne en Corée, où tradition et modernité, campagne et ville, passé et présent se retrouvent autour d’une fête nationale. Un album dépaysant.

 

PARK Chul-meen

Né en 1966, vit à Séoul et travaille comme illustrateur free-lance. He graduated from Oriental Painting Course of Chugye University for the Arts. Il est diplômé du Cours de peinture orientale de Chugye Université des Arts

Le lièvre et le roi-dragon / texte de Yeong-hee Lim et illustrations de Chul-meen Park. – Chan-ok, 2010

Un lièvre particulièrement rusé, une tortue naïve qui veut sauver de la mort le Roi-dragon et un foie reconnu remède miracle qui peut être extrait du corps du lièvre à volonté : voici les ingrédients de ce conte décliné sous de nombreuses formes.

Dans cet album, les illustrations sont une réussite totale : camaïeus et harmonie des couleurs, aquarelles et encres utilisées dans la pure tradition, finesse du trait et graphisme. La mise en page participe également à la dynamique de cet album : illustrations pleine page, sur la belle page ou sur la fausse page se succèdent.

 

RYU Je-soo

Après une formation d’art à l’université, il commence une carrière d’auteur illustrateur. Ses illustrations s’ancrent dans la tradition graphique coréenne.

Le parapluie jaune / Ryu Je-soo. Album accompagné d’un CD : pièces pour piano de Shin Dongil. – Mijade, 2008

Album sans texte. Une tache jaune, une tache rouge et une tache bleue dansent : ce sont des parapluies, vus du dessus, qui entrent en scène l’un après l’autre ! Et l’on pense immédiatement à Petit Jaune, Petit bleu de Léo Lionni. Page après page, des parapluies rejoignent le cortège. Aux trois couleurs primaires s’ajoutent les couleurs secondaires puis tertiaires…Le cortège grossit, il remplit même une page, quel beau ballet de couleurs chaudes ou ternes qui se côtoient …jusqu’à la conclusion.

Un album très rythmé, accompagné par un CD : un ensemble de pièces pour piano que l’on peut écouter en suivant les illustrations ou une fois le livre refermé, afin de revivre le ballet des parapluies.

 

SA Suk-won

 

La pie, le tigre et le lapin / texte de Ji-hyun Lee et Suk-won Sa, traduction de Noëlla Kim et adaptation de Françoise Pommet. – Passage pietons, 2007 (Publié en Corée en 2006)

«… aux temps très anciens où les tigres fumaient la pipe » vivait une pie qui élevait ses quatre petits. La pie sacrifie un à un ses oisillons au tigre pour sauver sa couvée. Il ne lui reste en qu’un seul. Heureusement un lapin passe par là ….

Si ce conte est bien dans la tradition coréenne, il garde cependant une portée universelle. Les animaux stéréotypés (tigre stupide, lapin rusé) ont leurs correspondants occidentaux (grand méchant loup, rusé renard) et l’on ne peut s’empêcher de penser à certaine scène du Roman de Renart.

Les grandes illustrations satiriques réalisées au pinceau souple, d’un geste rapide, sont imprégnées de l’imagerie populaire. Les contours noirs des motifs avivent les couleurs. Certaines flamboient (rouge, jaune), d’autres explosent (bleu, vert, rose) ou se fondent les unes dans les autres pour donner du relief au paysage, de la densité aux fonds, de la matière aux pelages. Le peintre a envahi l’espace de la page, faisant surgir le tigre, tête en avant, comme un masque géant et glissant entre ses griffes le lapin aux formes enfantines. Les lecteurs frissonnent, puis se réjouissent. Grandes images dynamiques satyriques

 

TAK Hye-jeong

 

L’escalier où le chat m’attend / Yi Sang-hui et illustrations de Tak Hye-jeong, traduction de Lim Yeong-hee et Françoise Nagel. – P. Picquier, 2008. (Publié en Corée en 2003)

Après l’école, une petite fille monte un grand escalier abrupt qui la conduit vers sa maison. Elle fait de nombreuse découvertes : fourmis, une barette égarée, « Petit-Caillou-Qui-Fait-Des-Bleus », cela change tous les jours. Arrivée en haut, assise près de son chat, elle contemple la ville et son école.

Les illustrations sont réalisées avec des aquarelles très douces, aux tons verts et roux, la nature est omniprésente : fleurs, arbres, vent, animaux, parfums… et le lecteur ne peut que s’émerveiller.

Ceci n’est qu’une petit tour d’horizon très subjectif de la richesse de l’illustration coréenne. Tous ces albums font découvrir au lecteur un nouvel univers, de nouveaux paysages, ainsi qu’une façon de vivre et de penser différente. Oscillant entre tradition et modernité, ils nous offrent un regard différent de ce que nous avons l’habitude de regarder : beaucoup de poésie, une nature et des animaux occupant une grande place. Le voyage vaut le coup, alors pas d’hésitation….embarquement immédiat !

Nadine Foissac, Médiathèque Ceccano, Avignon.

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