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Et si le ciel n’était pas rond ?

Le ciel n’est pas rond ?! Fake new ou perspective d’avenir ? Dans un monde presque englouti, découvrez les aventures d’une drôle de grenouille : elle s’appelle Gaby ; l’auteur du livre, c’est Muka, et c’est son deuxième titre publié par Alice éditions !

Voici un album très inspiré : du dessin d’animation, des dessins animés des années 90 pour la forme, des contes d’Andersen et de la culture coréenne pour le fond. L’opposition entre une apparence très moderne, née de l’utilisation du numérique, et la référence culturelle à une société repliée sur elle-même éveille aussitôt notre intérêt. Quel est donc le propos de l’auteur ?

Dès les premiers contre-plats, son style graphique est au service d’un dessin évocateur des anciens villages coréens et situe le contexte. De ce monde, d’aucuns n’imaginent pas pouvoir s’extraire, c’est un puits, un cratère, entouré de falaises infranchissables. Un monde clos donc, refermé sur lui-même comme une mythique ancienne Corée. Rien de déprimant pour autant : le récit, initiatique, met en scène des grenouilles anthropomorphes aux bouilles expressives très sympathiques, et qui feront bien rire les enfants. Les illustrations de couleurs vives et acidulées brossent le portrait de l’univers préservé de la petite communauté, isolée depuis qu’une catastrophe naturelle l’a coupée du reste du monde. Les plus jeunes n’ont rien connu d’autre, et Gaby, le héros de l’histoire, croit que le ciel a la même forme que l’embouchure du cratère : ronde ! L’arrivée accidentelle et fracassante d’un oiseau blessé, symbole de liberté et d’évasion comme dans l’histoire de Poucette coincée sous terre avec Monsieur Taupe, va ouvrir l’horizon et faire naître des rêves d’aventure et des désirs de voyage. L’album se conclut sur un ensemble de vignettes plutôt dans le style d’une BD, « Les aventures de Gaby en voyage », et séduira sans aucun doute les jeunes lecteurs ; ils reprendront volontiers la lecture de l’album pour s’attarder sur les détails imaginés par Muka pour décrire ce petit monde. D’un texte sans surprise poétique naît pourtant une perspective d’avenir pour tous les jeunes gens « coincés » dans un univers limité et idéalisé : le récit prend alors à une toute autre dimension. La morale de l’histoire pourrait être qu’il ne faut pas craindre de partir, même en prenant des risques, pour aller voir ailleurs : après tout, l’herbe y sera peut-être vraiment plus verte ? L’album récréatif de Muka serait-il finalement un récit éducatif ? En tous cas, il faut le lire.


ET SI LE CIEL N’ÉTAIT PAS ROND
MUKA
Alice, coll. jeunesse, 48 pages, 13 €.

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