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Princesse Bari

Avec cette réécriture d’une légende traditionnelle, l’illustre Hwang Sok-yong nous offre un récit cru, aussi difficile que nécessaire.

Dernière de sa fratrie – une septième déception pour le père qui n’attendait qu’un fils –, Bari tient son nom d’une légende : celle d’une princesse abandonnée, destinée à sauver les siens. Elle passe les premières années de sa vie dans un certain confort grâce au poste de son père, et démontre très tôt des aptitudes particulières, héritées de sa grand-mère. Mais voilà que la grande famine sépare la petite famille ; Bari se retrouve bientôt seule à errer par-delà la frontière, de la Chine à l’Angleterre.

Ce récit entre cruelle réalité et onirisme salvateur touche aux thèmes chers à l’œuvre de Hwang Sok-yong : la Corée du Nord d’abord, et sa triste Histoire de terreur et de famine dans les années 1990. Forcée à l’exil mais guidée par ses dons chamaniques, Bari côtoie la violence et la mort sans jamais se départir de son humanité. Chaque frontière traversée est un apprentissage : sur les conditions de vie des réfugiés, sur l’entraide, sur l’injustice. Une fois n’est pas coutume, Hwang Sok-yong nous offre un récit cru, aussi difficile que nécessaire.

Sa plume dure et poétique ne fait que confirmer sa place parmi les grands écrivains contemporains – son œuvre est une littérature de l’engagement, du peuple et des traditions.

« Ma petite Bari, nous avons des habitudes vestimentaires et culinaires différentes, nos modes de vie ne sont pas les mêmes, mais l’Univers est un. » (188)

À la fois épopée initiatique et récit multiculturel, Princesse Bari est, à l’instar d’un autre roman de l’auteur – Shim Cheong, fille vendue –, une réécriture crue d’une légende traditionnelle. En auteur engagé qu’il est, Hwang Sok-yong se fait témoin des horreurs de ce monde. Pourtant, les pérégrinations de sa jeune protagoniste nord-coréenne malmenée par la vie seront autant de leçons sur la foi et la résilience : face à la douleur, nous sommes égaux.


Princesse Bari
Hwang Sok-yong
Traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
Zulma, 232 pages, 10,50€

A propos

Doctorante en littérature coréenne, j'ai découvert la Corée par la musique et le cinéma en 2010, et l'amour que j'ai pour ce pays n'a fait que s'étendre au fil des années. En termes de littérature, ma préférence va aux polars, drames et autres récits complexes. Ma recherche se focalise sur des thématiques sombres, très présentes dans la littérature contemporaine : mal-être, psychopathologie et mélancolie ; mais cela ne m'empêche pas d'apprécier les histoires plus joyeuses de temps à autre.

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