
Pour les élèves français et françaises, septembre marque le début d’une nouvelle année scolaire, entre l’excitation de retrouver leurs pairs et la flemmardise de devoir étudier à nouveau. Pour leurs homologues sud-coréen.nes, c’est le début du second semestre, la rentrée se faisant au mois de mars. Mais alors pourquoi notre protagoniste du jour se retrouve dans un nouvel établissement à la fin des vacances d’été ?
Victime de harcèlement dans son ancien collège après avoir défendu une de ses camarades, Sori choisit de retourner vivre chez son père. Pas facile pourtant de prendre un nouveau départ quand les traumatismes font de cette jeune fille extravertie et courageuse une collégienne anxieuse et réservée… Tandis qu’elle peine à s’intégrer aux autres, Sori trouve sous son bureau une lettre anonyme contenant une carte de l’établissement, un trombinoscope de la classe et un tas d’anecdotes sur ses professeurs. Le Saint-Graal pour la collégienne ! Plus surprenant encore, un indice vers une deuxième lettre se trouve en post-scriptum. Débute alors une chasse au trésor méticuleusement élaborée par un mystérieux ancien élève…
Toute personne familière avec la Corée du Sud sait à quel point le harcèlement, scolaire notamment, est un véritable problème de société. Selon le sondage le plus récent, 2,9 % des 3,9 millions d’élèves interrogés ont déclaré avoir été victimes de violence à l’école*. Un chiffre édifiant. C’est donc tout naturellement que ce sujet est devenu une thématique récurrente dans les œuvres sud-coréennes, comme dans le roman adolescent Les Biscuits. La production la plus retentissante de ces dernières années reste incontestablement le K-drama The Glory. Mais loin de la violence graphique et de la vengeance consommatrice abordées dans ce dernier, Cho Hyeon A choisit de lutter contre le harcèlement scolaire avec douceur et magie.
En effet, les éditions Milan inscrivent ce manwha dans la même veine que Le Château solitaire dans le miroir, dont l’histoire suit un groupe d’élèves harcelés qui se lie d’amitié dans un monde magique accessible en traversant le miroir de leur chambre. Dans Tes Lettres, la magie se dévoile avec plus de parcimonie, et quasi exclusivement à travers le personnage de la concierge-sorcière Kim Sunyi. Cela dit, les éléments fantastiques sont les bienvenus, comme la marque d’une jeunesse dont l’innocence préservée autorise encore l’émerveillement malgré la violence.

De même, tout comme le roman japonais, l’autrice fait un éloge de l’amitié en réponse au harcèlement et à ses conséquences sur l’estime de soi. Pilier central du récit, elle explore presque toutes les configurations : amitié fille-garçon, fille-fille, garçon-garçon, d’enfance, fortuite ou préméditée. Si on prend plaisir à découvrir la naissance et le développement de l’amitié entre Sori et Dongsun, le duo Dongsun-Hoyeon est peut-être le plus touchant. Les liens intenses qui lient les deux garçons nous font d’ailleurs penser aux lycéens Yeon Si-eun et Ahn Su-ho du K-drama Weak Hero Class 1. À travers ces personnages, l’autrice s’affranchit des distinctions de genre classiques pour se placer purement à hauteur de jeunes élèves : filles comme garçons pleurent, doutent et s’isolent mais aussi s’arment de courage, s’émeuvent et se lient d’amitié.
Aux côtés de Dam of the forest et Moon et Iro, Tes Lettres semblent fortifier la ligne éditoriale des éditions Milan concernant leurs manhwas destinés à un jeune lectorat : derrière les couleurs pâles, les traits enfantins et la douceur se cachent des thématiques plus profondes. Difficile de comparer les chiffres d’un pays à l’autre (les paramètres pris en compte étant différents), mais selon des statistiques du gouvernement, environ 6 % des collégiens et collégiennes seraient victimes de harcèlement en France*. Encore une fois, un chiffre inquiétant. Le sujet est pourtant assez peu abordé dans nos productions culturelles. Pour pallier ce manque, il n’est pas inintéressant de se pencher sur les œuvres qui nous viennent de la Corée du Sud, comme ce manwha très réussi.
Tes Lettres
Cho Hyeon A
Traduit du coréen par Claire Lair
Éditions Milan, 264 pages, 15,90 €

0 commentaires sur “Tes Lettres”