Jeunes Jeunesse Petits

Les albums de CHAE In-sun

Sourtout ne sors pas, n'ouvre pas
Surtout ne sors pas

Surtout ne sors pas

Lapinou est bien prévenu : sa maman part au marché, et il ne doit pas commettre d’imprudence ! sinon, gare au loup ! Il ne doit ni sortir, ni même ouvrir la porte, il doit attendre sa maman, bien sagement.

Seulement voilà, les petits lapins peuvent être intrépides, et ce Lapinou-là ne s’en laisse pas conter : il attend le loup de pied ferme, bien décidé à ne pas se laisser faire, et il prépare son balai !

Las, ce loup terrible, cette terreur des mamans poules, ne daigne pas se déplacer pour un petit Lapinou, même téméraire.

Qu’à cela ne tienne : « Puisque c’est ça Loup, je viens te chercher ! » crie Lapinou. Et le voilà parti à la recherche de son ennemi, pour le provoquer et, on imagine, le ratatiner. Or, lorsqu’il toque à la porte de la petite maison derrière la colline, c’est une toute petite voix qui répond, un peu tremblante : en fait de Grand Loup, c’est un Loupinou un peu craintif qui ouvre la porte au lapin. Sa maman lui a fait la leçon : « Et surtout, ne sors pas, n’ouvre pas ! »

C’est ainsi que commence une grande aventure où les compères vont s’enhardir et braver ensemble le danger. Ils rencontreront sur leur route Tigrou , et aussi un petit garçon, Dami, et continueront leur chasse aux Grands Méchants, s’affranchissant des préventions parentales en découvrant l’amitié, l’entraide et la responsabilité.

Une jolie leçon de courage… pour les parents, qui renouvelle le genre du conte éducatif. Une belle leçon d’humanité sur la découverte de l’autre .

Une histoire dont l’illustration répond à merveille aux émotions des petits : fond noir pour l’attente dans l’obscurité inquiétante, gigantisme des figures de la peur, comme dans un théâtre d’ombres, expressions des visages des petits héros travaillées, toujours partagées entre l’appréhension et la détermination. A cela s’ajoute le bonheur des formules que l’on répète, à chaque nouvel épisode, et qui renforcent dans l’histoire l’aspect « comptine » qui provoque émotion et rires salvateurs.

Le chant du ruisseau
Illustrations de Kim Dong-seong
Traduction de Yang Jung-hee et Patrick Maurus
Chan-ok, pour les Editions Flammarion

Le chant du ruisseau

C’est une plongée dans le monde du souvenir d’enfance que nous propose là Chae In-sun. L’album débute abruptement par un texte introductif et des portraits à la fois modernes et intemporels des deux personnages, la petite Sônmi et son oncle qui revient de l’armée et lui propose une balade à vélo. Ces portraits non cadrés, comme posés près du texte, lui confèrent une proximité, une intimité bien chaleureuse. Tout est dit : l’illustration de Kim Dong-seong est au texte ce que le souffle est à la vie.

Et, sans plus attendre , les voilà partis. Le texte évoque la lente progression de la bicyclette dans les rues animées et bruyantes dont les images nous sont immédiatement données, précises, colorées, envahissantes. Avec cette petite silhouette du vélo, chargé de deux âmes qui se cherchent.

« Ici, autrefois, il y avait un ruisseau… » L’oncle et sa jeune nièce partent à la recherche de ce ruisseau, ils roulent, sortent de la ville, roulent plus loin, jusqu’aux champs, jusqu’à la montagne. Le récit s’égrène, lentement, paisiblement au rythme des tours de roue. Le vélo « danse » et « le vent agite (leurs) cheveux ». Le paysage change, comme un no man’s land, et puis, c’est la forêt.

Ils passent un long moment auprès du ruisseau retrouvé, les mains dans l’eau glacée, à la recherche des vairons, et des écrevisses. Ils partagent les pommes de terre cuites sous la cendre. Ils rient de leurs visages noircis. Ils se promènent, ils cheminent dans la forêt.

Sônmi s’égare-t-elle sous les grands arbres ? Son oncle est là, tout près pour la rassurer, comme un élément intemporel d’une nature qui ne peut pas complètement disparaître. C’est comme un secret qu’ils partagent, une complicité entre eux et avec la nature : l’enfance a besoin de points d’ancrage, de repères affectifs, que l’adulte retrouve comme autant de marques d’identité, d’histoire personnelle. Ainsi se tissent les liens.

Le soleil se couche quand ils reprennent la route : il ne faudrait pas inquiéter la maman de Sônmi. La lumière se fait dorée et peu à peu l’obscurité pousse l’oncle à pédaler un peu plus vite, sur la route qui recouvre l’ancien ruisseau. Mais le secret est bien gardé : ni l’oncle ni Sônmi ne parleront de « leur » ruisseau, et le cœur réchauffé par une tendre complicité, ils peuvent rejoindre en zigzaguant, la maison de Sônmi, au cœur de la ville endormie : l’image se teinte de ces gris et jaunes, qui sont les couleurs des rues sombres , puis, dans un travelling poudreux, dont les bords s’attardent comme l’écume des vagues, l’aventure s’achève.

Une page de conclusion, dont le texte est en italiques comme celui de l’introduction, évoque la suite de l’histoire, et la promesse tenue qui s’étire encore aujourd’hui comme un mince fil : si le ruisseau a tout perdu, enfoui sous le béton et l’asphalte, Sônmi et son oncle en gardent le souvenir comme une trace dans leur corps et dans leur cœur, d’où il ne pourra jamais s’effacer.

Hymne à la nature, hymne à la vie, communion entre l’homme et la nature , il y a tout cela dans ce récit, si simple et pourtant si riche et si évocateur. Chae In-sun dit l’avoir écrit et réécrit avant d’en être satisfaite, mais le rythme lent de la bicyclette, le chant ténu du ruisseau, la fraîcheur pure du courant bercent ensemble le lecteur et l’accompagnent doucement au pays des souvenirs enfouis. Chae In-sun a tout réussi.

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