Critiques Littéraires Essais

Introduction à la littérature coréenne du XXe siècle.

Introduction à la littérature coréenne du XXè siècleVoici donc à destination d’un large public, un panorama historique de la création littéraire de Corée du Sud au XXe siècle, à l’exception notifiée des auteurs passés ou restés au Nord[1] . Compte-tenu du format restreint de l’ouvrage, il s’agit plutôt d’une mise en appétit. Loin de l’étude détaillée de Cho Dong-il et Daniel Bouchez[2] , ou des préfaces et notices biographiques lumineuses de Patrick Maurus dans sa collection Lettres coréennes[3], l’ouvrage présente les évolutions thématiques, mais très peu formelles,  de la production littéraire générale, dans un cadre chronologique, en se référant aux grands genres, roman, poésie,  et plus succinctement, théâtre : références ou réactions à la colonisation japonaise,  à la guerre de Corée ; à l’industrialisation au pas de charge sous la dictature militaire et à ses conséquences sur les plus humbles, sur la société coréenne, à la transformation des valeurs et l’irruption du consumérisme… La littérature s’est à la fois développée et renouvelée au XXe siècle, mais les influences ou les rejets qui ont façonné cette nouvelle expression sont très peu abordés. Il faudra se reporter à l’analyse de Jeong Myeong-kyo pour en apprendre davantage sur l’assimilation de l’influence occidentale et sur « la naissance d’une esthétique originale (qui se saisit) de la texture innée de la langue coréenne »[4].  Les œuvres citées ne sont pas toutes traduites. Le lecteur averti ciblé par cette opportune publication en février 2016, année France-Corée où la littérature coréenne fut l’invitée privilégiée de  Livre Paris,  retrouvera les auteurs-phares connus en France, les romanciers Hwang Sok-yong et Oh Jung-hi, les poètes Ko-un et Yi-Sang, la poétesse Kim Hye-soon. Les bouleversements formels de cette époque  avaient été étudiés  par Patrick Maurus dans les derniers chapitres de L’histoire de la littérature coréenne  [5], mais  l’expansion de la traduction d’auteurs de ces vingt dernières années en France, aux éditions Zulma, Picquier, Atelier des Cahiers, Decrescenzo, Bruno Doucey pour la poésie, Serge Safran, Philippe Rey, etc., mériterait aujourd’hui un travail critique sur ces auteurs, du fait de leur diversité et du  renouvellement que cette traduction  atteste du vaste corpus de la littérature de la Corée du sud.

Les auteurs de cette « Introduction » avaient la volonté de répondre à ce « désir de littérature coréenne » que le critique Jeong Myeong-kyo croit voir naître dans les sociétés occidentales, et particulièrement en France[6]. Mais Jeong révèle aussi le désir coréen – ou s’agit-il de celui des auteurs eux-mêmes ? – d’atteindre le statut de littérature mondiale, lisible et compréhensible au-delà de l’Asie, qui s’exprime dans cette production littéraire des vingt dernières années[7]. L’histoire du dernier renouveau de la littérature coréenne reste donc à écrire. Comme le souhaite dans la postface Hervé Péjaudier, à qui l’on doit toute la découverte en France du théâtre coréen[8], c’est peut-être encore du côté des traducteurs que viendra la lumière.

[1] P.8
[2] Histoire de la littérature coréenne des origines à nos jours. Fayard,2002.
[3] Lettres coréennes, collection des éditions Actes sud depuis 1989.
[4] Un désir de littérature coréenne, « La littérature coréenne dans le contexte de la littérature mondiale et de la traduction. »Decrescenzo éditeurs, 2015, p.23.
[5] Parue chez un éditeur universitaire: Coll. Littérature des cinq continents, éditions Ellipses, 2005.
[6] « La littérature coréenne dans le contexte de la littérature mondiale et de la traduction. » dans Un désir de littérature coréenne, Decrescenzo éditeurs, 2015.
[7] Man Booker Prize 2016 à Han Kang, pour son roman « La Végétarienne », traduit aux éditions Le Serpent à Plumes, 2015.
[8] Avec Han Yumi, il reçoit le Prix culturel France-Corée en 2000.


INTRODUCTION À  LA LITTÉRATURE CORÉENNE DU XXe SIÈCLE,
DE YI NAM-HO, YI KWANGHO, U CHANGE et KIM MIHYON.
Traduit du coréen et annoté par CHOI Mikyung et Jean-Noël JUTTET.
Éditions Imago, 172 pages, 21 €.

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