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Écrits du silence

À travers ses mémoires, la reine coréenne appelée Dame Hyegyeong retrace son enfance, son entrée au palais et les années difficiles durant lesquelles elle dû se battre pour y garder sa place.

L’éditeur Imago et sa collection Scènes coréennes publient pour notre plus grand plaisir des textes coréens classiques. Cette fois-ci, c’est un texte de Dame Hyegyeong Écrits du silence, mémoires d’une reine de Corée, qui est publié, un monument de la littérature classique, élaboré d’après la version de l’universitaire Jung Byung-sul. Dame Hyegyeong entre à la cour royale en 1744 à l’âge de 9 ans pour se marier au prince héritier Sado, le même qui connaîtra une bien triste fin après une vie de débauche et de folie, condamné à être enfermé dans un coffre à riz dans lequel il mourra étouffé, après une longue agonie. Elle devient veuve en 1762 et pour défendre la mémoire de son mari, rédigera pendant une dizaine d’année ces mémoires qui eux, portent sur une cinquante d’années. Une femme seule à la cour royale on imagine combien il fut difficile de tenir ce rang dans la société de l’étroit confucianisme que fut la dynastie Joseon. C’est avec conviction et énergie qu’elle parviendra à conduire son fils jusqu’au trône.

Écrit sur le tard, ce texte destiné à défendre la mémoire de son défunt mari commence par la petite enfance de la reine, les circonstances dans lesquelles elle entre au Palais. C’est un tableau de la royauté entre 1735 et 1805 qui est ainsi élaboré, une période ; une fois de plus troublée ; de la Corée (Courant d’innovation philosophique, nouvelle période de christianisation, début de la présence étrangère…). Il n’était pas commode d’être femme, quand bien même cette femme est la reine, et les premières pages décrivent la vie difficile d’une jeune fille mariée à un prince dont les crises plongent le Palais dans l’émoi. Régulièrement conspué par son père auprès duquel il ne trouve aucune grâce, le prince Sado multiplie les crises, jusqu’à en devenir fou : « Par la suite le prince ne parvient plus à maîtriser la fureur qui l’habitait et c’est ainsi qu’il commença à frapper des eunuques » (p. 148). Et lorsqu’on avertira son père que son fils tue des gens au palais, le roi répondra « Il avait une blessure au cœur  » . L’année 1762 date de sa mort, c’est une longue description de la descente aux enfers du prince qui est faite, jusqu’à sa mort (p. 186 et suivantes). Une série de malheurs frappera la reine, au point que celle-ci se demandera à quoi bon vivre (p. 219). Chaque mémoire retrace les petites trahisons, les turpitudes, les mises à l’écart, les meurtres dont la cour est coutumière. Ainsi, ces souvenirs constituent une illustration historique de la vie royale,  de la fin du 18e et du début du 19e siècles, illustration non seulement intéressante, mais indispensable à la connaissance de cette période qui amorce le siècle des grands changements en Corée.

Signalons l’énorme travail des traducteurs et la présence d’un appareil critique fort utile à la compréhension du texte.


Dame Hyegyeong, Écrits du silence, mémoires d’une reine de Corée
Traduit du coréen par Han Yumi et Hervé Péjaudier
Éditions Imago, 384 pages, 25€

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