Fiction

Fictions coréennes

fictions coréennes imageRares sont les pays à avoir connu en un peu moins d’un siècle 40 années d’occupation étrangère (par le Japon, de 1905 à 1945), 3 années de guerre fratricide entre le nord et le sud (de 1950 à 1953) qui entraîna une division territoriale, idéologique, culturelle et linguistique (au point que les deux Corées oeuvrent à la rédaction commune d’un dictionnaire de la langue coréenne). La guerre de Corée achevée, une dictature militaire allait s’installer pendant près de 30 ans, plongeant le pays dans une situation où la privation des libertés publiques accompagnait la modernisation de l’économie, sur fond de « rénovation idéologique » des consciences. Le pays allait sortir à marche forcée de la grande pauvreté qui l’étreignait. Les coréens travaillèrent dur pendant cette période de dictature mais ils ne furent pas majoritaires à profiter de l’effort national. Cette époque d’arbitraires multiples allait marquer le pays d’une façon durable.

Naturellement, la littérature épousa les contours de cette histoire, tantôt en creux, tantôt en relief. Les débats sur le rôle et le statut de la littérature firent rage, témoignant ainsi d’une vitalité peu commune. Dans cette période 1970-1990 des œuvres majeures naquirent, telles Notre héros défiguré, L’hiver cette année-là, de Yi Munyol (1987), Ce paradis qui est le vôtre, de Yi Cheong-jun (1976), La place, de Choe In-hun (1976), ou encore Monsieur Han de Hwang Sok-yong (1970), pour les œuvres traduites en français.

La démocratie survint dans les années 1990, et dans son sillage, la consommation de masse. De nouvelles mentalités, de nouveaux goûts esthétiques, de nouvelles formes d’expression artistique allaient rapidement suivre, le pays s’ouvrit à son environnement, les coréens se mirent à voyager et la culture traditionnelle, jusqu’alors confinée aux limites étroites du pays s’en trouva profondément modifiée. Une nouvelle génération d’auteurs apparut et avec elle des œuvres affranchies de la sombre histoire coréenne. Avec ces auteurs, toujours qualifiés de « jeunes », une littérature plus proche des tendances mondiales allait éclore et dans le même temps sonner le glas de la littérature réaliste. Des œuvres d’une grande richesse thématique et stylistique allaient se côtoyer, sans jamais s’affronter, le débat sur le rôle de la littérature faiblissant en corée comme ailleurs.

Si la littérature avait subi dans ses thèmes, dans ses débats politiques, dans ses sources d’inspiration la pression des évènements historiques, elle allait rapidement s’affranchir de l’histoire. Autrefois souvent commentatrice des périodes douloureuses, elle n’aura désormais plus qu’une lointaine ressemblance avec sa consoeur des années noires.

Il est certainement plus facile de réunir que d’unir des auteurs comme Kim Ae-ran, Lee Seung-U, Eun Hee-kyung ou Yi In-seong. Des nouvelles, genre littéraire dans lequel excellent les auteurs coréens, mais aussi des extraits de romans, des poèmes ou encore un article sur la littérature coréenne vous donneront une idée de ce que produisent de mieux les auteurs coréens aujourd’hui. Bien entendu, le présent volume n’a pas la prétention à l’exhaustivité. La littérature classique coréenne est toujours aussi peu traduite, tout comme les œuvres de la période précédant 1960. Il en est de même aujourd’hui : des jeunes auteurs comme Baek Ka-eum, ou Kim Tae-yong ou le poète Kang Jeong ne sont pas encore traduits, et cette absence rend malaisée une représentation exhaustive de la « jeune » littérature coréenne.

Avec ces textes, le lecteur se fera sans doute une idée plus précise de la littérature de ce pays qui ne cesse de surprendre. Autrefois, « pays ermite » coupée du monde, d’une extrême pauvreté, la corée prend place aujourd’hui dans le groupe des nations influentes. Bien que ne jouissant pas des effets de l’habile soft power coréen, la littérature coréenne prend le chemin, elle aussi, de la littérature mondiale.

Au sommaire : KIM Ae-ran (Cours, papa, cours. Les Goliath aquatiques) ; KIM Jung-hyuk (La bibliothèque des instruments de musique. Bouclier de verre) ; EUN Hee-kyung (L’héritage), LEE Seung-U (Le regard de midi) ; HAN Kang (Pars,le vent se lève) ; YI In-seong (Sept méandres pour une île) ; JEONG You-jeong (Les nuits de sept ans) ; KIM Hyesoon (Un verre de miroir rouge).


FICTIONS CORÉENNES
Collectif
Présentation par Jean-Claude de CRESCENZO
Decrescenzo éditeurs, 318 pages,12 €.

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