Chroniques Jeunesse Memoria

Ma sœur Mongsil

L'histoire touchante d'une fillette contrainte d'élever seule sa sœur bébé, dans un pays déchiré par la guerre.

Guerre de Corée
Les deux constitutions datent de 1948, à la suite d'un échec d'élections libres.

Ma sœur Mongsil fait partie de ces romans qui peuvent être lus dans la famille, des grands-parents aux petits-enfants, autour d’une veillée. Ce roman, un best-seller en Corée dont on a tiré un film télévisé, a fait fondre le cœur de plusieurs générations de Coréens. Aujourd’hui encore, des lecteurs adultes parlent de ce livre, une larme à l’œil. Il résume toute la douleur de la Corée pendant et après la guerre (1950-1953). Ce livre émouvant nous laisse deviner les meurtrissures d’un pays déchiré dans une guerre de deux pays autrefois unis, une guerre civile. En 1950, la Corée à peine devenue Corée du Nord envahit « l’autre » Corée à peine devenue Corée du Sud. La guerre va durer trois ans, et Américains, Chinois et Russes à un degré moindre, vont s’en mêler. Le pays tout entier sera rapidement dévasté (la technique américaine de bombardement y étant pour beaucoup). Comme toujours en temps de guerre, les plus pauvres prennent de plein fouet le manque de nourriture, les maisons aux toits défoncés, l’insécurité, le manque de tout.

Mongsil, une fillette de douze ans est contrainte d’élever sa petite sœur qui vient de naître. Sa maman est partie avec un autre homme que son père, et sa deuxième mère meurt en couches, laissant le bébé Nan-nam à la charge de sa grande sœur. Deux fillettes seules au monde dans un pays en guerre. Le père absent, parti à la guerre, Mongsil, sa petite sœur sur le dos, doit chercher chaque jour de quoi se nourrir, parfois d’une poignée de riz mais le plus souvent d’une poignée d’orge, que Mongsil amollit dans sa bouche pour nourrir sa petite sœur qui refuse de boire du lait. Et quand elle ne trouve rien, quand personne ne lui fait cadeau d’une poignée de millet, Mongsil mendie. Le roman narre les déboires de cette pré-adolescente, contrainte de faire preuve d’ingéniosité et de malice pour parvenir à ses faims (sommes-nous tentés d’écrire). On croise dans le roman, la maladie, la mort, les arrestations arbitraires, mais aussi la bonté, la générosité, au Nord comme au Sud, la solidarité, les bons côtés de la vie communautaire. Si la guerre apprend aux humains à rester vivants, elle demeure incompréhensible aux enfants. Pour ces derniers, le courage qui leur permet de tenir le coup, devient une leçon pour adultes et enfants contemporains. Ce livre, magnifiquement illustré par Lee Chul-soo, reste une leçon de survie en temps modernes.

Pour quelles raisons faut-il lire ce livre ?

Pour se faire une idée de ce qu’a pu être la guerre de Corée vécue par une fillette, la recherche quotidienne d’une maigre pitance, de lait pour sa petite sœur bébé ou à défaut céréales bouillies et pilées, tout en dormant sur une natte de paille dans une maison au toit écroulé. Pour la solidarité populaire, quand certains tout aussi affamés que d’autres, partagent leur maigre pitance, souvent une poignée de céréales. Et les questions des enfants sur l’étrangeté d’une guerre qui divise les gens d’un même peuple.

L’auteur et le succès de Mongsil

Kwon Jung-saeng est né en 1937, d’une famille pauvre dans un bidonville de Tokyo. À cette époque, la Corée est occupée par le Japon. Après la Libération, il rentre en Corée mais tombe rapidement malade de la tuberculose. Il mène une vie misérable, habite souvent sur les marches des églises jusqu’en 1969 où il se met à écrire des contes pour les enfants. S’écartant des thèmes traditionnels de la littérature enfantine, Kwon Jung-saeng s’appuient sur la réalité de l’Histoire, sans jamais faire l’impasse sur les conditions de production sociale des évènements historiques. L’auteur ne choisit pas entre les responsabilités du Nord ou du Sud. Ses personnages sont le plus souvent des enfants vivant dans le dénuement, handicapés, solitaires, à qui arrivent les pires aventures et qui s’en sortent toujours à force de persévérance. Tout en menant une vie très modeste, l’auteur écrit beaucoup, obtient beaucoup d’argent, mais vit avec frugalité. Croyant sincère et pratiquant dévoué, il aide tous ceux qui se trouvent dans le besoin. À sa mort en 2007, il laisser un testament dans lequel il lègue sa fortune aux enfants déshérités, de Corée du Nord ou d’Afrique. Dans la région d’Andong où il vivait, un musée et une fondation lui sont dédiés.


Ma sœur Mongsil
KWON Jung-saeng
Traduit par PARK Mihwi et Jean-Claude DE CRESCENZO
Decrescenzo Editeurs, 200 pages, 18€

Roman de Kwon Jung-saeng présenté par son co-traducteur. Le trailer est visible ici.

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