Rencontres

Livre Paris 2016 : Bribes de rencontres

Kim Jung-gi et Jean-David Morvan : opération chèque-lire.
Jeudi 17 mars, 11h30, stand du Centre National du Livre.

KIm Jung-gi
Le dessinateur KIM Jung-gi

C’est dans le cadre d’une opération chèque-lire(1) que l’amphithéâtre du Centre National du Livre proposait une rencontre avec le scénariste de bande dessinée Jean-David Morvan et le dessinateur Kim Jung-gi, qui ont réalisé ensemble la bande dessinée Spy Game (Glénat). Tandis que le scénariste Jean-David Morvan explique la genèse de l’oeuvre, l’illustrateur coréen, Kim Jung-gi s’affaire sur une grande feuille blanche, disposée pour l’occasion. Le public, essentiellement composé de collégiens, assiste au spectacle de l’artiste à l’ouvrage. Kim Jung-gi esquisse les personnages de Spy Game, avec spontanéité, précision et rapidité. Pas de croquis, il sait où il va. «Quand je dessine, j’ai déjà une idée très claire de ce que je vais faire », explique t-il. La jeune assistance, curieuse, est bluffée par la maîtrise du feutre de Kim Jung-gi. L’intervention se conclut sur les questions des jeunes spectateurs : Quel genre de stylo utilise t-il ? Pourquoi a-t-il voulu être dessinateur ? Quels autres artistes l’ont inspiré ? Quelles sont les armes représentées ? Des interrogations simples, auxquelles Kim Jung-gi se fait un plaisir de répondre.


(1) « Des chèques d’une valeur de 12 € sont distribués aux écoliers et collégiens, en priorité originaires de Réseaux d’éducation prioritaire. Cette opération s’inscrit dans l’engagement du CNL de promotion du livre et de la lecture auprès du jeune public »

 

Richesse et diversité de la bande dessinée coréenne.
Jeudi 17 mars, 17h, Square BD

Les auteurs de manhwas Park Kun-woong, Hong Yeon-sik, Ancco, Park Kyun-geun et Christelle Pécout se sont réunis au Square BD. Outre la dimension artistique, les invités ont surtout abordé les thématiques de leur production. Liberté d’expression, violence sociale et institutionnelle, rapport au passé et à l’histoire du pays… Le manhwa constitue un média tout aussi intéressant que le roman pour exprimer les angoisses et les préoccupations des artistes. Dans Mauvaises filles, la dessinatrice Ancco traite par exemple d’une violence qu’elle a connue, à l’école ou à la maison. Park Kun-woong, auteur de Je suis communiste, rapporte également les problèmes auxquels il a dû faire face en Corée du sud, en raison du titre provocateur de son album. La démocratisation qui s’est opérée dans les années 90 n’a pas été simple, des problèmes subsistent. Les auteurs réfléchissent à un passé oublié, au cours du développement économique et tous s’accordent sur l’importance de chaque point de vue individuel. «Mais qu’en est-il de la bande dessinée humoristique ? », demande un jeune homme dans l’assistance à la fin de la rencontre. En effet, elle a été oubliée dans la sélection du salon, mais elle existe bien, le rassure-t-on.

bande dessinnée coréenne
Au micro : PARK Kun-woong

 

Pourquoi le mal ? Si Dieu a créé le meilleur des mondes possibles (Leibniz), quelle est la raison du mal ? Est-il une conséquence incomprise de la providence divine ou le fruit maudit du libre arbitre humain ? Cette question abrupte, sur laquelle s’affrontaient Voltaire et Rousseau à propos du tremblement de terre de Lisbonne en 1755, continue d’interroger les fondements de nos actes.
Vendredi 18 mars, 12h, Square Religion.

 

Au centre : LEE Seung-U
Au centre : LEE Seung-U

C’est autour de ces interrogations que les auteurs Fabrice Hadjadj, Slimane Rezki et Lee Seung-U, étaient invités à réfléchir sur le Square Religion de Livre Paris. L’œuvre de Lee Seung-U est souvent marquée par une certaine préoccupation pour les questions religieuses. L’auteur le rappelle : la Bible est pour lui un ouvrage de référence incontournable, qui nourrit sans cesse ses textes. Lee Seung-U a ainsi soulevé la question de l’époque, du contexte dans lequel se situe le mal dont il était question. Il y a une relativité de l’éthique, selon lui. Il faut comprendre la psychologie de l’homme, le contexte socio-culturel dans lequel il évolue et enfin, la dimension transcendantale de l’individu, une part de mystère complémentaire et nécessaire. On vit dans un monde de désir extrême, l’essentiel vise à une compréhension de l’existence et une démystification du mal.

 

La société des personnages : le roman est un microcosme qui concentre les langages d’une époque, mêlant des éclats de voix à des parcelles d’espace. Qu’est-ce qui relie un écrivain à un territoire ? Que signifie habiter le monde en l’écrivant ?
Vendredi 18 mars, 14h, Square Savoir & Connaissances

Dans son roman Les planificateurs (éditions de l’aube), Kim Un-su décrit à travers une entreprise d’assassins, une société de l’accélération. La modernisation de la Corée en une cinquantaine d’années s’est accompagnée de l’obsession pour la vitesse. Une vitesse qui ne s’arrête jamais.

Le romancier KIM Un-su
Le romancier KIM Un-su

Meurtres et assassinats sont nombreux dans la modernisation, au sens figuré comme au sens propre, car la quête du bénéfice entraîne une cupidité sans bornes ni scrupules. « Pourtant, chaque créature a son propre rythme de respiration, explique Kim Un-su. Le rythme de la grenouille, de la baleine et de l’homme sont bien différents. Or, l’homme a perdu son rythme naturel dans la modernisation, l’urbanisation massive et la quête infinie de croissance.

Quand on écrit on prend le temps, on retrouve notre rythme de respiration naturel ». Ainsi, l’écriture et la lecture génèrent pour Kim Un Su une forme de résistance, face au rythme de vie effréné qui régit son pays.

 

 

La langue, dernier espace de résistance :« Le langage continue-t-il d’être la raison d’être de la littérature ? Et la littérature, et avec elle les écrivains, a-t-elle encore assez de force et de crédit pour dire le monde ? »
Samedi 19 mars, 16h30, stand du Centre National du Livre.

La poétesse KIM Hyesoon
La poétesse KIM Hyesoon

C’est autour de ces interrogations que le romancier Yi In-seong et la poétesse Kim Hyesoon étaient invités ce samedi après-midi. Kim Hyesoon s’exprime la première : elle situe sa langue dans une forme de chaos, de destruction. La langue lui permet d’anéantir la violence qu’elle perçoit dans les mots. Il s’agit pour elle de se perdre dans la langue pour ressentir le message. « Quand j’écris, j’essaie d’accepter l’autre et de me regarder de manière extérieure ». Yi In-seong aborde la question avec plus de pragmatisme. Il a fait ses débuts dans l’écriture sous la dictature, comme nombre de ses confrères. À cette époque, le roman est bel et bien un mode de résistance. De nouvelles problématiques découlent de cet usage. Puisqu’on utilise le langage comme arme, ne serait-il pas important de réfléchir à sa modification ? Par ailleurs, les problèmes sociaux jouent un rôle sur le processus d’écriture d’un artiste, quelle que soit la nature de son engagement. Ainsi, volontairement ou non, la langue demeure un espace de résistance.

 

Ce qui nous hante : un dialogue franco-coréen. Deux écrivains partagent leurs interrogations sur les formes que prennent nos terreurs.
Dimanche 20 mars, 12h30, stand de l’ Institut Français.

« Est-ce que, en tant qu’auteur, on écrit sur ce qui nous hante ? » Voici la question posée par Yann Nicol sur le stand de l’Institut Français. Pour Lee Seung-U, l’écriture est liée à une urgence momentanée. Selon la période, l’angoisse projetée dans les textes d’un écrivain varie. Reprenant la formule de Mario Vargas Llosa, Lee Seung-U explique qu’il ne recherche pas de thèmes pour ses œuvres, ce qui s’accumule en lui finit par exploser et par se constituer en œuvre. Cependant, certaines angoisses sont bien récurrentes. Par exemple, la recherche du père (ce que l’on retrouve dans Le regard de midi). Il y a une constance chez les personnages du romancier : ils sont toujours en quête de « quelque chose », pour combler un manque.
Lee Seung-U aborde ensuite de manière plus générale ce qui hante la société coréenne. Suite à leur passé historique troublé, les Coréens cultivent aujourd’hui une forme de prudence, de colère, voir même de lâcheté. Une peur de l’autre, qui provient d’une peur de soi. On projette ce qu’on redoute en nous. L’auteur exprime enfin sa gratitude à l’égard de la littérature : elle lui a permis de surmonter son passé, de se délivrer d’une histoire qui lui semblait insurmontable.

 

La société est-elle un roman noir ? En restituant des sociétés en déliquescence, le polar s’est toujours posé comme un outil d’analyse du réel. La réalité est-elle aujourd’hui en train de dépasser la fiction ? Et le polar, comment rend-il compte de ce monde en crise ?
Dimanche 20 mars, 15h, stand du Centre National du Livre.

Au centre avec le micro François Angelier. À sa gauche JEONG Yu-jeong, à sa droite KIM Young-ha.
Au centre avec le micro François Angelier. À sa droite JEONG You-jeong, à sa gauche KIM Young-ha.

 

François Angelier lance la rencontre sur le surnom de « Stephen King coréen », dont Jeong You-jeong a été gratifiée par un journal allemand. Le présentateur est interpellé par ce qualificatif, et commence par demander à l’écrivain comment elle le considère. Jeong You-jeong reconnaît bel et bien Stephen King comme un maître spirituel. Pour elle, il manifeste une angoisse intérieure dans son récit, un élément qu’elle cherche également à reconstituer dans Les nuits de sept ans. Elle s’intéresse avant tout au chaos humain, à la mort et la nature de l’homme, car plusieurs concepts et contradictions se débattent en l’homme. Et le thriller offre la possibilité de montrer les coulisses du mal. L’intrigue des Nuits de sept ans se base sur un fait divers qui est réellement survenu en Corée et qui a choqué un pays où le taux de criminalité est assez bas. Quant à Kim Young-ha ? Il lui revient de conclure la rencontre : « Je ne sais pas très bien pourquoi j’ai été invité à cette intervention. En Corée, je ne suis pas du tout considéré comme un auteur de roman noir. Je suis surtout venu parce que je me suis dit que ça allait faire vendre mes livres. (rires) Mais c’était vraiment passionnant, merci ! »

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