Chroniques Une société en métamorphose

K : Tout sur la popculture coréenne !

Pour satisfaire la soif de Corée des jeunes lecteurs, Mathieu Rocher publie un guide plein de couleurs et de fantaisie !

© Mathieu Rocher/La Martinière Jeunesse 2024

De Mathieu Rocher, on se souvient de Japop’ : tout sur la popculture japonaise !, somme ludique et savante des détails de la culture pop du Japon, à travers les mangas, les animés et les jeux vidéo. Sa verve d’autodidacte érudit, émaillée de jeux de mots et d’humour potache est à l’honneur dans ce nouvel opus sur le Soft Power à la coréenne, ou comment un petit pays conquiert le monde grâce à ses artistes qui accompagnent le président de la République lors de voyages officiels !

Pour séduire le jeune public, voici donc un petit ouvrage coloré, auquel la couverture un peu fade ne rend pas justice, mais où la photo est reine, à la manière d’un reportage que les multiples textes brefs insérés dans des cartouches constellent adroitement, comme une pluie de flashes d’info sur des points clés, rapides à lire et qui mis bout à bout font en apparence le tour du sujet. La mise en pages joue aussi avec la langue, 한국어, en parsemant les pages de termes transcrits en alphabet latin, astuce humoristique qui illustre au passage la popularité de l’apprentissage du coréen, et la vague touristique juvénile qui envahit Séoul chaque été.

BTS, 2021 © x.com/bts_bighit

Indubitablement, c’est la popularité de la Kpop qui a ouvert la voie à la découverte de la Corée du Sud. L’essentiel de l’album est donc consacré à cette musique qui fait feu de tout bois et ensorcelle les foules grâce au dynamisme et au charisme de chanteurs-danseurs-comédiens qui cultivent soigneusement leur image via les réseaux sociaux. Très jeunes, très charmants, très entraînés, ils, et elles, sont plus ou moins durables, mais le public apprend les chorégraphies et les chansons par cœur, avec une ferveur contagieuse ! Mathieu Rocher n’oublie pas d’évoquer l’extraordinaire rentabilité de ce gigantesque marché, qui va bien au-delà de la musique ou de la danse, dont certains producteurs abusent parfois. Et il aborde rapidement les tentatives de certain.es artistes de déborder du cadre, pour délivrer quelques messages moins conventionnels.

©Sang Yeong-song, Sang-a/ KBooks

L’auteur enchaîne avec quelques sujets, de PopK cette fois, traités beaucoup plus succinctement. La Corée du Sud, c’est aussi le pays de la hightech, des robots, des métavers comme Zepeto, monde virtuel et réseau social, et bien sûr pays champion du e-sport, grâce aux PC-bangs, cybercafés ouverts 24h/24. Cette appétence cultivée pour le numérique explique aussi le succès du phénomène Webtoon, successeur du manhwa, qui déroule ses scénarii à longueur de scrolling sur les mobiles de LA marque nationale et internationalement conquérante. Loin de la BD classique, les webtoons sont plus proches des Kdramas, ces feuilletons à l’infinité d’épisodes aujourd’hui ramenée à une standardisation commerciale qui fait ressembler la multitude de titres à une collection de vignettes Panini. L’auteur rappelle que les deux médias s’inspirent de la vie sociale coréenne, de projections futuristes dystopiques, ou d’histoires d’amour qui surfent sur le bouleversement contemporain des codes sociaux.

K Street food©keulmadang.com

Très rapidement évoquée, la nourriture en Corée a pourtant une place très particulière dans cette médiatisation du pays, et elle est un sujet à part entière dans la vie quotidienne comme dans toutes les illustrations de celle-ci dans les médias. La fameuse cuisine de rue y joue un rôle majeur, elle qui remplit les estomacs à toute heure d’une nourriture addictive, y compris pour les nombreux touristes qui se pressent dans les grandes villes. Elle fait partie de l’image d’une Corée dynamique, gourmande et rieuse.

Le marché de la beauté est également abordé sur le ton léger de la dédramatisation quand il s’agit d’un phénomène global qui assigne chaque Coréen et Coréenne à un lissage physique dont la promotion est assurée par les mêmes idoles de la Kpop ou des séries si populaires. Mathieu Rocher rappelle qu’il a existé un mouvement de contestation, mais qui date déjà de 2018, autant dire il y a fort fort longtemps pour notre jeune public…

Promoteur du culte de l’apparence, le Soft Power remplace aujourd’hui l’antique Flower Power aux valeurs bien différentes dans le cœur et l’esprit d’un public de plus en plus jeune. Pourtant la société coréenne évolue, au contact du monde qui s’invite chez elle. Les influences sont partagées, la culture originelle bousculée, travestie pour séduire : l’auteur de ce joli roman-photo joue lui aussi la carte du charme dans cette compilation d’avatars de la culture coréenne. Néanmoins, il n’oublie pas de titiller l’esprit critique de son public afin que celui-ci ne déchante pas trop en avançant dans la connaissance de cette charmante fiction qu’est la Hallyu, la Vague coréenne.


Photo (G)I-DLE © Cube Entertainment

K : Tout sur la popculture coréenne !
Mathieu ROCHER
La Martinière Jeunesse, avril 2024.

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